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Texte établi par Charles Marty-LaveauxAlphonse Lemerre (p. 21-24).

Les propos des bienyures.

Chapitre V.



Pvis entrerent en propos de resieunier on propre lieu.

Lors flaccons d’aller, iambons de troter, goubeletz de voler, breusses de tinter. Tire, baille, tourne, brouille. Boutte à moy, sans eau, ainsi mon amy : fouette moy ce verre gualentement, produiz moy du clairet, verre pleurant. Treues de soif. Ha, faulse fiebure, ne t’en iras tu pas ? Par ma fy, ma commere, ie ne peuz entrer en bette. Vous estez morfondue, m’amie. Voire. Ventre sainct Qenet, parlons de boire. Ie ne boy que à mes heures, comme la mulle du pape. Ie ne boy que en mon breuiaire, comme vn beau pere guardian. Qui feut premier soif ou beuuerye ? Soif. Car qui eust beu sans soif durant le temps de innocence ? Beuuerye. Car priuatio presupponit habitum. Ie suys clerc. Fœcundi calices quem non fecere disertum ? Nous aultres innocens ne beuuons que trop sans soif. Non moy, pecheur, sans soif. Et si non presente, pour le moins future, la preuenent comme entendez. Ie boy pour la soif aduenir. Ie boy eternellement, ce m’est eternité de beuuerye, & beuuerye de eternité. Chantons, beuuons, vng motet. Entonnons. Ou est mon entonnoir ? Quoy, ie ne boy que par procuration.

Mouillez vous pour seicher, ou vous seichez pour mouiller ? Ie n’entens poinct la theoricque : de la praticque ie me ayde quelque peu. Haste. Ie mouille, ie humecte, ie boy. Et tout de peur de mourir. Beuuez tousiours vous ne mourrez iamais. Si ie ne boy ie suys à sec. Me voyla mort. Mon ame s’en fuyra en quelque grenoillere. En sec jamais l’ame ne habite. Somelliers, ô createurs de nouuelles formes, rendez moy de non beuuant beuuant ! Perannité de arrousement par ces nerueux & secz boyaulz. Pour neant boyt qui ne s’en sent. Cestuy entre dedans les venes, la pissotiere n’y aura rien. Ie laueroys voluntiers les tripes de ce veau que i’ay ce matin habillé. I’ay bien saburré mon stomach. Si le papier de mes schedules beuuoyt aussi bien que ie foys, mes crediteurs auroient bien leur vin quand on viendroyt à la formule de exhiber. Ceste main vous guaste le nez. O quants aultres y entreront, auant que cestuy cy en sorte : Boyre à si petit gué : c’est pour rompre son poictral. Cecy s’appelle pipee à flaccons. Quelle difference est entre bouteille et flaccon ? Grande, car bouteille est fermee à bouchon, et flaccon à viz. De belles. Nos peres beurent bien & vuiderent les potz. C’est bien chié, chanté, beuuons. Voulez vous rien mander à la riuiere ? Cestuy cy va lauer les tripes. Ie ne boy en plus q’vne esponge. Ie boy comme vn templier, & ie tanquam sponsus, & moy sicut terra sine aqua. Vn synonyme de iambon ? C’est vne compulsoire de beuuettes, c’est vn poulain. Par le poulain, on descend le vin en caue, par le iambon, en l’estomach. Or ça, à boire, boire ça. Il n’y a poinct charge. Respice personam : pone pro duos : bus non est in vsu. Si ie montois aussi bien comme i’aualle, je feusse piec’a hault en l’aer. Ainsi se feist Iacques Cueur riche. Ainsi profitent boys en friche. Ainsi conquesta Bacchus l’Inde. Ainsi philosophie Melinde. Petite pluye abat grand vend. Longues beuuettes rompent le tonnoire. Mais si ma couille pissoit telle vrine, la vouldriez vous bien sugcer ? Ie retiens apres. Paige, baille : ie t’insinue ma nomination en mon tour. Hume Guillot, encores y en a il vn pot. Ie me porte pour appellant de soif, comme d’abus. Paige, relieue mon appel en forme. Ceste roigneure. Ie souloys iadis boyre tout : maintenant, ie n’y laisse rien. Ne nous hastons pas, & amassons bien tout. Voy cy trippes de ieu et guodebillaux d’enuy, de ce fauueau à la raye noire. O pour Dieu, estrillons le à profict de mesnaige. Beuuez, ou ie vous…Non, non. Beuuez, ie vous en prye. Les passereaux ne mangent si non que on leurs tappe les queues. Ie ne boy si non qu’on me flatte. Lagona edatera. Il n’y a raboulliere en tout mon corps ou cestuy vin ne furette la soif. Cestuy cy me la fouette bien. Cestuy cy me la bannira du tout. Cornons icy à son de flaccons & bouteilles, que quiconques aura perdu la soif ne ayt à la chercher ceans. Longs clysteres de beuuerie l’ont faict vuyder hors le logis. Le grand Dieu feist les planettes : & nous faisons les platz netz. I’ay la parolle de Dieu en bouche : Sitio. La pierre dicte ἄσβεστος n’est plus inextinguible que la soif de ma paternité. L’appetit vient en mangeant, disoyt Angest on Mans : la soif s’en va en beuuant. Remede contre la soif ? Il est contraire à celluy qui est contre morsure de chien, courrez tousiours apres le chien, iamais ne vous mordera, beuuez tousiours auant la soif, & iamais ne vous aduiendra. Ie vous y prens, ie vous resueille. Sommelier eternel, guarde nous de somme. Argus auoyt cent yeulx pour veoir, cent mains fault à vn sommelier, comme auoyt Briareus, pour infatigablement verser. Mouillons, hay, il faict beau seicher. Du blanc, verse tout, verse de par le diable, verse deça, tout plein, la langue me pelle. Lans, tringue : à toy, compaing, de hayt, de hayt, là, là, là, c’est morfiaillé, cela. O lachryma Christi : c’est de la Deuiniere, c’est vin pineau. O le gentil vin blanc, & par mon ame, ce n’est que vin de tafetas. Hen, hen, il est à vne aureille, bien drappé, & de bonne laine. Mon compaignon, couraige. Pour ce ieu, nous ne voulerons pas, car i’ay faict vn leué. Ex hoc in hoc. Il n’y a poinct d’enchantement. Chascun de vous l’a veu. Ie y suis maistre passé. A brum, à brum, ie suis prebstre Macé. O les beuueurs. O les alterez. Paige, mon amy, emplis icy & couronne le vin, ie te pry. A la Cardinale. Natura abhorret vacuum. Diriez-vous q’vne mouche y eust beu ? A la mode de Bretaigne. Net, net, à ce pyot. Auallez, ce sont herbes.