Génie du christianisme/Partie 4/Livre 2/Chapitre I

Chapitre I - Tombeaux antiques. — L’Égypte

Les derniers devoirs qu’on rend aux hommes seraient bien tristes s’ils étaient dépouillés des signes de la religion. La religion a pris naissance aux tombeaux, et les tombeaux ne peuvent se passer d’elle : il est beau que le cri de l’espérance s’élève du fond du cercueil, et que le prêtre du Dieu vivant escorte au monument la cendre de l’homme : c’est en quelque sorte l’immortalité qui marche à la tête de la mort.

Des funérailles nous passons aux tombeaux, qui tiennent une si grande place dans l’histoire des hommes. Afin de mieux apprécier le culte dont on les honore chez les chrétiens, voyons dans quel état ils ont subsisté chez les peuples idolâtres.

Il existe un pays sur la terre qui doit une partie de sa célébrité à ses tombeaux. Deux fois attirés par la beauté des ruines et des souvenirs, les Français ont tourné leurs pas vers cette contrée : ce peuple de saint Louis est travaillé intérieurement d’une certaine grandeur qui le force à se mêler, dans tous les coins du globe, aux choses grandes comme lui-même. Cependant est-il certain que des momies soient des objets fort dignes de notre curiosité ? On dirait que l’ancienne Égypte ait craint que la postérité ignorât un jour ce que c’était que la mort, et qu’elle ait voulu, à travers les temps, lui faire parvenir des échantillons de cadavres.

Vous ne pouvez faire un pas dans cette terre sans rencontrer un monument. Voyez-vous un obélisque, c’est un tombeau ; les débris d’une colonne, c’est un tombeau ; une cave souterraine, c’est encore un tombeau. Et lorsque la lune, se levant derrière la grande pyramide, vient à paraître sur le sommet de ce sépulcre immense, vous croyez apercevoir le phare même de la mort et errer véritablement sur le rivage où jadis le nautonier des enfers passait les ombres.