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La planète asphyxiée >> Rebâtir l’OMC


De la mondialisation sauvage à la mondialisation humaine


En ce début du XXIe siècle, la France a un rôle historique à jouer. Contribuer à passer d’une mondialisation sauvage à une mondialisation humaine. Prendre la tête du combat pour sauver la planète. Trouver un équilibre entre la loi de la jungle et le protectionnisme d’antan, entre le « laisser faire » intégral et le repli autarcique, entre l’emprise des multinationales et la nécessaire puissance publique, entre le jeu désordonné des États-nations et une organisation supranationale du monde.

Plutôt que d’apparaître comme l’éternel empêcheur de tourner en rond qui doit finalement s’incliner et subir les effets pervers du système qu’elle dénonce, il est temps pour la France de se redresser, d’anticiper les failles de la mondialisation, d’exprimer la révolte des peuples et de proposer des réformes concrètes.

Articulons cette vision du monde avec notre liberté retrouvée en Europe. Assumons ainsi notre exception et ne transigeons jamais sur le fait que le libéralisme, aussi souhaitable soit-il, doit rester subordonné à deux séries de règles.

D’une part, celles que chaque nation est libre d’adopter sur son territoire. Une doctrine économique n’est en effet légitime que pour autant qu’elle respecte le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes: un peuple doit pouvoir s’appliquer ou non une gestion libérale de son économie, en fonction de ce qui lui apparaîtra comme le plus opportun.

D’autre part, le libéralisme doit demeurer subordonné aux règles que les instances internationales peuvent édicter dans le cadre d’accords signés par les États souverains dont elles émanent. Aucune entreprise multinationale, aucun groupe de pression ne doit pouvoir imposer sa loi. Aucun agent privé ne peut légitimement recourir à des juridictions internationales pour contester la légitimité des pouvoirs publics nationaux.

Ce droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est au fondement même du gaullisme. Il vaut pour tous les pays du monde, au même titre que pour la France. Il doit inspirer notre projet de régulation de la mondialisation comme notre attitude visant à desserrer le carcan qui paralyse notre économie.

Certes, la France peut et doit inlassablement contribuer à un changement de l’organisation mondiale des échanges, qui pourrait prendre trois formes: réforme de l’OMC, réforme du système monétaire international, dynamisation de l’aide au développement.

Keynes l’affirmait avec force en 1946: « Les prix économiques appropriés devraient être fixés non pas au seuil le plus bas, mais à un niveau suffisant pour assurer aux producteurs une alimentation et des conditions de vie décentes […] dans l’intérêt de tous les producteurs, le prix des matières premières ne devrait pas être abaissé au-dessous de ce niveau et les consommateurs sont en droit de l’exiger. » Voilà un autre grand économiste qu’il serait temps de redécouvrir dans les universités et dans les chancelleries!

Relire Keynes et lever ce tabou du libre-échange intégral est en effet d’actualité. L’échec du cycle des négociations de l’OMC est une chance pour reconstruire un système porteur de progrès social et environnemental. Cela passe à mon sens par trois réformes.