Ouvrir le menu principal


L’effort de tous au profit de tous >> Du socialisme béat au libéralisme niais


Le toboggan social


Le fameux « ascenseur » social est devenu toboggan.

Alors que leurs aînés ont profité de la généralisation du salariat, de l’augmentation des revenus, de l’explosion de la société de consommation avec ses innovations technologiques, de l’âge d’or de l’État providence, la nouvelle génération se heurte au chômage de masse, à la stagnation des salaires, au creusement des inégalités et surtout, à la trop fameuse « flexibilité ».

L’idée de « faire carrière » a vécu: deux tiers des embauches sont désormais des CDD, la proportion des ouvriers sous contrat précaire est sept fois plus grande que celle des cadres (contre quatre fois il y a vingt ans), deux millions de salariés peuvent être considérés comme des « travailleurs pauvres » (moins de 774 euros par mois).

Contrairement à ce que les Français avaient cru, la poursuite d’études supérieures n’est plus un remède suffisant contre cette véritable insécurité sociale.

Louis Chauvel, le sociologue, a décrit parfaitement cette déception: « Il s’agit bien aujourd’hui de jeunes diplômés de l’université issus des catégories intermédiaires qui voient se dérober sous leurs pas les dernières marches à l’entrée dans les classes moyennes. Ils vivent ce retournement comme un risque de déchéance dans une classe d’incertitude sans avenir ni retour, et leurs parents assistent avec eux à l’extinction d’un projet social hier triomphant. »

La diminution des postes au sein des catégories intermédiaires explique selon lui cette frustration[1].

Le symbole de notre époque restera sans doute ce site Internet d’offres d’emplois par enchères inversées. Dans ce système, un employeur propose un travail, le plus souvent un petit boulot (jardinage, réparations, aide ménagère), en fixant un salaire maximum pour la tâche à effectuer. Puis les demandeurs d’emploi font des enchères à la baisse. Interdire ces sites serait paraît-il contraire à la réglementation européenne qui garantit un marché libre des offres. Comment accepter pourtant un système aussi avilissant?

La frustration est d’autant plus aiguë que les inégalités ne cessent de s’accroître.

Ce sont désormais l’argent facile, l’argent roi, qui font la une de la télévision et des magazines people. Salaires exorbitants des grands patrons, frasques du show-biz contrastent avec la vie quotidienne de plus en plus difficile d’une part grandissante de Français.

  1. Il ajoute : « Cet échec s’explique tout simplement par le rétrécissement des emplois des professions intermédiaires. Pour les générations âgées de trente à trente-quatre ans, tandis que le niveau de diplôme croît et que les origines sociales s’élèvent, et donc que les candidats potentiels à l’entrée dans les classes moyennes abondent, la moitié des postes au sein des caté- gories intermédiaires de statut public ont simplement disparu, et leurs équivalents du privé ont connu une croissance trop lente pour absorber l’expansion des candidatures. Ce décalage n’est nulle part aussi profond que pour ces catégories intermédiaires : il s’agit d’un déficit d’emplois de six points, soit plus de la moitié du taux de chômage à cet âge. »