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La révolution de la participation >> Parier sur la famille

La sécurité professionnelle

De tous les pays développés, la France est celui qui est le moins capable d’intégrer à son économie marchande les actifs peu qualifiés et peu productifs. Ainsi, les chiffres démontrent que nous avons la productivité horaire quasiment la plus élevée au monde (de 12 % supérieure à celle des Américains) et un PIB par habitant dans la moyenne (de 24 % inférieur). Produisant beaucoup avec peu d’actifs, il va de soi que le chômage est important!

La réduction du temps de travail, l’allongement de la durée des études et la généralisation des préretraites expliquent cette situation. Les mécanismes de solidarité permettent aux exclus de survivre. La politique de l’emploi, que Jean-Louis Borloo a mise en œuvre, s’efforce d’occuper et d’insérer ceux qui jusqu’alors ne bénéficiaient que des seuls minima sociaux.

C’était une nécessité, mais il faut maintenant aller plus loin. Fixons-nous des objectifs plus ambitieux pour offrir, avant qu’il ne soit trop tard, la possibilité de se former à tous ceux qui ont déjà perdu pied ou en sont menacés, s’ils en ont la capacité. La création de la « sécurité professionnelle » que je propose permettrait, face à l’accélération des changements dans les entreprises, d’offrir à chaque salarié une chance de s’adapter et de progresser.

La crise du CPE a ainsi été emblématique de l’incapacité de la majorité à comprendre l’angoisse des Français et à présenter un projet cohérent qui donne plus de liberté aux entreprises et plus de garanties aux salariés.

Je me souviens du visage ébahi d’un de mes collègues de l’UMP lorsque j’ai voté contre le projet de loi. Ce n’était pas faute d’avoir prévenu et demandé un rééquilibrage du dispositif. J’avais ainsi soutenu auprès de Matignon les amendements justifiés de syndicats réformistes comme la CGC. Aucune suite ne fut donnée à ces propositions.

En vérité, la crise du CPE révélait la hantise de la précarité qu’éprouvent nos concitoyens:

– tout d’abord, à la sortie du système éducatif, où de trop nombreux jeunes sont en situation d’impasse après avoir échoué dans des voies de garage techniques et professionnelles dévalorisées, dans des filières généralistes sans débouchés, ou encore dans des études longues aboutissant à des emplois fortement sous-qualifiés;

– ensuite, en période de chômage, après plusieurs années d’activité, où beaucoup n’arrivent pas à se reconvertir, faute de formations adaptées et accessibles, car celles-ci vont en priorité à ceux qui sont déjà formés et insérés;

– enfin, à l’approche de la retraite, où, à l’âge de cinquante-cinq ans, un tiers des actifs seulement sont insérés dans la vie professionnelle, tandis que les deux autres tiers sont privés de travail aux frais de la collectivité (préretraites…). C’est d’autant plus absurde qu’ils ont encore beaucoup à apporter à l’économie nationale et que l’espérance de vie ne cesse d’augmenter.

Contrairement à une idée reçue, trop souvent répandue chez ceux qui prônent l’éternelle « adaptation » sèche des salariés aux nouvelles contraintes économiques, l’insécurité économique, conjuguée à la complexité des dispositifs de formation, nuit à l’emploi. Rien n’a jamais démontré que la seule précarisation du statut des salariés favorisait l’emploi. Les études disponibles dans les pays très « libéraux » tendent d’ailleurs plutôt à démontrer le contraire. Par ailleurs, la précarité pèse sur la demande des ménages et la fondation de familles, ce qui a un effet dépressif sur la consommation et l’emploi et se traduit par une épargne de précaution qui atteint en France des sommets historiques (représentant jusqu’à 16 % voire 17 % du PIB!).

De plus, l’insécurité ne favorise pas la prise de risque ni la créativité des jeunes, puissamment incités à rejoindre la fonction publique. Qui le leur reprocherait dans ce contexte de grande incertitude où le mot d’ordre est de « sauver sa peau »? Enfin, la complexité du droit à la formation continue et son utilisation souvent parcimonieuse par les entreprises renforcent la précarité et le refus de toute souplesse chez les salariés.

De même que nos aînés ont inventé la Sécurité sociale pour couvrir le risque de la maladie, il nous faut à présent couvrir le nouveau risque de l’insécurité de l’emploi par la création de la sécurité professionnelle. C’est alors seulement que l’on pourra permettre aux entreprises de licencier plus facilement pour embaucher davantage, car il est vrai que souvent, par crainte d’être bloquées en cas de retournement de la conjoncture, les entreprises restreignent leurs offres d’emploi.

La sécurité professionnelle ouvrirait un droit à la formation individualisée pour chaque salarié. Son compte matérialisé par une carte de type « vitale » serait crédité chaque année par les entreprises. Ainsi la formation professionnelle, aujourd’hui concentrée sur les personnels les mieux formés des entreprises, serait mieux répartie entre tous les salariés. Des dégrèvements fiscaux pourraient être mis en œuvre pour favoriser cette aide à la formation. Une discussion avec les partenaires sociaux pourrait permettre d’envisager l’organisation de formations sur le temps de RTT.

Ce droit serait utilisable à tout moment par le salarié. En période d’activité, il pourrait se former de manière indépendante de l’entreprise (se préparer à un autre métier et ne pas être ainsi obligé de démissionner pour changer d’évolution professionnelle). En période de chômage, s’ouvrirait un droit à la formation qui permettrait la reconversion professionnelle. Il pourrait être complété par le service public de l’emploi (en fonction de la bonne volonté du chômeur dans sa recherche d’emploi), par la collectivité régionale (en fonction des offres non pourvues dans le secteur géographique) et par les branches professionnelles qui recherchent des salariés formés. Le compte serait doté à la sortie du système scolaire en fonction du niveau d’études: plus il est faible, plus le capital transmis serait élevé. Le jeune serait ainsi incité à reprendre une formation qualifiante en alternance. Les aides du service public pour l’emploi pourraient être modulées en fonction de la pertinence de la formation vis-à-vis du marché de l’emploi et des besoins des entreprises. Un « contrat formation » de deux ans pour les jeunes serait proposé.

Bien évidemment, cette sécurité professionnelle ne constituerait pas une solution magique, mais elle responsabiliserait davantage à la fois le salarié et les entreprises.

Cette réforme fondamentale, qui donnerait une seconde chance à beaucoup de Français, pourrait être complétée par quelques mesures de bon sens:

– un impôt sur les sociétés modulé en fonction de la part des CDI dans les entreprises et de la pyramide des âges, afin de dissuader les employeurs de recourir de manière abusive aux CDD ou aux préretraites;

– une exonération des charges sociales, dans le cadre d’un tutorat (c’est-à-dire du maintien d’un salarié ancien dans l’entreprise le temps de former un jeune recruté);

– une transformation du revenu minimum d’insertion en revenu minimum d’activité, obligeant chaque allocataire à travailler une journée par semaine au service d’une collectivité.

Enfin, il serait judicieux de mutualiser en emplois sur plusieurs PME le potentiel professionnel gâché de trop nombreux seniors prématurément mis hors d’activité. Des dizaines de milliers d’entreprises avancent à voilure réduite, car elles ne trouvent pas ou hésitent à embaucher des compétences pour un projet donné. Pour répondre à ces besoins, plusieurs agences régionales de développement économique ont mis à la disposition des PME un cadre ou un technicien au chômage. Le coût par emploi ainsi créé est de six mille euros, soit deux à trois fois moins que n’importe quel dispositif. Là aussi, il s’agit d’une initiative à généraliser.

Notre pays ne peut pas durablement affronter la compétition mondiale dans un climat de divorce aussi prononcé entre le monde de l’entreprise et les citoyens. La généralisation de la participation dans l’entreprise comme la création de la sécurité professionnelle responsabiliseraient nos compatriotes, salariés comme chefs d’entreprise.

Pour contribuer à l’épanouissement des Français cette fois-ci dans leur vie personnelle, je propose deux autres transformations majeures: une nouvelle politique familiale et une nouvelle politique environnementale.