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Œuvres de Sully PrudhommeAlphonse LemerrePoésies 1865-1866 (p. 123).

Rencontre


 
Je ne te raille point, jeune prostituée !
Tu vas l’œil provocant, le pied galant et prompt,
À travers le sarcasme et l’ignoble huée :
Ton immuable rire est plus fort que l’affront.

Et moi, je porte au bal le masque de mon front ;
J’y vais, l’âme d’amour à vingt ans dénuée,
Mendier des regards dans la blanche nuée
Des vierges dont jamais les cœurs ne choisiront.

Également parés et dédaignés de même,
Tu cherches ton dîner, moi j’ai besoin qu’on m’aime.
Qui voudra de ton corps ? l’amant heureux te fuit ;

Qui voudra de mon cœur ? l’ange aimé se retire…
Sommes-nous donc voués au glacial délire
Du Désespoir pâmé sur la Faim dans la nuit ?