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Discours fait au parlement de Dijon sur la présentation des lettres d’abolition obtenues par Hélène Gillet

Discours fait au parlement de Dijon sur la presentation des Lettres d’abolition obtenuës par Helène Gillet, condamnée à mort pour avoir celé sa grossesse et son fruict.

1625



Discours faict au Parlement de Dijon, sur la presentation des lettres d’abolition obtenuës par Helène Gillet, condamnée à mort pour avoir celé sa grossesse et son fruict.
Comme aussi les lettres d’abolition en forme de chartres et arrest de verifications d’icelles.
À Paris, chez Henry Sara, au Palais, en la gallerie des Prisonniers, proche la Chancellerie.
M. DC. XXV.
In-8.

Extraict du plumetif du greffier de la cour du Parlement de Dijon, du lundy second jour de juin 16251.
Fevret l’aisné2 presentant les lettres de pardon obtenues par Helène Gillet, dict :

Messieurs, Helène Gillet, qui se représente au conspect de la Cour, donne de l’estonnement à ceux qui la voyent, et n’en a pas moins elle-mesme.

Elle n’avoit veu la Justice de ceans que dans le trosne de sa plus sevère majesté ; elle ne l’avoit apperceuë que le visage plain de courroux et d’indignation, tel qu’elle le faict paroistre aux plus criminels ; elle ne l’avoit considerée que l’espée à la main, dont elle se sert pour la punition des maléfices.

Mais, chose estrange ! elle treuve aujourd’hui ce premier appareil tout changé : il lui semble que le visage de cette deesse luy rit, comme plus adoucy et favorable ; elle voit sa main desarmée, et vous diriez qu’elle tend les bras pour promettre quelque asyle et protection à celle qui, de criminelle, est devenue suppliante.

Vous vistes, Messieurs, cette pauvre fille, il y a quelques jours, le visage couvert de honte par l’ignominie de sa condamnation, la langue noüée dans l’estonnement du supplice, les yeux ternis d’horreur et d’espouventement, l’esprit troublé dans les dernières agitations d’une funeste separation ; vous la vistes (dis-je) aller courageusement à la mort pour satisfaire à vostre justice ; maintenant elle retourne pour vous dire que le lieu du supplice où les criminels perdent la vie l’a et absoute et sauvée. Elle paroist devant vos yeux pour vous dire que, l’ayant traictée par la rigueur de vos jugemens, vous ne pouvez plus luy refuser vostre misericorde ; elle est humblement prosternée à vos pieds pour baiser, de l’intérieur de son cœur, le tranchant de l’espée qui, comme le fer de la lance d’Achille, guerira les playes que luy-mesme a faictes.

Il se pourroit bien treuver des exemples, à qui les voudroit rechercher, de plusieurs qui se sont trouvez garantis de la mort au moment mesme de leur execution, les uns par le commandement inopiné d’un chef d’armée, les autres par l’intercession d’un Tribun, d’autres par la rencontre fortuite d’une Vestale, d’autres par une emotion populaire, qui par des paroles mesmes de railleries heureusement rencontrez en ceste extremité, qui par des stratagesmes pratiquez à l’endroict de leurs complices ou de l’executeur ; aliorum in capite gladius flectit, ainsi qu’il en arriva à ceste femme faussement accusée d’adultère à Verseil, qui doit le bonheur de sa memoire à la plume de saint Hierosme ; aliorum laqueus contritus et ipsi liberati sunt.

Mais qu’on considère tous ces exemples en gros, qu’on les examine en destail, qu’on en pèse à part ou confusement les plus singulières circonstances, il se trouvera icy quelque chose de plus rare, de plus esmerveillable, je ne sçais si j’oserois dire de plus miraculeux, qu’en tout cela.

Car icy le glaive a tranché, la corde a faict son office, la pointe des ciseaux a secondé la violence des deux ; et cependant cette fille, dans l’imbecillité de son aage, dans l’infirmité de son sexe, dans les horreurs du supplice, dans les apprehensions de la mort, frappée de dix playes ouvertes, n’a peu mourir, mais bien plus ! ipsam mori volentem mors ipsa quamvis armata perimere non potuit.

Quel prodige, en nos jours, qu’une fille de cest aage ayt colleté la mort corps à corps ! qu’elle ayt luitté avec ceste puissante geante dans le parc de ses plus sanglantes executions, dans le champ mesme de son Morimont3 ! et, pour dire en peu de mots, qu’armée de la seule confiance qu’elle avoit en Dieu, elle ayt surmonté l’ignominie, la peur, l’executeur, le glaive, la corde, le ciseau, l’estouffement, et la mort mesme.

Après ce funeste trophée, que luy reste-il, sinon d’entonner glorieusement ce cantique, qu’elle prendra d’oresnavant à sa part : Exaltetur dominus Deus meus quoniam superexaltavit misericordiæ indicium ?

Que peut-elle faire, sinon d’appendre, pour eternel memorial de son salut, le tableau votif de ses misères dans le sacraire de ce temple de justice ?

Quel dessein peut-elle choisir plus convenable à sa condition, que d’eriger un autel en son cœur, où elle admirera tous les jours de sa vie la puissante main de son libérateur, les moyens incogneus aux hommes par lesquels il a brisé les ceps4 de sa captivité, et l’ordre de sa providente dispensation à faire que toutes choses ayent concouru pour sa liberation ?

Ce fut un commencement de bon-heur en ce desastre que, le lendemain de l’execution, la Cour entra dans les feries nouvelles que le Roy avait concedées par lettres expresses peu auparavant entherinées. Ce fut encore quelque chose de plus signalé, qu’alors qu’on recourut à la bonté du Prince pour impetrer des lettres de pardon, luy et sa cour estoient en allegresse et festivité, à cause de l’heureux et tant desiré mariage du roy de la grande Bretagne5 avec madame Henriette Marie, princesse du sang de France. Ce fut bien plus de voir qu’à l’instant que le discours de ceste sanglante catastrophe eut frappé l’oreille de ce sage Orphée, de ce doux ravissant esprit6, qui tient dignement le premier rang en l’eminencede l’ordre de la justice, il ait aussitost empoigné la lyre pour charmer la dureté des Parques, revoquer la juste severité des loix, rappeler les décrets inviolables de la mort, revivre ceste infortunée Euridice, morte civilement par la condamnation, et presque naturellement par la peine. C’est une merveille digne d’admiration, que celle qui debvoit estre dans l’oubly d’une mort infame vive encore avec ce contentement, qu’elle donnera subject à la postérité de dire que nostre Prince, avec le tiltre juste qu’il s’estoit legitimement acquis, ait merité par ceste action le nom de clement et misericordieux, pour avoir pardonné, et sans autre peine que de prier Dieu pour la prosperité de sa personne et de son estat.

Quam bonus princeps qui indulget, quam pius qui miseretur, quam fidelis qui vel a nocentibus nil nisi preces et supplicationes exposcit, quam pene divinitati proximus qui veniam criminum non supplicii gravitate, sed votorum nuncupatione pro sua totiusque imperii salute dispensat !

Puissiez-vous ainsi tousjours, juste Roy, marier heureusement la justice avec la paix, le jugement avec la misericorde, la clemence avec la severité ! Puissiez-vous si glorieusement terrasser les ennemis de vostre Couronne, qu’après les avoir domptez par la rigueur de vostre justice, vous leur imprimiez les mouvemens d’une humble et fidelle obeissance par les effects de vostre clemence et debonnaireté ! Puissiez-vous, grand monarque, punir si parfaittement les crimes, que les coulpables, ayans satisfait à la peine, puissent survivre à leur supplice pour exalter à longs jours la felicité de vostre règne et de vostre domination !

Cependant, puisqu’il a pleu à Dieu de redonner la vie à ceste fille, au Roy de luy conceder l’abolition de son crime, elle vous demande, Messieurs, la liberté, sans laquelle le reste luy tiendroit lieu d’un second et dernier supplice, et soubs esperance d’obtenir ce qu’elle poursuit, elle vous presente en deuë reverence ses lettres de pardon, vous suppliant de proceder à l’entherinement d’icelles7.

LOUIS, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à tous presens et advenir salut. Nous avons reçu l’humble supplication de Helène Gillet, aagée de vingt et un ans ou environ, fille de Pierre Gillet, nostre chastellain en nostre ville de Bourg en Bresse8, contenant qu’induitte par mauvaises recherches9, elle se seroit trouvée enceinte, et comme la crainte de ses parens, gens d’honneur et de bonne famille, luy faisoit apprehender leur blasme et le chastiment de son père, elle auroit, par mauvais conseil, resolu de dissimuler sa faute, tellement sollicitée de son malheur, que mal assistée en son part10, son fruict se seroit treuvé meurtry : si que, pour reparation, elle auroit esté condamnée à avoir la teste tranchée par sentence rendüe au bailliage de Bourg11, confirmée par arrest de nostre Parlement à Dijon du 12 du present mois ; en suitte de quoy, la suppliante delivrée à l’executeur de la haute justice, et par lui conduitte au lieu du Morimont en nostre-ditte ville de Dijon, après avoir fait ses prières à Dieu, et soumise au supplice ordonné, ledit executeur luy auroit eslancé un coup de coutelas sur l’espaule gauche12, dont elle seroit tombée sur le carreau de l’eschaffaut, puis relevée par ledit executeur à l’ayde de sa femme, elle seroit tombée d’un second coup qu’il luy auroit porté dudit coutelas à la teste. Ce qui auroit excité telle rumeur dans le peuple que ledit executeur, intimidé de plusieurs pierres ruées sur ledit eschaffaut, se seroit jetté en bas, laissant la suppliante en la disposition de sa femme, qui, l’ayant traisnée dans un coing dudit eschaffaut avec une corde qu’elle luy jetta au col, auroit fait plusieurs efforts pour l’estrangler, soit en serrant le col, ou luy pressant l’estomac de plusieurs coups de pieds, et voyant ces supplices inutils, elle se seroit aydée de ses cizeaux en intention de luy coupper la gorge, lui en ayant porté plusieurs coups au col et au visage. Finalement ladite femme, pressée de la clameur et indignation du peuple, seroit descendue dudit eschaffaut en la chapelle qui est au-dessoubs, traisnant avec ladite corde la suppliante la teste en bas, où elle seroit demeurée mutillée en toutes les parties de son corps13, sans poulx, sentiment, ny cognoissance, pendant que le peuple irrité assomoit à coups de pierres et de ferremens ledit executeur et sadite femme. Ce mouvement passé, quelques uns, meus de compassion, auroient levé et transporté la suppliante en la maison d’un chirurgien, où elle a repris quelque esperance de vie par les secours et remèdes qui luy ont esté promptement administrez. Mais pourceque nostre dit parlement a commis sa garde à un huissier, l’apprehension d’un nouveau supplice luy est une continuelle mort, qui la contraint implorer nostre misericorde, et requerir très humblement nos lettres de remission necessaires. Eu esgard à l’imbecilité et fragilité de son sexe et de son aage, et à la diversité des tourmens qu’elle a soufferts en ses divers supplices, qui esgalent, voire surpassent la paine de sa condamnation ; à ce que, la vieillesse de ses père et mère relevée de ceste infamie, elle convertisse sa vie à l’employer à louer Dieu14 et le prier pour nostre prosperité : SÇAVOIR faisons qu’inclinant pour la consideration susdite, à la recommandation d’aucuns nos speciaux serviteurs, en faveur mesme de l’heureux mariage de la Royne de la grande Bretagne nostre très-chere et très-aymée sœur, de nostre propre mouvement, grace speciale, plaine puissance et authorité royale, NOUS avons à ladite Helène Gillet, suppliante, quitté remis et pardonné, quittons, remettons et pardonnons, par ces presentes signées de nostre main, le faict et cas susdit, comme il est exprimé, avec toute peine et amende corporelle et civile qu’elle a encourue envers nous et justice ; et mettant à neant toutes informations, decrets, mesmes ladite sentence et arrest de mort qui en sont ensuivis, la restituons et restablissons en sa bonne renommée et en ses biens non d’ailleurs confisquez ; imposons silence à nos procureurs généraux, lieutenans, substituts, presens et advenir. SI DONNONS en mandement à nos amez et feaulx conseillers les gens tenans nostre Cour de Parlement à Dijon ces presentes nos lettres de remission entheriner, et de leur contenu faire jouir ladite suppliante plainement et paisiblement, sans permettre y estre contrevenu : Car tel est nostre plaisir. Et afin qu’elles soient stables, nous y avons fait mettre nostre seel, sauf, en toutes choses, nostre droict et de l’autruy. Données à Paris au mois de may l’an de grace 1625, et de nostre regne le 16. Signé Louys. Et sur le reply, le Beauclerc. Visa Contentor. Signé Le Long et seellées en cire verte du grand seel à laqs de soye rouge et verte.

Sur le dos est escrit : Registrata, avec paraphe.

Extraict des Registres du Parlement.

Veu les lettres patentes obtenues à Paris au mois dernier par Helène Gillet, fille de maistre Pierre Gillet, chastellain royal à Bourg, par lesquelles le Roy, pour les causes y contenues, à la recommandation de ses speciaux serviteurs, en faveur mesme de l’heureux mariage de la Royne de la grande Bretagne, sa très-chère et très-aymée sœur, de son propre mouvement, grace speciale, plaine puissance et authorité Royalle, auroit à ladite Gillet quitté, remis et pardonné le faict et cas exprimé ès dittes lettres, avec toute peine et amende corporelle et civile qu’elle avoit encourue envers sa Majesté et justice, mettant à neant toutes informations, decrets, mesme les sentence et arrest de mort qui s’en estoient ensuivis, la restituoit et restablissoit en sa bonne renommée et en ses biens non d’ailleurs confisquez, imposant silence à ses procureurs generaux, leurs substitus presens et à venir, et à tous autres ; arrest du deuxiesme du present mois de juin, par lequel, sur la presentation faicte en audience par laditte Gillet desdittes lettres, et ouy Picardet, procureur general du Roy, auroit este ordonné que, sur le contenu en icelles, elle seroit ouye et repetée par le commissaire au rapport duquel avoit esté donné l’arrest du 12 dudit mois de may, pour après estre pourveu sur l’entherinement d’icelles, ainsi qu’il appartiendroit ; cependant demeureroit laditte Gillet en la garde d’un huissier ; interrogations, responses et repetitions de laditte Gillet par devant ledit commissaire ; ledit arrest du 12 de may confirmatif de la sentence donnée au bailliage de Bresse le 6 fevrier precedent, par laquelle laditte Gillet auroit esté declarée deuement atteinte et convaincue d’avoir recelé, couvert et occulté sa grossesse et son enfantement ; et pour reparation, ayant aucunement esgard à l’aage et qualité de ladite Gillet, icelle condamnée à avoir par l’executeur de la haute justice la teste tranchée, en l’amende de cent livres envers le Roy, et ès frais et despens de justice : LA COUR a intheriné et intherine lesdittes lettres ; ordonne que ladite Gillet jouira de l’effet d’icelles selon leur forme et teneur. Faict en la Tournelle, à Dijon, le cinquiesme de juin mil six cens vingt cinq.



1. Gabriel Peignot ne connoissoit pas ce livret lorsqu’il écrivit son intéressante brochure : Histoire d’Hélène Gillet, ou Relation d’un événement extraordinaire et tragique survenu à Dijon dans le XVIIe siècle, etc., par un ancien avocat. Dijon, 1829, in-8º, brochure qui a inspiré le dramatique article de Nodier, publié d’abord la même année dans la Revue de Paris, puis dans ses Œuvres, t. III, p. 373. Peignot, toutefois, connoissoit notre livret en substance, puisque sa relation est faite d’après le recueil d’où toutes les pièces de celui-ci procèdent (le Mercure françois, 1625, t. XI, p. 526–541.)

2. Ch. Fevret, né à Semur en Auxois, le 16 décembre 1583, fut l’un des plus célèbres avocats du Parlement de Dijon au XVIIe siècle ; en outre de ce plaidoyer, qui lui fait un si grand honneur, il se distingua par sa harangue à Louis XIII en faveur des paysans dont la révolte avait exigé la présence royale à Dijon en février 1630. Il mourut très âgé, le 16 août 1661.

3. Le Morimont est la place des exécutions à Dijon. Elle tient son nom d’une ancienne abbaye de Champagne, dont les abbés avoient leur hôtel à l’un des angles de cette place.

4. C’étoit une espèce d’entraves où l’on mettoit les mains et les pieds des criminels.

5. Ce mariage eut lieu le 11 mai 1625. Ainsi, les noces d’un roi qui devoit tomber sous la hache furent signalées par un acte de clémence pour celle qui s’étoit miraculeusement échappée d’un supplice pareil.

6. C’est le chancelier d’Aligre.

7. Cette harangue de Ch. Fevret long-temps oubliée comme tout le reste de cette dramatique affaire, à laquelle Desessart seul a consacré 27 lignes de son Essai sur l’Histoire des Tribunaux (Paris, 1778–1784, t. VII, p. 134), a été reproduite mutilée et dénaturée dans un recueil publié en 1836 sous le nom de M. Berryer, Leçons et modèles d’éloquence judiciaire et parlementaire, etc., t. I, p. 77–79.

8. « Et dont la mère est petite fille de feu M. le président Fabry. » Relation manuscrite qui se trouve au tome XCIII des manuscrits Du Puy, Bibliothèque impériale.

9. « Bien demeuroit-elle d’accord qu’il y avoit quelques mois qu’un jeune homme, curé d’un village voisin de Bourg, qui demeuroit au logis d’un sien oncle, venant à celui de son père pour apprendre à lire et à écrire à ses frères, l’avoit connue, une fois seulement, au moyen d’une servante de sa mère, qui l’avoit enfermée dans une chambre avec ledit curé, qui la força. » (Ibid.)

10. Partus, accouchement.

11. Le rang qu’occupoit sa famille l’avoit fait condamner non à la pendaison, mais à la mort par le glaive, supplice des nobles.

12. « Le bourreau, lisons-nous dans la relation citée tout à l’heure, qui n’entendoit pas son métier, lui fait hausser le menton et retirer le cou pour la prendre de côté, et à l’instant lui décharge un coup sur la mâchoire gauche, glissant au cou, dans lequel il entre du travers d’un doigt. La patiente tombe sur le côté droit. Le bourreau quitte ses armes, se présente au peuple et demande de mourir. On commençoit déjà à exaucer sa demande, les pierres volant de tous côtés, lorsque la femme du bourreau, qui assistoit son mari en cette occasion, releva la patiente, qui en même temps marcha d’elle-même vers le poteau, se remit à genoux et tendit le cou. Le bourreau éperdu reprend le coutelas, que sa femme lui présentoit, et décharge un second coup, que la pauvre victime reçoit sur l’épaule droite, sans la blesser que légèrement. La sédition se renouvelle et s’augmente. Le bourreau se sauve en la chapelle qui est au bas de l’échafaud ; la femme du bourreau demeure seule avec la patiente, qui étoit tombée sur le coutelas, duquel assurément la bourelle se fût servie si elle l’eût vu. Elle prit en son lieu la corde que la patiente avoit apportée au supplice, la lui met au cou. Elle se défend, et jette ses mains sur la corde. L’autre lui donne des coups de pied sur l’estomac et sur les mains, et lui donne cinq ou six secousses pour l’étrangler puis, comme elle se sentit frappée à coups de pierres, elle tire ce corps demi-mort, la corde au cou, la tête devant, à bas la montée de l’échafaud. Comme elle fut au dessous, proche des degrés, qui sont de pierre, elle prend des ciseaux qu’elle avoit apportés pour couper les cheveux de la condamnée, longs de deux pieds, et la veut égorger ; comme elle n’en peut venir à bout, elle les lui fiche en divers endroits. »

13. « Outre les deux coups de coutelas, elle a six coups de ciseaux : un qui passe entre le gosier et la veine jugulaire ; un autre sous la lèvre d’en bas, qui lui égratigne la langue et entre dans le palais ; un au dessous du sein, passant entre deux côtes, proche de l’emboiture du dos ; deux en la tête, assez profonds, quantité de coups de pierres, les reins entamés fort avant du coutelas, sur lequel elle étoit couchée, lorsqu’on la secouoit pour l’étrangler, et son sein et son cou plombés de coups de pieds de la bourelle. » Même relation.

14. Hélène Gillet, en effet, se retira du monde. Elle entra dans un couvent de la Bresse, et y vécut très saintement de longues années. Sa mort fut des plus édifiantes. V. Vie de Madame de Courcelles de Pourlans, etc., par Edme-Bernard Bourrée, oratorien, Lyon, 1699, in-8., p. 264.