De la phthisie du bœuf

ÉCOLE IMPÉRIALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE





DE LA


PHTHISIE DU BŒUF

AU POINT DE VUE

DE SES SYMPTOMES, DE SON DIAGNOSTIC ET DE SA JURISPRUDENCE


PAR


H. BURAU


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THÈSE POUR LE DIPLOME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


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TOULOUSE

IMPRIMERIE J. PRADEL ET BLANC

rues des Gestes, 6


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1868


ÉCOLES IMPÉRIALES VÉTÉRINAIRES




Inspecteur général.

M. H. BOULEY, O. ❄, Membre de l’Institut de France, de l’Académie de Médecine, etc.




ÉCOLE DE TOULOUSE



Directeur

M. LAVOCAT ❄, Membre de l’Académie des Sciences de Toulouse, etc.

Professeurs.

MM. LAVOCAT ❄, Physiologie (embrassant les monstruosités).
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄, Pathologie médicale et maladies parasitaires.
Police sanitaire.
Jurisprudence.
Clinique et Consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générale.
Pathologie chirurgicale.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des Exercices pratiques.
N. Anatomie générale.
Anatomie descriptive.
Extérieur des animaux domestiques.
Zoologie.

Chefs de Service.

MM. BONNAUD Clinique et Chirurgie.
MAURI Anatomie, Physiologie et Extérieur.
BIDAUD. Physique, Chimie et Pharmacie.
JURY D’EXAMEN
――
MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
BONNAUD, Chefs de Service.
MAURI,
BIDAUD,


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PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.
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THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.
À MES PARENTS






À MES PROFESSEURS






À MES AMIS


H. BURAU.


AVANT-PROPOS


Appelé à exercer la médecine vétérinaire dans une contrée où le bœuf est l’objet d’un commerce incessant, j’ai cru devoir m’occuper de la phthisie de cet animal, vice rédhibitoire suscitant chaque jour des contestations entre les propriétaires. Pour peu qu’un bœuf tousse, en effet, on s’empresse de remplir les formalités exigées par la loi, afin de provoquer la résiliation de la vente. Sans doute, la phthisie, au point de vue sous lequel nous l’envisageons, paraîtra peu scientifique ; mais elle n’en a pas moins son importance pour le praticien, vu qu’elle est présentée avec les éléments nécessaires pour établir un diagnostic avec certitude.

PHTHISIE PULMONAIRE OU POMMELIÈRE DU BŒUF




DÉFINITION.

C’est une maladie chronique des poumons, caractérisée par la présence, au sein de ces organes, de produits morbides particuliers désignés sous le nom de tubercules.

Elle se traduit par la toux et la gêne de la respiration ; elle se montre incurable dans la plupart des cas.


SYMPTOMATOLOGIE.

Période latente. — Elle s’annonce généralement avec des caractères peu marqués ; il faut être bon observateur pour s’apercevoir que les animaux, pour manger leur ration, mettent un peu plus de temps que d’habitude, qu’ils sont moins ardents au travail et que leur gaîté a quelque peu diminué ; chez les femelles on remarque qu’une certaine surexcitation est survenue du côté des organes génitaux ; elles cherchent à se faire saillir, y réussissent parfois, mais ne retiennent pas toujours.

Il est évident que tous ces signes ont peu d’importance et sont loin de faire supposer l’invasion de la phthisie ; mais il vient un moment où ils ont acquis une véritable signification, alors qu’ils sont remplacés par les symptômes de la période du début. Outre cette période, nous établissons celle d’état et de déclin. Examinons la première.


Début. — Cette période s’annonce par une toux sèche, avortée et assez rare ; sa manifestation est subordonnée aux conditions suivantes : l’air chaud de l’étable, l’impression de l’air frais, l’exercice, l’ingestion d’eau froide, le travail, les efforts et tout enfin ce qui exerce une influence quelconque sur l’appareil respiratoire. Le soir et le matin elle est encore plus fréquente que dans tous les autres moments de la journée ; ordinairement elle se fait aussi entendre après un décubitus assez prolongé. Pour la déterminer artificiellement, si l’animal est couché, on percute la poitrine, soit avec le poing, soit avec le bout du pied, en arrière du coude ; la percussion doit se faire de préférence du côté du décubitus. Un autre moyen pour provoquer la toux consiste à comprimer la partie moyenne de la trachée ou la partie antérieure du larynx ; ce dernier procédé, excellent chez le cheval, ne réussit pas si bien pratiqué sur le bœuf.

Au repos et à l’exercice, le nombre de respirations est plus grand que normalement ; en même temps, les mouvements du flanc ont acquis plus d’étendue. Des naseaux s’écoule quelquefois une humeur glaireuse mélangée à quelques bulles d’air.

Quand on exerce une forte pression en arrière du garrot, l’animal éprouve de la douleur qu’il manifeste en fléchissant l’échine en contre-bas.

Les espaces intercostaux sont eux aussi le siège d’une certaine sensibilité, ainsi que la région correspondant à l’appendice xyphoïde du sternum. Ces douleurs ont pour caractère de changer de place et de n’être pas constantes.

La peau a perdu de son lustre et de son luisant ; elle est adhérente aux côtes, surtout à l’avant-dernière, et, quand on la plisse, elle fait entendre un craquement dû à la rigidité du tissu cellulaire.

Par la percussion, il n’est guère possible, dans la plupart des cas, de recueillir des modifications possédant quelque valeur ; car, au début, les lésions pulmonaires sont à peine formées, et par suite incapables d’apporter des changements dans la résonnance ; du reste, elles sont le plus souvent disséminées, ce qui est une cause de la conservation de cette dernière. Mais si, au lieu d’être distribuées dans les différents points du poumon, elles se sont concentrées à la superficie de cet organe et se trouvent agglomérées, la résonnance est diminuée là où elles existent, parfois même abolie.

En même temps qu’on fait usage de la percussion pour juger de la plus ou moins grande sonorité de la poitrine, on découvre quelquefois des points qui sont douloureux ; cela peut faire supposer la présence de tubercules dans les parties du poumon et de la plèvre correspondants : le plus souvent ces douleurs sont l’effet d’un trouble nerveux, sympathique, une véritable pleurodynie.

Quand on pratique l’auscultation, on obtient des résultats très divers : Dans la majorité des cas, le murmure respiratoire est sec et comme râpeux ; d’autres fois il est inégal, c’est-à-dire fort dans certains points et faible dans d’autres ; là où la résonnance a été remplacée par la matité, il est absent, là aussi se fait entendre le bruit de souffle. Le râle sibilant muqueux n’est pas rare à cette période de la phthisie.

En examinant l’appareil circulatoire, on s’aperçoit que les battements du cœur sont forts, ce qui semblerait indiquer que ce dernier organe doit redoubler d’efforts pour lutter contre l’état d’obstruction où se trouve le poumon, état qui s’oppose au cours du sang. Le pouls est lui-même fort et accéléré.

L’épistaxis, l’hémoptysie, des douleurs sourdes dans les membres, l’engorgement des ganglions lymphatiques sous-cutanés du flanc, de l’aine, du bord antérieur des épaules et de l’espace inter-maxillaire, sont autant de symptômes pouvant se présenter aussi à la première période de la phthisie.

D’après ce qui précède, on doit s’apercevoir que la phthisie au début ne laisse pas que d’offrir de grandes difficultés dans son diagnostic.


Période d’état. — L’animal est dans la tristesse ; tout en lui annonce une grave maladie : poil long et terne, amaigrissement prononcé, peau très adhérente et d’une sécheresse marquée. Un léger travail ou un peu d’exercice suractive considérablement la sécrétion de la peau et occasionne une prompte fatigue.

Chez la femelle, les fonctions des mamelles se ralentissent et le lait s’appauvrit. L’appétit diminue sensiblement et la rumination s’effectue mal ; le météorisme est assez fréquent et suit de près le repas.

Les vaches phthisiques en état de gestation avortent quelquefois à cette période de la maladie.

La toux spontanée ou provoquée devient rauque, profonde et quinteuse ; elle est accompagnée d’expectoration plus abondante et plus épaisse qu’au début.

La respiration est encore plus grande et plus accélérée qu’au début ; elle est marquée d’un contre-temps qui se produit tantôt pendant l’expiration, tantôt pendant l’inspiration.

À la percussion, une ou plusieurs surfaces de la poitrine donnent un son mat ; dans les autres parties du poumon la résonnance est normale ou augmentée.

L’auscultation fait découvrir du murmure respiratoire supplémentaire dans les portions encore saines. Au point où l’on a constaté de la matité, le murmure respiratoire est remplacé par le bruit de souffle ou le râle sibilant muqueux.

La surface pulmonaire correspondant aux fosses sus et sous-acromiennes, est assez fréquemment le siège de dépôts tuberculeux. Quand on ausculte en avant des épaules, alors que ces dernières sont préalablement portées en arrière, le bruit du souffle ou le râle sibilant muqueux se font encore entendre.

Le soubresaut, dont nous avons déjà parlé, est l’indice de l’emphysème pulmonaire ; cette altération est sans nul doute le résultat des quintes de toux si fréquentes à cette période de la phthisie.

Les battements du cœur sont encore plus accélérés qu’au début ; il en est de même du pouls.

Il n’est pas rare de voir se développer des tumeurs dures aux articulations. Quelquefois l’affection semble présenter de véritables paroxysmes ; les animaux sont alors en proie à des quintes fréquentes, leur respiration s’accélère beaucoup et les battements du cœur deviennent très forts. Ajoutons à ces symptômes une chaleur considérable de la peau et du malaise, et nous aurons une idée de ces paroxysmes.

Arrivée à ce point, l’affection se complique d’un amaigrissement notable.


Déclin. — Cette période atteinte, le dépérissement fait chaque jour des progrès. L’appétit diminue, la face se décharne, les yeux se perdent dans la profondeur des orbites, et la peau est comme collée sur les côtes, surtout à l’avant-dernière. La sécrétion lactée se tarit et le poil se pique. La diarrhée et souvent un météorisme intermittent, viennent s’ajouter à cet acte de marasme qui compromet si gravement la vie de l’animal.

En portant son attention sur l’appareil respiratoire, on observe que les mouvements du flanc s’exécutent avec rapidité et irrégularité. La toux est pénible et caverneuse, et toujours accompagnée d’expectoration. Les matières rejetées sont en gros paquets ; elles sont caséeuses, striées et crayeuses ; leur odeur est fétide ; cadavéreuse, comme d’ailleurs l’air expiré.

Sur des surfaces très étendues de la poitrine, il y a matité ou augmentation de la résonnance. L’auscultation fait constater l’absence du murmure respiratoire, le râle sibilant muqueux, le râle et le souffle caverneux ; on entend aussi le tintement métallique, tous signes indiquant l’existence de cavernes tuberculeuses.

Les ganglions lymphatiques et les tumeurs des articulations peuvent se ramollir, se perforer avec le temps ; elles laissent alors écouler un pus hétérogène, comme caséeux.

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Il ne faut pas croire que la phthisie se présente toujours comme nous venons de l’exposer ; très souvent, au contraire, elle affecte des physionomies très diverses qui, dans la pratique, constituent de véritables difficultés.

1° Il est des cas, en effet, où la phthisie semble avoir perdu totalement son caractère chronique, car au lieu de se montrer insensiblement, elle apparaît avec violence, et amène la mort en quelques semaines. C’est en raison de cette marche rapide, qu’elle est alors confondue avec la pneumonie.

2° D’autrefois elle est concomitante avec la pleuropneumonie chronique, et tend même extérieurement à se confondre avec elle ; Delafond a appelé cette variété phthisie péripneumonique.

3° La phthisie, même assez avancée, est quelquefois accompagnée de difficulté dans la déglutition, de cornage ou même encore de météorisme ; ce dernier symptôme est produit par la compression de l’œsophage à l’endroit de son passage entre les deux lobes pulmonaires ; cette compression est exercée par des amas tuberculeux. Le cornage et la difficulté dans la déglutition sont occasionnés par la gêne des nerfs récurrents, à la suite de l’augmentation de volume des ganglions lymphatiques situés sur leur trajet ; l’excès de volume de ces mêmes ganglions est produit par le dépôt, au sein de leur masse, de matière tuberculeuse.

4° La phthisie déjà existante, peut être suivie de nouvelles invasions pouvant la faire confondre, soit avec une bronchite, soit avec une pneumonite ou une pleurite. Lorsque les animaux succombent, ils présentent des lésions très variables : ce sont des tubercules ramollis, ulcérés même, passés à l’état crétacé et enkysté, ce sont les plus anciens ; ceux qui sont le résultat des dernières invasions sont représentés par des granulations grises ou blanches.

5° Il peut arriver que la phthisie soit très légère et constituée seulement par quelques petits tubercules disséminés ; ils se ramollissent et s’ulcèrent quelquefois, et les petites cavernes qui en résultent peuvent se cicatriser, quand il y a eu élimination de la matière ramollie.

Phthisie calcaire. — Outre les variétés qui précèdent, Delafond a cru devoir en établir une autre à laquelle il accorde la dénomination de phthisie calcaire. Cette variété se caractérise par une toux sèche, profonde et rauque, et par l’absence du murmure respiratoire dans les parties du poumon qui sont envahies. À l’autopsie, on trouve des tumeurs arrondies, dures, ayant le volume d’une noix et quelquefois celui du poing ; leur ressemblance avec une pomme a fait donner à cette variété de phthisie le nom de pommelière.

Ces tumeurs sont formées par un produit jaunâtre, semblable à du plâtre. D’après Dulong et Thénard cette matière contient du phosphate et du carbonate de chaux dans les mêmes proportions que les os. M. Lafosse considère ces tumeurs comme des échinocoques dépourvus de vie, dont le contenu liquide aurait été résorbé et remplacé par des produits solides provenant d’une sécrétion particulière de l’enveloppe de l’hydatide.


DIAGNOSTIC.


Les difficultés que la phthisie présente dans son diagnostic ressortent de sa marche insidieuse et du mode d’expression de ses symptômes. Nous avons vu, en effet, qu’au lieu de se montrer toujours avec des caractères tranchés, elle revêtait parfois une physionomie capable de mettre en déroute les plus habiles praticiens. En raison de cet état de choses, il était de toute nécessité d’attirer l’attention des vétérinaires sur ce point de la phthisie ; c’est. M. Lafosse qui le premier s’est occupé de ce sujet, et qui est parvenu à découvrir les signes qui la font reconnaître avec certitude, même dans les cas où elle est très légère. Nous devons considérer cette découverte comme un vrai service rendu à la science, car bon nombre de vétérinaires ont besoin d’être éclairés sur ce point de pathologie.

Pour certains praticiens, un signe bien caractéristique de l’existence de la phthisie est le râle sibilant muqueux ; sans doute, sa production implique ordinairement des tubercules dans le poumon, mais que de fois aussi ne se fait-il pas entendre bien que cependant l’affection soit déclarée.

D’ailleurs, loin d’être le signe constant de la phthisie, il ne se fait remarquer que par exception, alors, par exemple, qu’il existe des cavernes versant leur produit dans l’intérieur des bronches. On ne doit donc pas considérer le râle sibilant muqueux comme un indice certain de l’affection qui nous occupe, s’il n’est pas possible de lui adjoindre d’autres symptômes.

Bien que les lésions de la phthisie aient pour siége de prédilection le poumon, il n’en est pas moins vrai qu’il se produit, outre les altérations de cet organe, des phénomènes sympathiques qui jouissent d’une certaine valeur en corroborant les inductions auxquelles conduisent les symptômes essentiels. Il est aussi des signes tirés de l’âge, du service, de la constitution et de l’origine de l’individu, que l’on doit prendre en considération.

Dans tous les cas, pour qu’il soit possible d’affirmer l’existence de la phthisie, il faut au moins constater :

1° La toux sèche et persistante ;

2" Le murmure respiratoire sec et comme râpeux ;

3° La sensibilité de la colonne vertébrale en arrière du garrot ;

4° L’accélération de la respiration.

Ce sont là quatre symptômes qui sont constants dans la phthisie pulmonaire la plus légère ; ils ont une valeur absolue en l’absence des phénomènes morbides caractérisant les inflammations aiguës des organes respiratoires.

Ils sont, il est vrai, communs à d’autres affections ; en effet, la toux sèche et persistante se fait entendre dans le cas de bronchite et de laryngite au début ; elle est aussi commune à l’emphysème pulmonaire.

La sensibilité de la colonne vertébrale se fait aussi remarquer dans le coup d’air, la pneumonie, dans la fièvre charbonneuse et autres maladies.

Le murmure respiratoire, sec et râpeux, quoique constituant un des symptômes de la phthisie, indique parfois une bronchite au début, ou l’emphysème pulmonaire.

Enfin, l’accélération de la respiration s’observe dans la bronchite, la pleurite, la pneumonite aiguë, l’emphysème, les diverses angines, etc. Tout cela, quoique exact, ne représente en réalité que des difficultés peu sérieuses, car il n’est pas une des maladies précédemment citées qui réunisse à elle seule les quatre symptômes caractéristiques de la phthisie. D’ailleurs, ces derniers sont toujours accompagnés de signes locaux et de signes inhérents à l’individu lui-même, que nous allons faire connaître.


SIGNES LOCAUX OU SYMPATHIQUES


Sensibilité de la colonne vertébrale : c’est un signe qui a été déjà exposé.

Peau adhérente aux côtes, surtout à l’avant-dernière ; plissée ; on entend craquer le tissu cellulaire sous-jacent : tout cela a été encore signalé ;

Poils : chez les bœufs phthisiques les poils sont longs et hérissés ; ils possèdent en outre un reflet terne ;

Sécrétion laiteuse : peu modifiée en apparence ; si on examine le fait de près, on s’aperçoit qu’il est séreux et d’une teinte bleuâtre ; enfin il se grumèle aisément au feu ;

Ganglions lymphatiques sous-cutanés : ils sont le siège d’un engorgement qui est bien sensible dans les ganglions situés en avant des grassets, en haut des flancs, au bord antérieur des épaules, sur les côtés du larynx et entre les bronches du maxillaire. Si tous ne présentent pas cet état maladif, au moins le trouve-t-on dans quelques-uns.

Testicules : Les testicules eux-mêmes ne sont pas exempts d’altérations. Chez les animaux bistournés, ils acquièrent parfois du volume, deviennent douloureux par suite du dépôt dans leur trame de la matière tuberculeuse.


Signes tirés de l’âge, du service, de la constitution
et de l’origine.

Origine. — Il est bien démontré que la phthisie pulmonaire est héréditaire ; des renseignements sur la provenance des bêtes suspectes seront donc utiles à recueillir.

Age. — C’est ordinairement de six à dix ans que la maladie fait son invasion ; il est assez rare qu’elle se manifeste avant cette époque ; on a vu cependant des veaux de trois et six mois offrir les premiers indices de cette maladie ; des fœtus ont même présenté des tubercules au moment de leur naissance ; mais ce sont là des faits tout exceptionnels : en règle générale, la phthisie attaque les bêtes bovines dans la dernière période de la vie ; elle est même alors si commune, que presque tous les animaux sacrifiés pour la boucherie dans nos contrées, où le bœuf travaille au moins jusqu’à dix ans, ont un plus ou moins grand nombre de tubercules dans le poumon.

Service. — De toutes les destinations que reçoivent nos bêtes bovines, il n’en est point qui prépare avec autant d’efficacité à l’invasion de la phthisie que l’emploi exclusif à la reproduction et à la sécrétion du lait ; aussi les vaches laitières des grandes villes, des montagnes où on se livre à l’industrie fromagère, sont-elles très souvent atteintes de la phthisie ; il est rare qu’elles arrivent à l’âge de huit ou dix ans sans en présenter déjà, avec plus ou moins d’évidence, les signes caractéristiques.

Les bêtes de travail, bien que moins exposées à la phthisie que les précédentes, en sont aussi souvent affectées vers leur déclin ; l’affection, au contraire, est rare chez les animaux des races de boucherie qui vont mourir sous le couteau avant même d’avoir acquis leur entier développement.

La constitution de l’animal fournit des indices non moins importants que ceux tirés de son origine, de son âge et de son service. En général, le bœuf phthisique a le garrot étroit, la côte aplatie, la poitrine peu descendue, ce qui fait que ses membres antérieurs paraissent trop longs, et que son poitrail semble serré entre les deux épaules. — Son flanc est long et creux, et son ventre pèche par excès ou défaut de volume ; sa robe est claire comparativement à celle des autres individus de sa race ; ses tissus sont lâches ; il est mou, indolent au travail ; et si parfois il témoigne de l’énergie, elle est peu durable ; pour peu que la contraction musculaire se soutienne, elle amène bientôt la sueur, la lassitude ; tout enfin, chez le phthisique, dénote une constitution débile, une dégénération bien propre à préparer l’invasion de ces maladies organiques qui n’ont d’autre issue que la fin prématurée des êtres qu’elles atteignent.

J’ajoute que le bœuf phthisique manque de gaîté et d’animation, qu’il consacre à son repas plus de temps que le bœuf en santé, qu’assez souvent il offre un léger météorisme après l’ingestion des aliments et qu’il est sujet à des alternatives de diarrhée et de constipation ; enfin, s’il est appareillé, il est ordinairement le moins gras de la paire. Sans doute, il n’y a là que des nuances ; mais, si faibles, si fugitives qu’elles soient, elles n’échappent pas à l’observateur exercé, surtout lorsqu’elles sont en corrélation avec les autres caractères qui ont été précédemment exposés.

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De toutes les maladies affectant l’espèce bovine, une des plus communes de l’appareil respiratoire est sans nul doute la phthisie. Les autres affections, telles que : pneumonie, pleurite et bronchite chronique, bronchite mélanique, vermineuse, cancer, échinocoques du poumon, emphysème pulmonaire, maladies chroniques du cœur (cardite, endocardite, péricardite, hypertrophie), sont beaucoup plus rares ; mais, comme elles ont de l’analogie avec celle qui nous occupe, nous allons établir un diagnostic différentiel.

La toux et la difficulté de la respiration représentent les deux symptômes communs à la phthisie et aux maladies précédemment énumérées ; nous allons les examiner dans le mode d’expression appartenant à chacune d’elles, et nous ferons ensuite connaître les symptômes particuliers qui caractérisent ces mêmes maladies.


Toux. — Début. — Dans la phthisie, elle est faible et sèche ; sa fréquence est augmentée sous l’influence de certaines conditions que nous avons déjà fait connaître ; dans la pneumonie chronique, le cancer, les échinocoques du poumon, elle diffère bien peu.

La pleurite est accompagnée d’une toux rare elle est grasse dans le cas de bronchite chronique, et suivie d’un jetage contenant des strongles dans la bronchite vermineuse. Sèche et fréquente dans la bronchite mélanique et l’emphysème, elle s’observe rarement dans les maladies du cœur.


Respiration. — L’état de la respiration est le même partout, c’est-à-dire accéléré ; dans l’emphysème, les mouvements du flanc présentent le soubresaut.


Matité. — Elle constitue un symptôme commun. Il est de remarque que dans la pleurite, elle est limitée par une ligne horizontale toujours absente dans la phthisie. En supposant que la pleurite affecte les deux côtés de la poitrine, la limite de la matité occupe deux niveaux différents, en raison de la non-communication des deux cavités pleurales dans l’espèce bovine. Quand la matité s’observe sur la région correspondant au cœur, il est évident qu’on se trouve en présence d’une affection propre à cet organe.

Absence du murmure respiratoire. — Mêmes réflexions que pour la matité.

Dans la bronchite catarrhale et vermineuse, l’absence du murmure peut exister et la résonnance être cependant conservée.

Symptômes particuliers.Phthisie. — Le murmure respiratoire est inégal, sec et râpeux, et parfois accompagné d’un râle sibilant muqueux.

Pneumonie. — Souffle bronchique dans les régions affectées ; murmure respiratoire supplémentaire partout ailleurs.

Pleurite. — Absence du murmure respiratoire jusqu’à la limite du liquide, et bruit de frottement au niveau de cette même limite.

Bronchite catarrhale. — Râle muqueux.

Bronchite vermineuse. — Jetage vermineux (strongles).

Bronchite mélanique. — Murmure respiratoire diminué.

Emphysème. — Râle crépitant et sibilant sec.

Maladies du cœur. — Bruits de frottement se manifestant avec des nuances diverses, quelquefois syncopes.

Période d’état. — Les symptômes de cette période sont à peu près les mêmes que ceux de la précédente.

Période de déclin. — Toux. — Dans la phthisie et la pneumonie elle est rauque, profonde et caverneuse, avec expectoration renfermant des éléments tuberculeux, pour la phthisie. Dans la pneumonie, ces éléments sont absents ; à leur place on trouve des globules purulents.

Respiration. — Elle s’opère avec difficulté quand l’animal est debout, et devient presque impossible lorsqu’il est couché, pour la phthisie, la pneumonie, la pleurite et le cancer.

Dans l’emphysème, elle est accompagnée de cornage.

Matité. — Elle fait place à une forte résonnance, permanente ou intermittente pour la phthisie et la pneumonie. Lors de cancer, d’épanchement pleural ou de maladies du cœur, la matité se maintient ou progresse.

Absence du murmure respiratoire. — à cette absence succède le râle et le souffle caverneux et le tintement métallique dans la phthisie et la pneumonie ; elle gagne les parties supérieures du poumon dans la pleurite, se maintient dans la bronchite, et dans les maladies du cœur, s’étend autour de cet organe.

Voilà tout ce qu’on peut dire pour le diagnostic différentiel.


JURISPRUDENCE.


La phthisie de l’espèce bovine est un vice rédhibitoire, d’après l’art. 1er de la loi du 20 mai 1838.

Le délai de la garantie accordé par la loi est de neuf jours (art. 3 de la précédente loi).

Expertise. — La phthisie pulmonaire a encore reçu le nom de pommelière, toux, pneumonie chronique, pleurésie chronique, pleuro-pneumonie chronique.

Dans la loi, les mots phthisie pulmonaire sont suivis de ou pommelière.

M. Rey renverse les choses et dit : la pommelière, ou phthisie pulmonaire, et, partant de là, à son avis, la rédhibition ne doit avoir lieu que lorsqu’il y a phthisie pommelière. M. Lafosse admet bien cette dernière comme rédhibitoire, mais n’exclut pas la phthisie tuberculeuse, pas plus que toutes les affections chroniques du poumon : cancer, hydatides, indurations anciennes. M. Lafosse va plus loin ; il considère encore les lésions anciennes de la plèvre, de nature tuberculeuse ou non, comme devant entraîner la rédhibition.

Un animal étant donné, s’il présente les caractères de la phthisie avec absence de maladies aiguës, la rédhibition doit nécessairement avoir lieu.

Il peut arriver qu’on se trouve en présence de symptômes appartenant à une affection aiguë de la poitrine ; loin de conseiller la prolongation de la fourrière dans ce cas, afin d’attendre la disparition des symptômes possédant une certaine acuité, M. Lafosse veut que l’expert se prononce immédiatement, s’il constate les caractères de la phthisie avec les nuances sous lesquelles nous les avons présentés plus loin.

Ceci a sa raison d’être, parce que l’animal venant à succomber, l’expert placé en face de lésions aiguës et chroniques, sera souvent fort embarrassé pour dire à laquelle des deux maladies, de la phthisie ou de l’affection aiguë, la mort doit être attribuée.

Avec la phthisie débutante peut coïncider une maladie aiguë masquant la première ; quelle est la conduite que l’expert doit tenir en pareil cas ? Attendre la guérison de la seconde est bien le parti le plus sage. Mais plus tard, il peut, il est vrai, se demander si l’affection chronique n’est pas consécutive à l’aiguë : bien que son rôle ne consiste qu’à se prononcer pour ou contre, il est cependant de son devoir d’éclairer les tribunaux sur ce point.


En cas de mort. — D’après l’art. 7 de la loi du 20 mai 1838, l’animal venant à périr, la perte ne sera supportée par le vendeur qu’autant que la mort aura été occasionnée par la phthisie. Si, avec les lésions de cette dernière, on trouve aussi des traces d’affection aiguë représentant la cause efficiente de la mort, il serait équitable que la partie succombante, c’est-à-dire l’acheteur, fût dédommagé de la moins-value produite par la phthisie.

On a prétendu que pour que la rédhibition eût lieu en cas de mort, il fallait que l’animal meure dans le délai de neuf jours ; cette opinion, professée par MM. Leblanc et Galisset, n’a pas prévalu : et aujourd’hui tout le monde est d’avis que la perte soit essuyée par le vendeur, quand bien même la mort serait survenue après l’expiration du délai, si toutefois les autres formalités légales ont été remplies.


Conduite à suivre dans les cas douteux. — Il n’est pas rare de trouver des animaux ayant une toux chronique et la respiration accélérée : ce sont deux symptômes qui mettent le sujet qui les présente en état de suspicion. S’il n’est pas possible de leur rallier d’autres signes appartenant à la phthisie, le vétérinaire expert ou rapporteur doit alors faire connaître ses doutes et demander aux tribunaux l’autopsie, seule opération capable d’empêcher toute erreur.