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ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE



DE

L’HYDROTHÉRAPIE

EN

VÉTÉRINAIRE

PAR

XAVIER CAZENAVE

MÉDECIN VÉTÉRINAIRE



THÈSE POUR LE DIPLOME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE

Présentée le 15 juillet 1874



TOULOUSE

IMPRIMERIE DES ORPHELINS, JULES PAILHÈS

Rue du Rempart Saint-Étienne, 30

─ 1874 ─


ÉCOLES NATIONALES VÉTÉRINAIRES


inspecteur général

M. H. BOULEY, O. ❄, membre de l’Institut de France, de
l’Académie de Médecine, etc.



ÉCOLE DE TOULOUSE

directeur

M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des sciences de
Toulouse, etc.

professeurs :

MM. LAVOCAT ❄, Tératologie.
LAFOSSE ❄, Pathologie spéciale.
Police sanitaire et Jurisprudence.
Clinique et consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générales.
Pathologie chirurgicale et obstétrique.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des exercices pratiques.
ARLOING, Anatomie générale, et Histologie.
Anatomie descriptive.
Physionomie.

chefs de service : 

MM. MAURI, Clinique et Chirurgie. Zoologie. Extérieur
des animaux domestiques.
BIDAUD, Physique, Chimie et Pharmacie.
N… Anatomie générale et descriptive, Histologie
normale, Physiologie.


JURY D’EXAMEN



MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
MAURI, Chefs de Service.
BIDAUD,
N…


――✾oo✾――


PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.



THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.




À MON PÈRE, À MA MÈRE,

Reconnaissance et Amour filial.


À MON FRÈRE, À MA BELLE-SŒUR,

Gage d’affection !


À MES PROFESSEURS




À MES AMIS



AVANT-PROPOS




Lorsque j’ai dû choisir un sujet de thèse, je n’ai pas hésité à prendre l’hydrothérapie. Car, né dans un endroit favorisé de la nature pour l’application de cette méthode, j’ai souvent été frappé par les bons résultats que l’on en obtient. Plus tard mes études cliniques m’ont permis d’apprécier tous les avantages que l’on peut retirer d’une médication si simple et si peu coûteuse. Sans doute le vétérinaire se servant de ce moyen pourra n’inspirer qu’une faible confiance à l’homme ignorant qui toujours a témoigné de la répugnance pour ce qui paraît simple et naturel : tandis qu’il accepte avec enthousiasme tout ce qui a pour lui une origine inconnue.

C’est ainsi qu’il juge du talent du médecin par la complexité de composition ou la couleur plus ou moins étrange du médicament. Mais qu’importe au praticien, le jugement de ces hommes ignares malheureusement trop nombreux dans nos campagnes ; lorsqu’il à la conscience du devoir accompli !

Je ne me dissimule pas les difficultés de ma tâche ; aussi est-ce en m’aidant de la lecture de quelques ouvrages et surtout des savantes leçons de mes maîtres, que j’ai cru pouvoir aborder ce sujet et en faire ressortir tous les avantages. C’est du moins vers ce but qu’ont été dirigés tous mes faibles efforts ; trop heureux si j’ai pu l’atteindre !

Cet opuscule peut renfermer quelques erreurs, de grandes imperfections. Mais je réclame toute l’indulgence de mes lecteurs, les priant de prendre en considération ma jeunesse, mon inexpérience, et la virginité de ma plume.

X. CAZENAVE




CHAPITRE Ier


DE L’HYDROTHÉRAPIE EN VÉTÉRINAIRE


Définition. — Comme l’indique son étymologie, le mot hydrothérapie signifie traitement des maladies par l’emploi de l’eau. Dans la pratique vétérinaire, il a bien moins d’étendue, car le plus, souvent il se borne à exprimer l’emploi de ce liquide comme agent curatif contre les maladies externes.

On a généralement divisé l’hydrothérapie en interne ou médicinale et en externe ou chirurgicale. La première consiste dans l’emploi de l’eau froide, soit en boissons, soit en lavements ; nous n’en dirons pas davantage sur cette médication, car elle n’entre pas dans le cadre que nous nous sommes tracé. Elle n’a d’ailleurs qu’une médiocre importance dans notre médecine.

La seconde qui doit seule nous occuper ici consiste dans l’application de l’eau froide à l’extérieur seulement. Elle a pris depuis quelques années une extension considérable.


CHAPITRE II


APERÇU HISTORIQUE


De tout temps l’eau froide a sans doute été employée comme moyen hygiénique et thérapeutique. Car se mettre en contact avec l’eau est naturel instinctif chez la plupart des grands animaux et chez l’homme en particulier. Il est probable que ce dernier s’en est toujours servi pour laver ses blessures et en calmer l’inflammation.

Les Hébreux, les Mèdes, les Scythes s’en servaient, mais nous n’avons aucun renseignement sur le mode d’emploi qu’ils mettaient en usage.

Les plus anciens écrits, les plus vieilles traditions préconisent l’usage de ce liquide et parlent des bons effets que l’on peut en obtenir. Cependant, il faut arriver jusqu’à Hippocrate pour trouver des documents dignes d’être pris en considération. Il connaissait les propriétés calmantes et résolutives de l’eau froide ; aussi la prescrivait-il dans une foule de cas, tels que : hémorrhagies, fractures, luxations, tumeurs articulaires, entorses, etc., etc.

Celse se servait de plumasseaux imbibés d’eau fraîche pour hâter la cicatrisation des plaies.

Ælius proclame l’utilité de l’eau froide dans les maladies externes. Un grand nombre de siècles s’écoulent sans qu’il soit question de l’hydrothérapie. Durant cette longue période d’obscurité et d’ignorance on abandonna l’emploi des médicaments les plus simples et les plus rationnels pour se jeter tête baissée dans le règne de la polypharmacie ; méthode le plus souvent aussi absurde que coûteuse. C’est vers le 15e siècle que l’eau reparut sur la scène chirurgicale et fut remise en honneur surtout par les charlatans d’Italie. À la vérité ce ne fut qu’un immense abus. Toutes les maladies étaient traitées par ce moyen. Encore l’efficacité de l’eau était-elle due à une influence surnaturelle, divine ou cabalistique ?

En 1560, Ambroise Paré chercha à réglementer l’emploi de ce liquide et s’éleva fortement contre ces paroles et ces usages mystiques qui annoncent toujours une civilisation peu avancée.

Martel, chirurgien de. Henri IV, malgré ses nombreux contradicteurs vanta les propriétés curatives de l’eau fraîche.

Pendant de longues années, l’eau tomba de nouveau dans l’oubli.

Au xviiie siècle Sancassini et Caldoni la regardent comme le meilleur médicament contre les plaies, les blessures récentes.

Lombard en 1786 fut le premier qui chercha à expliquer les effets physiologiques de l’eau froide. Il s’exprime ainsi : « L’eau froide ralentit l’action du phlogistique, resserre le calibre des vaisseaux et modère le jeu des fluides ; par ses effets secondaires elle fortifie les nerfs et rétablit le cours interrompu de l’esprit qui les parcourt. C’est ainsi sans doute quelle dissipe certaines douleurs, qu’elle prévient les spasmes et les engorgements. »

Il est évident que cette explication est en rapport avec les connaissances de l’époque,

C’est surtout pendant les longues guerres de l’Empire que les bons effets de l’eau froide se sont montrés dans tout leur éclat. C’est ce qui fit écrire au baron Percy : « Sydenham disait qu’il renoncerait à la médecine, si on lui ôtait l’opium ; pour moi, j’aurais abandonné la chirurgie des armées si l’on m’eût interdit l’usage de l’eau. » Ce célèbre chirurgien déclare avoir guéri la plupart de ses blessés à l’aide de ce liquide.

Jusqu’ici l’eau n’avait été employée qu’en chirurgie ; lorsque, en 1818, un jeune paysan de la Silésie autrichienne, Vincent Priessnitz, qui exerçait à Grœfenberg, à titre d’empirique, la médecine des animaux, s’aperçut des bons résultats qu’il obtenait de l’emploi de l’eau dans toutes les lésions qui survenaient aux membres et aux pieds des chevaux, en étendit l’emploi non-seulement en médecine vétérinaire, mais encore en médecine humaine. Il expérimenta d’abord sur lui-même, puis sur ses amis, et toujours satisfait de ses résultats, se transporta de village en village, donnant à la fois ses soins aux animaux et aux hommes. Sa réputation s’étendit rapidement, à tel point que les médecins et les vétérinaires auxquels il faisait une concurrence ruineuse, se plaignirent au gouvernement et le dénoncèrent comme exerçant illégalement la médecine. L’autorité intervint, mais Priessnitz continua. Le gouvernement alors, en 1830, l’autorisa non-seulement à soigner les malades par sa méthode, mais encore à élever un établissement. Il perfectionna son système, qui, bien que ne reposant que sur des données tout à fait empiriques, n’en devint pas moins plus tard la base de l’hydrothérapie scientifique.

Quant à l’hydrothérapie chirurgicale, un instant abandonnée elle fut reprise par Tanchou, qui, mieux qu’on ne l’avait fait jusqu’à lui expliqua la médication réfrigérante.

Après lui, l’eau froide resta longtemps bannie de la thérapeutique chirurgicale. Ce n’est qu’en 1835 qu’elle reparait de nouveau sous la tutelle de Josse fils. La même année, A. Bérard, fait connaître les bons résultats qu’il a obtenus de l’eau froide en irrigations. Plus tard, Herdt. Magnin, de Grammont, Kusten et Jobert démontrèrent l’efficacité de ce liquide contre les ulcères, les brûlures. Chassagnac et Rieux ont montré les bons effets des douches oculaires dans le traitement des ophtalmies purulentes. Bonnet s’est servi avantageusement de cette méthode, dans les hydarthroses, dans les ankyloses. Enfin, comme puissant propagateur de cette méthode, nous devons citer le docteur L. Fleury.

En vétérinaire, Solleysel est le premier qui ait parlé de l’eau médicament dans ses écrits. Néanmoins, nous sommes autorisés à croire que dès les premiers, essais de la domestication, l’homme a dû introduire l’eau fraîche dans les soins hygiéniques et thérapeutiques qu’il a été dans le cas de donner à ses nouveaux serviteurs. D’ailleurs, comme la médecine des animaux a toujours suivi de près ou de loin celle de l’homme, il est naturel d’admettre que les vétérinaires et les empiriques de toutes les époques ont eu recours à l’eau pour soulager les maux de leurs compagnons de travail. C’est donc à tort que beaucoup de gens ont regardé Priessnitz comme le fondateur de l’hydriatrie vétérinaire.

De longues années s’écoulent après Solleysel, sans que dans notre médecine on fasse mention de l’emploi de l’eau. Il faut arriver à MM. Gourdon et Durieussart qui appelèrent l’attention des praticiens sur ce sujet et prouvèrent, par des faits, tout le parti que l’on pouvait tirer de l’emploi de l’eau froide dans les lésions externes et notamment dans celles du pied.

M. Delafond, dans sa thérapeutique, et M. Tabourin, dans sa pharmacologie, se bornent, à ce sujet, à quelques observations trop succintes.

M. Ch. Bernard, ex-professeur à l’école de Saumur, un des plus fervents adeptes de l’hydrothérapie, MM. Kopp et Chambert vétérinaire à Montpellier, ont publié, à peu près à la même époque (1860), un certain nombre de faits prouvant toute l’efficacité de l’emploi de l’eau dans les plaies contuses et les contusions avec broiement du tissu.

Dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie vétérinaires, par MM. Bouley et Reynal on en trouve une observation très intéressante.

M. Bourrel publia en 1856 et 1857, dans le Journal des vétérinaires du Midi, deux articles relatifs à l’emploi de la glace. Voilà, à peu près, en vétérinaire, à quoi se bornent les écrits traitant cette importante question : l’hydrothérapie. Ces publications sont, sans doute, loin d’exprimer la pratique réelle des applications de l’eau froide ; car il est peu de vétérinaires qui chaque jour n’aient recours à ce moyen thérapeutique.


CHAPITRE III


DE L’EAU


SA COMPOSITION CHIMIQUE, SES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET PHYSIOLOGIQUES


Composition chimique.


L’eau pure ou distillée est formée de un volume d’oxygène et de deux volumes d’hydrogène. Mais rarement dans la nature on la trouve à cet état parfait de pureté. Elle tient toujours en suspension ou en dissolution une quantité plus ou moins considérable de corps étrangers. C’est ainsi que dans les eaux minérales on trouve en diverses proportions, du chlorure de sodium, de magnésium, de potassium, du sulfate de soude, etc. Les eaux douces renferment toujours de l’azote, de l’acide carbonique, quelquefois un peu d’iode, de l’ammoniaque ; elles renferment en outre des sels de chaux, de soude, de magnésie, d’azotate de potasse. Ce dernier sel est toujours subordonné à la constitution géologique de la contrée.


Propriétés physiques.


L’eau se montre dans la nature sous trois formes différentes : à l’état solide, liquide et gazeux. Aussi jouit-elle des propriétés les plus variées, selon qu’elle est sous l’une ou l’autre de ces formes ; ou bien que sous la forme liquide elle est froide, fraîche, chaude ou bouillante ; selon aussi son mode d’administration, la dose ingérée et la durée de l’application.

L’eau solide passe à l’état liquide et celle-ci à l’état de vapeur sous l’influence d’une certaine quantité de calorique qu’elle absorbe. Mais cette absorption de calorique se fait toujours aux dépens des corps avec lesquels l’eau a été mise en contact. C’est sur ce principe que repose presque exclusivement la médication réfrigérante qui nous occupe. Car, c’est en enlevant une partie de calorique sur les points enflammés que cette médication produit ses effets curatifs.


Propriétés physiologiques.


L’eau froide n’agit que par sa température qui est au-dessous de celle de l’économie ; son application sur la peau détermine une sensation de froid manifestée le.plus ordinairement par de légers frissons. C’est sans doute par sympathie que se produit ce dernier phénomène, car l’application locale du froid ne produit pas l’abaissement sensible de la température générale du corps. Citons à ce sujet une des expériences de M. Fleury.

« La température de l’air atmosphérique étant de 16° ; La température de mon corps, prise sous la langue, étant de 38° ;

La température de ma main étant de 35° 4. Je plonge celle-ci pendant trente minutes dans l’eau, dont la température est maintenant à 15°

Au bout de ce temps, la température générale de mon corps n’a point changé, mais celle de ma main est descendue de 35°4 à 16°5.

Laissant alors ma main exposée à l’air et dans le repos, voici les modifications successives que subit la température.

Au bout de 10’ 18° ;
id. 30’ 19° ;
id. 40’ 20° ;
id. 55’ 21° ;
id. 4h.40’ 22° ;
id. 2h.05’ 23° ;
id. 3h.00’ 35°4.

Ce n’est donc qu’au bout de trois heures que la température de ma main, abaissée de 19° par une immersion d’une demi-heure, revient à son degré primitif. »

Sous l’influence de l’eau froide, les capillaires sanguins se resserrent, le sang reflue vers les gros vaisseaux. Par suite la partie sur laquelle a lieu l’application perd de son volume, de sa couleur, de sa chaleur. Quelque longue que soit cette application ; elle n’est jamais assez considérable pour arrêter la circulation capillaire et flétrir les tissus. C’est donc à tort que Poisseuille a dit : « La circulation du sang dans les capillaires tend à diminuer et finit par s’arrêter dans les points soumis incessamment à une température de 0,1, 2....6° »

Cependant une application trop prolongée pourrait devenir ; mortelle en refoulant le sang vers les viscères et en y déterminant une congestion.

Par l’emploi de l’eau froide la sensibilité des papilles nerveuses sous-épidermiques, s’émousse considérablement. Ce qui est d’un très grand secours au chirurgien lorsqu’il doit pratique une opération très douloureuse.

Dès que l’application de l’eau cesse, il se produit une réaction d’autant plus forte que l’eau était plus froide et qu’elle a frappé les tissus avec plus de force. Le sang reflue avec violence vers les capillaires qui se gonflent ; la peau acquiert une teinte rouge et augmente considérablement de chaleur. La respiration est plus ample, le pouls plus précipité. Cette réaction est d’ailleurs soumise à une foule de circonstances ; elle est variable suivant l’âge et le tempérament du sujet, suivant les circonstances physiologiques dans lesquelles il se trouve ; il n’est pas jusqu’à la température

de l’atmosphère qui puisse influer sur son intensité.
Propriétés curatives.


Longtemps l’eau froide comme moyen thérapeutique fut employé sans discernement ; c’était un traitement tout à fait empirique. On se bornait à constater les résultats obtenus sans se rendre compte par quel concours de causes on les obtenait. Fort heureusement est venue une autre époque, et avec elle une théorie rationnelle basée sur les connaissances physiologiques. On a pu donner pleine satisfaction à l’esprit humain, toujours avide d’explication : Aujourd’hui on se rend un compte exact du topique qui nous occupe ; grâce à Tanchou qui en 1824 posa les principes théoriques des diverses indications que l’eau est appelée à remplir, et à Fleury qui plus tard les développa.

L’application locale de l’eau froide, comme agent curatif, offre des indications qui se rattachent à l’action réfrigérante de ce liquide et fournit les médications : hémostatique, sédative et antiphlogistique ; d’autres qui se rattachent à à son action excitante, tonique et résolutive. Enfin celles

qui se rattachent à son action hygiénique.
Médication hémostatique.

§ I. Cette médication a été de tout temps d’un emploi vulgaire. Dans la médecine de l’homme on s’en est toujours servi dans une foule de cas, notamment dans l’épistaxis, qu’elle a toujours fait cesser. Les chirurgiens des deux médecines s’en servent pour arrêter les hémorrhagies traumatiques qui se manifestent à la suite de leurs opérations. L’eau froide, en effet, ralentissant la circulation, resserrant le calibre des vaisseaux ; empêche l’écoulement du sang, déterge les plaies que ce liquide obstrué et qui souvent met ainsi obstacle à la marche régulière de la cicatrisation. Il est inutile de citer des faits à l’appui de cette indication, tellement elle est simple et répandue. Il n’est pas un praticien qui n’ait eu recours à l’emploi de l’eau pour modérer ou arrêter définitivement les hémorrhagies ; des cavités nasales, de la bouche, du rectum, du vagin, surtout dans le cas de castration des grandes femelles par le procédé vaginal.


Médication sédative.

§ II. Tous les médecins, même ses plus ardents contradicteurs, ont généralement admis l’action sédative de l’eau. L’expérience a prouvé en effet que très peu de douleurs locales résistent à cet agent employé avec intelligence. Que de boiteries qui ont résisté à l’emploi des médicaments les plus énergiques, ont été obligées de céder à la puissance de ce topique ! Aussi nous le disons bien haut, dans un grand nombre de cas où la sensibilité est exagérée, on doit préférer l’eau froide à ce cortège d’ingrédients pharmaceutiques plus coûteux et moins efficaces.

L’action sédative de l’eau froide est due au refoulement du sang de la périphérie vers le centre du torrent circulatoire et comme autre conséquence de la réfrigération et du mouvement centripète du liquide sanguin qui la suit, l’émoussement de papilles nerveuses sous-épidermiques, lorsqu’on agit sur la peau ; si le liquide est appliqué sur une lésion traumatique récente, celui des nerfs déchirés ou divisés.

C’est (par l’emploi de l’eau, que les douleurs intenses sont apaisées ; dans les cas : de brûlures, de plaies articulaires, de fourbure sur-aiguë, d’arthrite, de distensions articulaires, d’entorses, d’ankyloses incomplètes, etc. C’est elle qui fait disparaître l’inflammation, élément principal de ces maladies. Il n’est pas jusqu’aux affections cutanées quelquefois si douloureuses, qui ne soient amendées par son emploi.


Médication antiphlogistique.

§ III. La médication antiphlogistique de l’eau est un fait avéré ; et, voudrait-on le nier, que le bon sens populaire justifierait assez son emploi. Partout où il y a phlogose, on est sur de trouver l’eau froide comme remède. En effet, dans le cas de fortes inflammations, telles que fourbure, phlegmons, ophthalmies aiguës, érysipèle on se sert de ce précieux topique. L’attention du praticien doit se concentrer sur ce point fondamental : maintenir la partie malade à une basse température, et cela en l’imbibant constamment avec de l’eau froide. Il doit redouter la réaction qui toujours suit l’application de cette eau. Il devra donc pour arriver à ce résultat modérer l’emploi de l’eau pour contenir la phlogose et éviter la propagation de l’inflammation. Il faut aussi, autant que possible, éviter de tomber dans un excès contraire, c’est-à-dire employer l’eau avec trop de persévérances Car, comme le dit si judicieusement Tanchou : Le froid est l’image de la mort ; et, l’on comprend facilement qu’une partie malade soumise trop longtemps aux réfrigérants finirait par perdre tout principe vital. Encore une fois, c’est au praticien qu’est dévolu le rôle de limiter l’emploi de l’eau.

Toutes les lésions réclament plus ou moins l’usage de ce liquide à titre de médicament antiphlogistique. Mais celles qui le réclament le plus impérieusement, ce sont les blessures grives des articulations entraînant à leur suite l’inflammation des synoviales articulaires ; les ophtalmies soit traumatiques, soit purulentes ; les plaies bourgeonneuses et vivement enflammées, desquelles elle diminue la suppuration, rend le pus de bonne nature et constitue en même temps le tissu de cicatrice. C’est en calmant la trop grande inflammation de ces plaies que l’on évite souvent la gangrène, le tétanos et bon nombre d’autres complications non moins fâcheuses.

L’eau agit ici en enlevant le calorique morbide, en maintenant l’inflammation dans un degré d’intensité assez modéré pour réparer les lésions matérielles ; ou bien en la faisant même disparaître complètement. C’est plutôt un agent préventif de l’inflammation qu’un agent devant s’opposer directement à son développement, à son extension.


médication tonique
.

§ IV. — Nous savons que l’eau a pour effet de refouler le sang de la périphérie vers le centre, d’émousser la sensibilité. Mais bientôt à ces phénomènes en succède un tout à fait opposé. Le sang reflue avec force dans les capillaires et avec lui réapparaît la chaleur, une facile digestion, une hématose régulière, l’assimilation, l’innervation, la vie. Les fibres organiques ont acquis dans ce dernier mouvement une contractilité, une fermeté qu’elles n’avaient pas avant. C’est l’effet tonique.

Pour obtenir avantageusement ce résultat, l’emploi de l’eau doit être de courte durée et suivi d’une réaction brusque, prompte, instantanée, énergique. Il ne suffit pas qu’elle ramène la température animale à l’état physiologique, elle doit l’élever. L’application de l’eau doit être suivie de légères frictions pour sécher la partie et favoriser la circulation. J’ai toujours vu, en pareil cas, obtenir de bons résultats par l’emploi de l’eau courante ; elle relève le ton des muscles locomoteurs, de leurs tendons, de tous les organes enfin susceptibles de s’altérer par suite des violents efforts ou des grandes fatigues. À défaut d’eau courante, on peut employer les irrigations intermittentes ou de légères douches.

Cette médication, incomparablement plus puissante que le quinquina, les amers, les toniques en un mot, est le remède héroïque et spécifique des anémies, des débilités. Elle convient très bien aux chevaux qui suent au moindre exercice, à ceux qui sont dits vidards, etc. Elle donne, en médecine humaine, d’excellents résultats dans cette maladie assez commune chez les jeunes filles, la chlorose.


Médication résolutive.

§ V. — Cette médication est complètement opposée à la médication antiphlogistique. Tandis que celle-ci est destinée à calmer, à arrêter l’inflammation ; celle-là est destinée dans certaines maladies chroniques à la raviver, à la rajeunir. La seconde a pour base l’action directe de l’eau, tandis que la première a pour base la réaction plus ou moins considérable que produit son emploi. Cette réaction est proportionnelle à la basse température de l’eau employée, la force avec laquelle elle a frappé la partie malade et la durée de son application. D’autres circonstances peuvent aussi influer sur l’énergie de la réaction, comme la force du sujet la nature de la région médicamentée, la température de l’air ambiant, etc. Par l’emploi de l’eau comme agent résolutif, le sang chassé de la périphérie, y revient avec violence, la région rougit, s’échauffe progressivement et bientôt se couvre d’une transpiration abondante, dés lors la résorption interstitielle s’opère, il se produit une véritable action fondante si utile dans une foule de maladies des membres ; tels que : engorgements et phlegmons chroniques, tumeurs molles, squirrheuses, épanchements séreux sous-cutanés, exostoses récentes, indurations en général, Quelquefois cette méthode est insuffisante ; alors on a recours à deux moyens complémentaires fort simples. On peut faire alterner les applications d’eau froide avec des applications d’eau chaude, et de cette façon provoquer plus sûrement une réaction énergique. On pourrait aussi dans quelques circonstances, obtenir cette réaction en faisant au préalable sur les tissus enflammés chroniquement ou indolents une ou plusieurs applications vésicantes destinées à réveiller la vitalité dans les parties malades.


CHAPITRE IV


ADMINISTRATION LOCALE DE L’EAU FROIDE

L’eau-médicament est administrée à l’extérieur sous les formes les plus variées : en douches, en bains, en lotions, en fomentations, en irrigations, en injections.

Douches. Par ce mot on entend un courant d’eau qui lancé avec une certaine force vient frapper telle ou telle partie du corps. Selon la direction du jet, les douches sont descendantes, latérales ou ascendantes. Les douches descendantes consistent à laisser tomber l’eau d’une certaine hauteur sur la partie malade, mais il est plus ordinaire d’appliquer les douches latérales. La douche est simple ou divisée ; dans le premier cas elle est dite en colonne. Elle est plus ou moins volumineuse. Dans le second elle prend différents noms selon sa forme et son plus ou moins grand degré de division ; en arrosoir, en poussière, en nappe.

Les douches sont surtout toniques et résolutives, leur effet dépend de la température du liquide de la vitesse du courant dont la force de projection doit être subordonnée à la nature de la maladie à combattre.

On se sert généralement de trois ustensiles pour administrer les douches. 1° La grosse seringue du cheval qui est le premier et le plus simple des moyens mis en usage ; malheureusement il a l’inconvénient d’exiger beaucoup de fatigues.

Le second est un réservoir placé à une certaine hauteur et muni d’un tube en caoutchouc qui par sa souplesse peut diriger le jet dans toutes les directions. La chute du liquide est évidemment plus ou moins considérable selon que le récipient est plus ou moins élevé.

Enfin le troisième consiste en une pompe. que Ch. Fernard a préconisée avec juste raison.

Bains. On désigne ainsi l’immersion complète d’un corps quelconque dans un fluide. On les divise en bains naturels et bains artificiels, lesquels se subdivisent à leur tour en bains naturels simples et en bains naturels composés. Sous le rapport de leur but, les bains sont hygiéniques ou thérapeutiques, et enfin sous le rapport de leur forme ils sont partiels ou généraux.

L’usage de faire baigner les chevaux après leur travail existe depuis un temps immémorial. Mais il est bien plus usité pour enlever le fumier ou la boue qui souille les membres que pour répondre à des vues raisonnées d’une saine hygiène. Cependant il est facile de saisir les sensations de bien-être que produisent les bains chez la plupart de nos animaux. En effet ; qui n’a vu des chevaux, pendant l’été surtout, conduits à l’abreuvoir ; se coucher, se rouler malgré les efforts du conducteur pour s’y opposer ?

Les bains généraux ne sont pas usités en médecine vétérinaire, si ce n’est dans certaines excitations du système nerveux, telles que l’orgasme vénérien dans les deux sexes. La période des chaleurs chez les juments détermine souvent de la tristesse, de l’inappétence jointes à une certaine irascibilité de caractère, qui cèdent presque toujours à l’usage des bains froids généraux plus ou moins répétés. Il serait donc facile de calmer la plupart des juments qui viennent inabordables par suite de leurs fureurs utérines en les soumettant à ce moyen.

On emploie souvent les demi-bains, lesquels ne comprennent que les membres. Dans certains cas de lassitude musculaire, à la suite de fatigues excessives, rien n’est plus propre à faire disparaître promptement cet état que ]’usage des demi-bains un peu prolongés. Sous leur empire les articulations reprennent leur souplesse, les tissus se raffermissent et la fatigue disparaît promptement.

Mais c’est surtout sous forme de pédiluves que les bains sont usités chez le cheval et les autres grands quadrupèdes. La plupart des maladies des pieds sont facilement guéries par ce moyen. la fourbure quelque grave qu’elle soit, guérit promptement si on a soin de tenir les pieds du malade pendant un temps convenable dans une eau courante ; ayant au préalable pratiqué une saignée suffisante. Les foulures de la sole, les molettes commençantes, les bleimes sèches, les accidents de ferrure, en un mot tout ce qui peut amener dans les parties intracornées un commencement de congestion ou d’hypérémie quelconque, peut céder à l’emploi de l’eau comme pédiluve.

Les bains naturels composés ou bains de mer ont été très peu employés en vétérinaire. Cependant dans les localités avoisinant la mer on pourrait en retirer de grands avantages. Car leur action tonique si bien connue justifierait assez leur préférence sur les bains d’eau douce. Les bains thermaux ont été plus employés que les précédents et ont toujours donné d’excellents résultats. Depuis longtemps les étalons des dépôts de Tarbes et de Pau sont dirigés vers les établissements thermaux, lorsqu’ils rentrent fatigués et amaigris par le service de la monte. Les eaux minérales tant en bains qu’en boissons ont été employées avec succès dans la maladie du coït, dans un bon nombre de maladies chroniques, telles que bronchites, paraplégie des chiens, arthrite, gastro-entérite, etc. MM. Papin et Mariol-Didieux les ont recommandées pour le traitement de la morve et du farcin. Il reste encore à faire des études à ce sujet.

Beaucoup de vétérinaires se privent du grand avantage des bains sous le futile prétexte qu’ils n’ont pas à leur portée des bassins, des ruisseaux ou rivières et que les engins classiques en pareil cas sont toujours dispendieux à obtenir et difficiles à mettre en jeu. Mais n’ont-ils pas tous cet ouvrage de tonnellerie connu sous le nom de baille dans laquelle on peut baigner avantageusement les membres malades ? Il suffit de bien s’assurer que le fond porte immédiatement sur le sol afin qu’il ne puisse se défoncer. La première impression étant toujours désagréable au malade, il cherche à s’y soustraire et se défend. Il est donc nécessaire de le maintenir dans l’eau pendant quelque temps ; après quoi, il n’oppose plus aucune résistance.

Irrigations. — On désigne ainsi l’arrivée d’un courant d’eau sur une partie du corps qu’il baigne sans frapper.

Elles sont continues ou intermittentes. Elles sont dites continues lorsque l’emploi de l’eau continue sans interruption ; au contraire intermittentes, lorsqu’on en suspend l’usage de temps en temps.

Ces irrigations se font par un grand nombre de moyens. La grosse seringue à cheval est souvent employée ; il serait préférable d’avoir un tonneau qu’on installe à une certaine hauteur sur des pieux enfoncés dans la terre ou sur un échafaudage approprié. On adapterait à ce tonneau un conduit en caoutchouc vulcanisé.

Imbibitions et fomentations. — On entend par ces mots l’application de corps poreux que l’on tient dans une humidité constante. Les objets qu’on emploie de préférence sont : des compresses, des éponges, des bandages matelassés avec des étoupes. Ces derniers sont sans contredit les plus utiles et les plus employés, car ils sont moins dispendieux et d’une application plus facile que les autres. Sans doute, comme l’a démontré Percy, l’éponge est de tous ces corps employés celui qui conserve l’eau le plus longtemps et nécessite par conséquent le moins de peine. Mais comme dans l’application de l’eau froide on n’a pas seulement pour but d’entretenir les parties humides ; mais bien de les tenir dans un état de réfrigération donné ; il s’ensuit. que la rapidité de l’évaporation, au lieu d’être un inconvénient est souvent avantageux.

Les fomentations sont de véritables bains locaux qu’on prolonge à volonté. Elles sont d’une très grande utilité dans : les irritations locales, les plaies, les hémorrhagies. les ulcères à bords calleux, les prurits, etc.

Lotions. — Ce genre d’administration est très fréquemment employé dans les affections légères soit pour nettoyer les plaies, soit pour en calmer la trop vive inflammation. Il consiste à prendre l’eau à l’aide d’une éponge ou de tout autre corps tomenteux et d’en frapper doucement la partie.

Injections. — On donne ce nom à un jet liquide que l’on introduit dans une cavité soit naturelle, soit accidentelle. On l’emploie principalement dans le rectum, dans les cas de diarrhées, de dyssenterie, de constipation, dans le vagin, dans le cas de vaginité, dans le fourreau, dans la bouche, dans les bronches. On s’en sert également dans les

trajets fistuleux, clapiers. kystes. etc.
CHAPITRE V


RÈGLES CONCERNANT L’APPLICATION LOCALE DE L’EAU

FROIDE

Si souvent les médecins et les vétérinaires ont éprouvé des échecs dans l’application de l’eau froide et se sont rebutés de son emploi, c’est qu’ils ne tenaient pas assez compte du lien intime qui unit la température de l’eau à la durée de son application.

En effet, les règles concernant, cette application sont relatives à la température plus ou moins basse de l’eau, à la forme de l’application à sa plus ou moins grande durée. Enfin à quelques soins divers plus ou moins accessoires. Température de l’eau. Il est indispensable de tenir compte de la température de l’eau, qui est relative à la température des organes malades et à celle de l’atmosphère. Il serait irrationnel et dangereux dans un cas d’inflammation aiguë bien développée d’appliquer l’eau à une très basse température. On doit d’abord débuter par de l’eau tiède et arriver par gradation sans secousse brusque au degré de réfrigération désirable. Il serait aussi d’une bonne pratique de terminer l’opération par de l’eau un peu moins froide afin d’éviter une réaction trop forte. Rien n’est plus propre à produire de graves accidents que l’application de l’eau trop froide employée avec une certaine persistance. En effet, n’a-t-on pas vu en médecine humaine l’application de l’eau au-dessous de 4° à 5° produire la gangrène, la congélation ou la mortification des parties ? Et en médecine vétérinaire ; la chute du sabot occasionnée par des pédiluves trop froids et trop prolongés ?

État moléculaire de l’eau. Nous pouvons poser en principe que la réaction sera d’autant plus prompte et plus énergique que l’eau sera plus divisée. Ainsi, la douche en pluie est plus excitante que la douche en lame, et cela non-seulement parce qu’elle frappe la peau plus directement, mais encore parce que les orifices qui donnent passage à l’eau sont plus nombreux et d’un moindre diamètre. La forme de l’application est d’ailleurs variable, selon l’affection à traiter. Ainsi, les douches conviennent très bien dans les engorgements chroniques, les indurations où il faut obtenir une réaction considérable ; tandis qu’elles seraient nuisibles dans une inflammation aiguë, douloureuse, où il faut éviter tout ébranlement de la partie. On a recours alors aux compresses, aux lotions, aux affusions.

Durée de l’application. — Nous avons vu la corrélation intime qui existe entre la durée de l’application et la température de l’eau. C’est donc à l’opérateur d’en tenir compte et d’en surveiller la durée après s’être au préalable rendu compte de la température du liquide. Car une application trop courte ne produirait aucun résultat, tandis qu’une application trop prolongée occasionnerait de graves inconvénients. Malgaigne s’exprime ainsi sur les irrigations trop prolongées : Ces irrigations empêchent quelquefois l’inflammation de se développer et retardent indéfiniment la cicatrisation ; 2° on parvient à force d’irrigations à étouffer toute puissance de réaction dans les parties et à y produire une sorte de scorbut local ; 3° la continuité des courants n’est pas indispensable ; les irrigations intermittentes sont quelquefois préférables ; l’essentiel est que la chaleur et l’afflux du sang soient suffisamment combattus. »

En effet, l’emploi de l’eau comme le prétendent la plupart des auteurs qui se sont occupés de ce sujet, ne doit pas être fatalement continu dans tous les cas. Certainement, dans les cas de plaies graves provoquant une inflammation intense, et désorganisatrice, l’usage de l’eau doit être continué jusqu’à ce que cette inflammation soit suffisamment calmée. Mais, dans un grand nombre de cas, il s’agit de régler le traitement selon les progrès plus ou moins rapides de l’inflammation, et selon les soins que peut réclamer la cicatrisation, il s’agit de réprimer la phlogose, ou bien de laisser la réaction se produire. De là la nécessité de l’intermittence. il suffit qu’une douche soit trop longue de quelques secondes pour que la réaction soit incomplète, insuffisants, tardive. On doit donc repousser cette opinion trop généralement admise que les douches ne sauraient être trop prolongées. Généralement elles ne doivent durer plus de une à deux minutes. Cette durée d’ailleurs doit être proportionnelle à la puissance de réaction du sujet. Or, cette puissance varie selon telle ou telle circonstance physiologique ou pathologique dont il faut tenir compte, selon le tempérament du sujet, selon son état. Nous savons, en effet, que la réaction est faible chez les sujets doués d’un tempérament lymphatique, débiles, anémiques, cachectiques.

Comme on le voit, les applications de l’eau froide suspendues et reprises sont naturellement subordonnées à l’état des organes malades et soumises à l’appréciation judicieuse du praticien. Quoi qu’il en soit l’eau administrée sous forme de douches doit toujours être interrompue et saccadée. Car nous savons que dans ce mode d’emploi l’effet est d’autant plus marqué que ce liquide est plus froid et le choc plus violent.

Exercice musculaire. — Dans la plupart des inflammations peu aiguës, des engorgements surtout ceux des membres, la marche immédiatement après l’application de l’eau froide produit d’excellents effets. Mais il n’est pas nécessaire qu’elle se prolonge jusqu’à ce que le corps soit en sueur ; elle doit durer seulement le temps nécessaire pour que toute sensation de froid ait disparu et soit remplacée par une sensation de chaleur générale, de bien-être, de force. Il faut que cet exercice musculaire excite la circulation capillaire de manière à favoriser l’hématose, le travail de composition et de décomposition organiques ; il faut qu’il excite l’appétit, facilité la digestion et augmente les forces ; mais il ne faut pas qu’il devienne une cause de. fatigue, d’épuisement. On obtient par cet exercice d’excellents résultats, surtout dans les hydarthroses chroniques.

Force de projection. — La plus ou moins grande force avec laquelle l’eau frappe la partie malade est l’élément le plus important de la réaction. Cette force ne doit être ni trop faible, ni trop considérable. Trop faible, la réaction manque ou du moins est incomplète ; trop forte, elle peut causer de graves accidents, devenir contusive, amener des complications, exaspérer la maladie au lieu de la guérir. D’ailleurs cette force de projection est dépendante d’une foule de circonstances qui se rattachent soit au sujet soit à la maladie. Le tact et l’expérience du praticien peuvent seuls permettre d’en régler l’emploi.


CHAPITRE VI


INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS DE L’EAU FROIDE

Tout animal robuste doué d’un tempérament sanguin peut être soumis impunément aux applications locales d’eau froide. La plupart de ses maladies, de ses lésions externes peuvent être traitées à l’aide de ce moyen, qui, depuis quelques années fait à juste titre de grands progrès surtout dans les infirmeries vétérinaires des régiments de cavalerie. On pourra donc toujours espérer de bons résultats de l’emploi de l’eau dans le traitement des solutions de continuité, des hémorrhagies, des tumeurs et engorgements, des maladies des articulations, des affections des pieds, des déplacements et des renversements, soit de l’utérus, soit du vagin, soit du rectum. Des ophthalmies aiguës, des érysipèles de causes externes, qu’il résulte d’une blessure accidentelle ou d’une opération chirurgicale ; des œdèmes chauds, des brûlures à tous les degrés, des eczémas et prurits cutanés de toute nature ; boutons et suintements morbides de la peau et aux ouvertures naturelles, si ces altérations ne paraissent pas liées à quelques maladies internes ; des maladies des muscles, atrophie et atonie ; des maladies vénériennes des deux sexes, etc.

Ce n’est qu’avec circonspection qu’on doit employer ce traitement chez les sujets débiles, âgés ; chez les sujets atteints d’eaux-aux-jambes, de névralgies traumatiques ; ou bien d’une maladie ayant son siège dans le système lymphatique telles que la morve et le farcin. Il n’est pas, jusqu’à la constitution médicale de l’atmosphère qui doive être prise en considération ; car il est des moments où elle favorise d’une manière toute spéciale le développement des maladies de l’appareil respiratoire. Il faut alors s’abstenir de se servir de l’application de l’eau même locale pour en prévenir les fâcheux effets. Sa température exerce aussi une grande influence sur l’efficacité de l’eau. En effet, étant donné la température de l’eau, si elle reste invariable et que la chaleur de l’atmosphère augmente, il est évident que la réfrigération, sera d’autant plus intense, que la chaleur de la température ambiante aura augmenté. De cette élévation de température, il résulte, 1° que l’évaporation de l’eau étant plus rapide l’absorption du calorique de la peau est plus active ; 2° que la sensation de froid et l’astriction qui en résulte sont plus vivement ressenties par les parties périphériques du corps, que celles-ci sont le siège d’une chaleur et d’un relâchement plus ou moins exagérés ; double effet des applications froides, très favorables au but qu’on se propose d’atteindre.

D’après cela, il est facile de comprendre qu’en hiver, par suite de la basse température. L’action de l’eau est alors évidemment bien atténuée, si du moins elle n’est pas nuisible.

Cependant quelque excessif que soit le froid on peut toujours se servir de l’eau, pourvu qu’on ait à sa disposition de bonnes couvertures ou des écuries bien chaudes. Quoi qu’il en soit les bains généraux sont toujours contre-indiqués en pareille occasion.


CHAPITRE VII


MÉDICATION HYGIÉNIQUE DE L’EAU FROIDE

L’emploi hygiénique de l’eau froide a de tout temps été pratiqué en vétérinaire ; mais Solleysel est le premier qui en ait parlé dans ses écrits et l’ait donné comme moyen préservatif contre les altérations des membres. M. Gourdon dans son deuxième volume de chirurgie s’exprime ainsi à ce sujet : « Dans les tumeurs chroniques par distension de la membrane synoviale les réfrigérants, sous forme de lotions ou de bains froids, sont toujours favorables. Lorsque la tumeur est récente, s’il est possible de donner ces bains avec persévérance on peut obtenir un succès complet. Nous citerons l’exemple des chevaux de halage qui la plupart du temps dans l’eau, n’ont jamais de ces tumeurs, et guérissent constamment de celles qu’ils pouvaient avoir avant de faire ce service. »

Aujourd’hui il n’est pas d’hommes qui ayant des rapports avec les chevaux postillons, palefreniers et autres, ne connaissent ce moyen simple de les soulager de leurs fatigues : et ne les conduisent en toute saison à la rivière où ils les font pénétrer dans l’eau jusques au jarret, et l’été les font même nager pendant quelques minutes. Cette mesure ne peut qu’être très utile pourvu qu’elle soit employée avec intelligence. On ne doit, en effet, donner ces bains qu’à un animal à jeun ; car dans le cas contraire l’immersion générale du corps déterminant un déplacement de calorique aux dépens des voies digestives peut occasionner des indigestions mortelles.

Il est de toute notoriété qu’après avoir éprouvé de longues fatigues, le cheval soumis à un demi-bain, éprouve au sortir de l’eau un bien-être particulier, il semble à l’instant délassé et avoir retrouvé dans cette bienfaisante application, sa vigueur, sa légèreté habituelle. Ne voit-on pas le même effet se produire chez l’homme ? L’ouvrier, qui habite près des rivières, ne vient-il pas l’été, lui aussi, après une longue journée de travail se délasser par un bain et se préparer au repas du soir ?

Les bains généraux pris dans la belle saison, alors que la température est élevée sont d’une grande efficacité pour débarrasser la peau de la poussière, de la boue, de la crasse qui la souille. Par ce seul fait ils rétablissent les fonctions cutanées un instant enrayées, excitent la transpiration. Ils fortifient les tissus, et l’action produite à l’extérieur agit sympathiquement sur les viscères ; l’appétit augmente la digestion s’opère mieux et. la nutrition se fait bien. Toutes les fonctions organiques s’exécutent avec facilité ; la circulation capillaire est plus active.

Les bains généraux ne doivent jamais durer plus de dix à quinze minutes. Après qu’on y a soumis les animaux on doit les frictionner ou faire tomber l’eau à l’aide d’un couteau de chaleur. Le plus souvent on se borne à les faire promener à l’abri des courants d’air. Plus le temps et froid et plus le bain a été long plus la promenade doit être rapide afin que la réaction s’opère promptement.

Les bains sont surtout utiles chez le cheval pour faire disparaître des engorgements dûs à des piqûres, à des coups, à des entorses, à des écarts, ou à des efforts ; chez le cheval échauffé par une nourriture trop sèche et trop abondante, atteint de maladie cutanée. Dans ce cas, lorsqu’on se trouve à proximité des eaux minérales sulfureuses, on peut s’en servir avantageusement comme bains hygiéniques.

De quelque utilité que soient les bains généraux, ils sont loin, comme nous l’avons déjà dit, d’avoir chez les chevaux l’importance des demi-bains. C’est par ces derniers que les engorgements des membres, les vessigons, les molettes survenant à la suite d’un travail pénible ; les irritations des tendons, des ligaments, les distensions synoviales sont facilement prévenues. On ne doit pas craindre de