De l’Imitation de Jésus-Christ (Brignon)/Livre 4/17

Traduction par Jean Brignon.
Bruyset (p. 350-353).


CHAPITRE XVII.
De la ferveur avec laquelle il faut recevoir Jesus-Christ dans l’Eucharistie.
Le Disciple.

SEigneur, je desire de vous recevoir avec la même pieté, la même ferveur, & le même amour que vous ont reçu plusieurs de vos Saints, qui ne souhaitoient rien tant que de se rendre agréables à vos yeux par la sainteté de leur vie, & par leur ardente devotion.

O mon Dieu, ô mon amour, tout mon bien, & toute ma beatitude, je brûle d’envie de manger à vôtre Table : tout mon desir est de pouvoir m’en approcher avec le plus grand respect, & avec la plus grande faim, qu’ayent jamais eu, ou ayent pû avoir vos plus zelez serviteurs.

Mais étant fort éloigné de ces sentimens de devotion & d’amour, j’ose neanmoins vous offrir les affections de mon cœur, & vous prier qu’elles tiennent lieu de toutes celles de vos Saints que vous avez si bien reçues, & que je voudrois avoir pour les joindre aux miennes.

Je vous offre aussi toutes les saintes ardeurs, qu’une ame qui soûpire sans cesse aprés vous peut ressentir dans ce divin Sacrement.

Je ne me veux rien réserver ; ce que j’ai, ce que je suis, mes biens, ma personne, je veux tout employer & tout consumer à vôtre service.

O mon Dieu, ô mon Créateur & mon Redempteur, plût à votre Majesté qu’en vous recevant aujourd’hui, je pusse vous témoigner autant de respect, de gratitude, de foi, de confiance, d’affection, de zéle pour votre gloire, que Marie vôtre sainte Mere vous en marqua, lorsque l’Ange lui étant venu annoncer le Mystére de l’Incarnation, elle lui fit cette réponse si humble & il respectueuse : Voici la servante du Seigneur : qu’il me soit fait selon votre parole[1].

Je voudrois être en état de me presenter devant vous, le cœur plein de bon desirs, & brûlant de votre amour, dans les mêmes dispositions où étoit vôtre Précurseur, l’incomparable Jean-Baptiste, lorsque rempli du Saint-Esprit dès le ventre de sa Mere, il tressaillit de joye en vôtre présence, & lorsque depuis vous voyant converser avec les hommes, il dit avec un profond sentiment d’humilité : L’ami de l’Epoux est ravi, lorsqu’il est avec l’Epoux, parce qu’il entend sa voix[2].

Je vous offre encore les transports de joye & d’amour, les ravissemens, les extases, les illustrations, les visions celestes, & les autres dons surnaturels & divins, que vous avez communiquez aux plus grands Saints : je vous les offre avec toutes les louanges, que vous ont donné, & vous donneront à jamais toutes les créatures dans le Ciel & sur la terre.

Acceptez l’offre que je vous en fais, & appliquez-en le fruit tant à moi, qu’à ceux qui se sont recommandez à mes prieres, afin que nous conspirions tous à vous glorifier éternellement.

Recevez, Seigneur, les desirs ardens que j’ai de voir tous les hommes occupez à vous benir, & à vous loüer selon la grandeur de vos perfections infinies.

Je vous loüe, & je voudrois vous pouvoir rendre chaque jour, & à chaque moment tout l’honneur qui vous est dû, j’invite même de tout mon cœur les Esprits celestes, & tous les Fidéles de vous benir avec moi.

Que tous les peuples, toutes les Tribus, toutes les langues fassent aujourd’hui éclater leur joye, & célebrent à l’envi la gloire de vôtre saint Nom.

Que ceux qui s’approchent avec respect de vôtre divin Sacrement, & qui le reçoivent avec une vive foi, trouvent grace auprès de vous ! qu’ils intercedent pour moi, & obtiennent de vôtre misericorde le pardon de mes offenses !

Qu’ils daignent enfin se resouvenir d’un misérable pecheur comme moi, quand ils sortiront de la sainte Table, intimément unis avec vous, plein de devotion, comblez de joye, & entierement rassasiez !

  1. Luc. 1. 38.
  2. Joan. 3. 24.