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CRITIQUE D’ART




La peinture de Léger, très éloignée des psychodrames, est nettement tectonique.


Cette délicieuse petite phrase donne le la, et Dieu merci ! les revues d’art, la critique d’art se portent bien.

Depuis que Baudelaire a écrit sur Delacroix, pas un mot, pas une syllabe, au sujet de la chose peinte qui n’ait caractère vaticinal.

Ainsi, M. Carl Einstein, dont est la jolie affirmation citée plus haut, louera le peintre Léger (Documents, n° 4, 2e année, 1930) d’être un extraverti.

Mais si le rat des champs dîne chez le rat de ville, quels pourront bien être les rapports de l’extraverti à l’inverti ?

Croyez-vous qu’un chauffeur de taxi, un soir de belle colère, osera traiter d’extraculé le bien portant, l’honnête M. Léger dont les tuyaux de poêle s’enfilent si simplement les uns les autres qu’ils méritent, à la vérité, de symboliser le peu de vertu qui reste dans notre belle et douce France ?

La critique d’art se fait par l’absurde.

Picasso résiste à toutes les âneries d’un numéro qui lui est spécialement consacré.

Léger, ses clefs en fromage mou pétrifié, ses femmes de zinc, se courbent, verdissent sous les poids des couronnes ésotériques, synthétiques, standardisées, psychiques, hyliques dont les accable M. Einstein.

La revue Documents demande une rime à psychogramme, une rime à tectonique.

Vite, vite, répondez.

Mais pourquoi ce silence ?

Et comment se fait-il que tout ne finisse plus par des chansons ?


René CREVEL