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Correspondance 1812-1876, 5/1867/DCLVI



DCLVI

À GUSTAVE FLAUBERT, À CROISSET


Nohant, 28 octobre 1867.


Je viens de résumer en quelques pages mon impression de paysagiste sur ce que j’ai vu de la Normandie ; cela a peu d’importance, mais j’ai pu y encadrer entre guillemets trois lignes de Salammbô qui me paraissent peindre le pays mieux que toutes mes phrases, et qui m’avaient toujours frappée comme un coup de pinceau magistral. En feuilletant pour retrouver ces lignes, j’ai naturellement relu presque tout, et je reste convaincue que c’est un des plus beaux livres qui aient été faits depuis qu’on fait des livres.

Je me porte bien et je travaille vite et beaucoup, pour vivre de mes rentes cet hiver dans le Midi. Mais quels seront les délices de Cannes et où sera le cœur pour s’y plonger ? J’ai l’esprit dans le pot au noir en songeant qu’à cette heure on se bat pour le pape. Ah ! Isidore !

J’ai vainement tenté d’aller revoir ma Normandie ce mois-ci, c’est-à-dire mon gros cher ami de cœur. Mes enfants m’ont menacée de mort si je les quittais si vite. À présent, il nous arrive du monde. Il n’y a que toi qui ne parles pas d’arriver. Ce serait si bon pourtant !

Je t’embrasse.

G. SAND.