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Correspondance 1812-1876, 5/1864/DLXXVIII



DLXXVIII

À M. FRANCIS MELVIL, À PARIS


Paris, 23 décembre 1864.


Monsieur,

J’ai reçu ces jours-ci votre lettre du 7 novembre, après une absence de six semaines et plus. Tout ce que je peux faire pour vous, c’est d’engager la personne chargée dans la maison Lévy de l’examen des manuscrits, à prendre connaissance du vôtre le plus tôt possible. Quant à influencer le jugement d’un éditeur sur les conditions de succès d’un ouvrage, c’est la chose impossible. Ils vous répondent avec raison, que, ayant à faire les frais de la publication, ils sont seuls juges du débit. Ce sont là des raisons prosaïques, mais si positives, que, après avoir essayé plusieurs centaines de fois de rendre des services analogues à celui que vous réclamez de moi, j’ai reconnu la parfaite inutilité de mes instances. Il n’y aurait donc pour vous aucun avantage à ce que je prisse connaissance de votre manuscrit ; et comment d’ailleurs pourrais-je le faire ? J’ai des armoires pleines de manuscrits qui m’ont été soumis, et ma vie ne suffirait pas à les lire et à les juger. Les éditeurs sont encore plus encombrés ; mais ils ont des fonctionnaires compétents qui ne font pas autre chose et qui, tôt ou tard, distinguent les ouvrages de mérite. Soyez donc tranquille : si les vôtres sont bons, ils verront le jour. La personne qui fait cet examen chez MM. Lévy est impartiale et capable. L’intérêt des éditeurs répond de votre cause si elle est bonne.

Agréez, monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

GEORGE SAND.