Controverse d’un évêque/Préface



Préface de l’édition du texte arabe de la Controverse d'un évêque
1880


L’auteur de cette controverse, grand théologien, docte et profond connaisseur de l’évangile et de la foi chrétienne, après avoir occupé un siège épiscopal, s’est converti au judaïsme. Mais auparavant il adressa à un de ses amis, qui était évêque comme lui, la lettre que nous publions. Nous ne connaissons ni le nom de l’auteur ni la date à laquelle il écrivit cette controverse. Cependant elle contient un passage qui nous fait penser qu’il vivait au sixième siècle. Voici ce passage (pag. 17) : « Quant à votre assertion que l’on possède (en réalité) ces ossements dont vous parlez et que vous appelez « ossements des martyrs », vous dites, par ma vie, la vérité. Oui, ce sont des ossements de ces martyrs qui ont porté un témoignage faux et mensonger devant Dioclétien, le jour le chef des évêques fit un faux serment et porta faux témoignage devant l’empereur, lui et 136 évêques et 75 moines, presbytres et Schamases (diacres ?). Lorsque Dioclétien eut la preuve qu’ils s’étaient parjuré et porté faux témoignage, il ordonna de décapiter le chef des évêques, moines, presbytres et Schamases. Depuis cet événement, il s’est passé 230 ans, et tu ne me démentiras pas. Quant à la croix, c’est la femme perverse dite mère de Constantin le jeune, qui la fit faire après 200 ans. »

Or on sait que Dioclétien est devenu empereur en l’an 284. Nous supposons que le petit ouvrage que nous publions ici, et qui est écrit en langue arabe avec des caractères hébraïques, ne fut point écrit par l’auteur même en arabe. Au temps où nous plaçons cette controverse, on n’écrivait pas encore l’arabe et surtout de cette manière. Le texte original était probablement grec ou plutôt syriaque, puisqu’on trouve encore dans cet écrit quelques passages dans cette langue. Mais ce texte fut traduit plus tard en arabe, et cela peut-être au temps de Mahomet, avec l’intention de convaincre, par cette controverse, les chrétiens de l’Asie que leur foi ne valait pas autant que celle de Mahomet.

Le manuscrit de cette lettre se trouve dans la Bibliothèque Nationale de Paris au No. 755 du catalogue, d’où je l’ai copié avec une exactitude consciencieuse, et j’éprouve ici le besoin de témoigner ma vive gratitude à toues les personnes qui ont bien voulu m’aider de leur connaissance approfondie de la langue arabe pour éditer ce petit ouvrage, qui est très important pour la théologie critique, parce que les versets de l’évangile qu’on y trouve présentent des leçons différentes du texte reçu. Parmi les personnes qui mesont venues en aide, je nomme M. le professeur Kaufmann, de Buda-Pest et M. le rabbin Schmiedl, de Vienne.

LÉON SCHLOSBERG.