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Contes des féesCharavy frères, éditeur (p. 49-52).


COMMENT TROIS BONNES FEES FIRENT TROIS BEAUX DONS A TROIS PETITES PRINCESSES



Trois filles d’un Roi sarrazin,
Le même jour, furent priées
Et le même jour mariées
Aux trois fils d’un Prince voisin.
Elles eurent mêmes grossesses :
Au bout de neuf mois mêmement,

Il leur naquit, pareillement,
Trois petites princesses.
Le Roi maure, dit le Conteur,
Fit proclamer leur délivrance
En Inde, en Perse et jusqu’en France,
Et dépêcha son enchanteur
Auprès de trois gentilles Fées
Qui, dans trois chars tendus d’orfrois,
Se présentèrent toutes trois,
D’aurore et de lune attiffées.
Après qu’il fut fait maint salut
Et que luth et lyre eurent cesse,
Chaque Fée à chaque Princesse
Fit le plus beau don qu’il lui plut.

A sa Princesse, la Première
Donna pour don qu’elle serait
Faite comme elle, trait pour trait,
Et plus Belle que la lumière.

— « Bien que soit richesse en honneur

« Chez les mortels, dit la Seconde,
« Mon don n’est perle de Golconde
« Mais belle perle de Bonheur. »

Vint la Troisième. — « Il est encore,
Dit-elle, un don plus précieux ! »
En couvrant l’enfant jusqu’aux yeux
D’un suaire tissé d’aurore.
En faisant ce don, elle était
Si bonne, si douce et si tendre,
Qu’on ne se lassa pas d’attendre
Le grand bien qu’elle promettait.
Grand bien n’est pas ce qu’on présente
Souvent pour tel ; car là, tout beau !
On mit la petite au tombeau,
Qui mourut à l’aube naissante.




MORALITÉ


Mieux que Bonheur et Beaux Appas
Vaut la Mort, pour ce qu’est la Vie :
Ne la plaignez : Qui ne l’envie
Ne vécut et ne m’entend pas.