Considérations sur la contagion et la génèse de la maladie du coït


ÉCOLE NATIONALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE


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CONSIDÉRATIONS


SUR LA CONTAGION ET LA GÉNÈSE


DE LA


MALADIE DU COÏT


Étiologie, Traitement, Police Sanitaire de cette affection.


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THÈSE POUR LE DIPLOME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


Présentée le 15 juillet 1875


PAR


VALENTIN POURTALÉ


D’Osse (Basse-Pyrénées)


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TOULOUSE


IMPRIMERIE DES ORPHELINS JULES PAILHÈS


30, Rue des Filatiers


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1875


ÉCOLES NATIONALES VÉTÉRINAIRES


inspecteur général

M. H. BOULEY, O. ❄, membre de l’Institut de France, de
l’Académie de Médecine, etc.
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ÉCOLE DE TOULOUSE

directeur

M. LAVOCAT ❄, membre de l’Académie des sciences de
Toulouse, etc.

professeurs :

MM. LAVOCAT ❄, Tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄, Pathologie spéciale.
Police sanitaire et Jurisprudence.
Clinique et Consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
Extérieur des animaux domestiques.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générales.
Pathologie chirurgicale et Obstétrique.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des Exercices pratiques.
ARLOING, Anatomie générale et Histologie.
Anatomie descriptive.
Physiologie.

chefs de service :
 
MM. MAURI, Clinique, Pathologie spéciale, Police sanitaire et Jurisprudence.
BIDAUD, Physique, Chimie et Pharmacie.
LAULANIÉ, Anatomie générale et descriptive, Histologie, Physiologie.
LAUGERON, Clinique chirurgicale et chirurgie, Pathologie générale, Histologie pathologique, Extérieur et Zootechnie.
JURY D’EXAMEN
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MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
MAURI, Chefs de Service.
BIDAUD,
LAULAUNIÉ,
LAUGERON,


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PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.
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THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.

À MES PARENTS


―――――


À MES PROFESSEURS


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À MES AMIS.


CONSIDÉRATIONS SUR LA CONTAGION ET LA

GENÈSE DE LA MALADIE DU COÏT.


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La dénomination de contagion, entourée pour le public d’une certaine obscurité, me fait un devoir, avant d’aborder le sujet que je me suis imposé de traiter, d’en donner une définition aussi claire et aussi succincte que possible. Chemin faisant, j’émettrai quelques opinions sur la génèse des maladies contagieuses et notamment de celle qui fait l’objet de mon petit opuscule. Enfin je terminerai par l’étude de l’étiologie, du traitement et de la police sanitaire de la maladie du coït.

Le mot contagion, d’après son étymologie vient de contingo, toucher, et signifie transmission, communication d’une maladie par contact ou par l’influence des miasmes. Mais en donnant plus d’extension à la signification de ce mot, on peut dire que l’on a considéré le principe contagieux comme ayant une propriété spéciale attachée à la nature de certaines maladies, de certaines substances dont voici le principal effet : c’est de pouvoir reproduire chez un animal sain une maladie semblable à celle qui affectait l’animal qui la lui a communiquée. D’après la signification que nous attachons au mot contagion, nous appellerons maladie contagieuse, toute affection susceptible de se reproduire chez un sujet sain, soit qu’elle passe directement du corps malade dans celui qui ne l’est pas, soit qu’elle puisse être immédiatement transmise par le moyen de l’air, par les objets qui ont servi aux malades, par les vêtements des personnes qui les ont approchés, par les animaux d’espèces différentes, etc.

Toute maladie contagieuse à une génèse qui de tout temps a été étudiée par les pathologistes avec activité, et en vain. Cependant l’hygiène et la police sanitaire trouveraient un grand intérêt à la solution de cette question, mais le voile épais qui l’enveloppe a tenu en échec jusqu’aujourd’hui les investigations les mieux combinées. Depuis des siècles, la science cherche la nature intime des virus, mais loin d’arriver à des données positives, elle est réduite encore à formuler les hypothèses les plus contradictoires qui sont le point de départ et de malentendus sans nombre, et d’interminables controverses.

L’observation rigoureuse des faits, et l’expérimentation peuvent seules donner une solution satisfaisante à ces questions doctrinales ; il faut laisser de côté toutes ces théories qui ne sont qu’imaginaires et qu’on donne comme principes indiscutables pour peu qu’elles paraissent rationnelles. La génèse des maladies contagieuses n’a pas échappé ni aux contre-coups, ni aux vicissitudes des idées hasardées qui ont eu cours sur la nature des virus.

Nous pouvons, à ce point de vue, réunir en deux classes les hypothèses plus ou moins plausibles qui, sur ce point délicat, se partagent les opinions des savants. L’une partagée de nos jours par M. Ch. Robin et émise déjà par Henle, est connue sous le nom de parasitisme organique ; pour eux les virus ne seraient pas une entité, mais bien une propriété spéciale de la matière organique susceptible de transmettre à toute autre substance organisée saine, un état analogue. Mais M. Chauveau, s’appuyant sur des expériences remarquables, a pu combattre cette opinion et éloigner par conséquent l’idée du parasitisme. L’autre théorie repose sur la nature animée des virus ; elle comprend le parasite animal et le parasite végétal.

Les virus seraient alors des microzoaires ou des microphytes ; leurs germes, portés sur un organisme, pulluleraient et deviendraient les agents propagateurs du virus, les agents de la contagion. Les travaux de Davaisne, de Cone, de Feltz, de Béchamp, de Hallin ont contribué à accorder une large part aux infiniments petits dans l’étiologie des maladies ; mais dans l’état actuel de la science, la nature animée des virus n’est nullement démontrée. Il est généralement admis aujourd’hui que toute affection sceptique ou sceptiçoïde est déterminée par la multiplication des proto-organismes dans l’économie ; pour les maladies virulentes il y a à distinguer les maladies contagieuses de nature parasitaire et les vraies maladies virulentes. L’examen microscopique nous a démontré que des cellules et des granulations, tenues en suspension dans les liquides organiques, sont les seuls éléments qui entrent dans la constitution anatomique des virus. Dans des circonstances particulières des proto-organismes se sont montrés associés à ces derniers éléments, ce qui n’a pas permis d’hésitation à l’affirmative pour Cone et Feltz que ces microzoaires seuls jouissaient de la propriété virulente. Mais M. Chauveau a parfaitement démontré que ce proto-organisme n’existe qu’accidentellement ; il ne l’a vu manifeste qu’à la suite de la putréfaction des liquides organiques qu’on étudie, et résulterait de boutons varioleux plus ou moins récents. Les bactéridies qui, d’après M. Davaine seraient un caractère essentiel du charbon, se trouveraient dans le même cas. En effet, aujourd’hui il est positivement établi que les bactéridies n’appartiennent pas exclusivement au charbon.

M. Signol et bon nombre de praticiens les ont trouvées dans le sang de chevaux morts de la typhose ; on les a trouvées encore dans le sang de sujets scepticémiques et dans les liquides d’organes frappés de gangrène ou en voie de décomposition. En outre, on ne les trouve pas constamment dans le sang d’individus victimes du charbon ; car M. Sanson, dans les montagnes de l’Auvergne a pu s’assurer que le sang puisé sur un animal charbonneux peut communiquer le charbon bien qu’il ne renferme pas de bactéridies. MM. Bécharnp et Estor pour concilier la théorie de la nature animée des virus avec les beaux résultats que nous a fournis l’observation microscopique, considèrent les microzoaires comme des granulations élémentaires qu’ils désignent sous le nom de microzymas lesquels seraient passés à l’état adulte. M. Béchamp, après avoir placé un morceau de foie ou un foie tout entier sous l’eau, a vu les granulations des cellules hépathiques se transformer en bactéridies ; mais comme l’a fait observer M. Chauveau, le foie n’a pu être introduit sans air, d’autant mieux qu’étant un organe très-vasculaire et les vaisseaux renfermant de l’air en quantité, il a pu admettre facilement que le germe des bactéridies y avait été conduit par ces dernières voies aériféres. Donc, tant qu’une expérience rationnelle ou un fait pratique ne seront venus sanctionner les faits avancés par ces savants, on peut les considérer comme de pures hypothèses.

La théorie de M. Halliés n’est pas appuyée sur des bases plus certaines. En appliquant la génération alternante à la reproduction de certains végétaux cryptogamiques, il a prétendu que les agents virulents, c’est-à-dire les agents granuliformes des humeurs virulentes ne sont autre chose que l’état embryonnaire de mucidinées diverses qui arriveraient à l’état de végétal complet en dehors de l’organisme. On peut considérer comme vraie hypothèse cette manière de voir tant qu’elle ne sera pas démontrée par quelque fait pratique ou expérimental.

Comme on peut le voir, cette théorie animée des virus bien qu’elle tende à prévaloir aujourd’hui, ne repose que sur un échafaudage sans bases.

Cette ressemblance apparente qui existe sous certains rapports entre les virus et les parasites a mis au jour les doctrines très-ingénieuses qui précèdent, mais qui manquent de preuves convaincantes.

Il y a bien des lacunes dans la science, aussi cherche-t-on à les combler par des doctrines plus ou moins imaginaires qui ont l’inconvénient grave de frapper les esprits jeunes, de leur enlever leur indépendance et leur faire interpréter les faits suivant des idées préconçues. Il en coûte des années pour se résoudre à quitter cette voie erronée, mais des faits pratiques viennent souvent nous éclairer et nous rappeler à la réalité.

Cela étant dit, et pour venir à l’appui de toutes ces assertions, voyons quelles sont les idées, qui ont cours sur la génèse des maladies contagieuses. Les partisans du parasitisme sont contagionistes ; ils nient absolument qu’en dehors de la contagion, des causes pathogéniques puissent engendrer un état morbide identique « sans spécificité de cause a dit M. Bouillaud, il ne peut y avoir spécificité d’effet. »

On assimile la génèse des maladies contagieuses à la génération des espèces vivantes ; mais la science refusant à celles-ci la propriété de naître spontanément, on en tire une déduction bien logique que les maladies contagieuses ne peuvent pas être spontanées et qu’elles procèdent exclusivement de la contagion.

Bon nombre de praticiens pensent autrement, peu guidés par les questions doctrinales, et éclairés par de nombreux faits pratiques ils croient à la spontanéité des maladies contagieuses.

La maladie du coït, qui fait, l’objet de cet opuscule, se transmet par la contagion, c’est-à-dire par le coït des animaux malades avec des animaux sains ; des expériences faites à l’école vétérinaire de Toulouse par Prince et M. Lafosse en sont une preuve irréfutable. Mais cette affection vient-elle exclusivement de la contagion ? Au risque d’être taxé de témérité ; je dirai non ; car j’ai la certitude qu’elle peut venir spontanément je vais tacher de le démontrer par ce qui suit.

« Le village de Lescun et le hameau de Illers sont situés dans la charmante vallée d’Aspe, (Basses-Pyrénées), et tout-à-fait dans la partie montagneuse à très-peu de kilomètres de la frontière. L’élève du cheval s’y fait en grand et sans entraîner de grandes dépenses ; aussi plus de deux cents juments poulinières peuplent cette petite localité, et lorsque vient le moment de se débarrasser des produits, les propriétaires les amènent aux foires de Bedous, d’Oloron, et ils y trouvent un grand bénéfice.

Comme le pays, bien que riche, est très-acidenté, et que les animaux de travail ont beaucoup de peine, ils se servent presque exclusivement du mulet qui a plus de force, de vigueur, d’agilité ; tous les autres bestiaux sont amenés sur les montagnes voisines qui sont couvertes de bons et abondants pâturages, et ils restent là sans gardiens tout le temps depuis la fonte des neiges jusqu’à ce que celle-ci vient couvrir de nouveau leur pâture et les en chasser.

Il est facile, comme on peut en juger aux habitants de cette localité de nourrir et élever beaucoup de bétail, aussi le courant commercial se fait-il de la montagne vers la plaine.

La saillie est faite par des étalons privés ; sur deux cents juments poulinières approximativement que j’ai déjà citées, une partie bien minime est saillie par les étalons du gouvernement qui stationnent chaque année au chef-lieu du canton.

En 1874, et à l’époque de la monte, la maladie du coït se déclara tout-a-coup et entraîna, par ses funestes effets, des pertes considérables pour les éleveurs. Presque la moitié des juments poulinières succombèrent à cette affection, les unes quelques jours après la saillie, les autres plus tard et ainsi successivement, de telle sorte qu’à la fin septembre de la même année plus de quatre-vingt juments avaient été victimes de cette cruelle affection. De quel point avait-elle pris son essor pour s’abattre au milieu de ces montagnes et s’y répandre avec tant d’acharnement ? Est-il possible de remonter à sa génèse et de la déterminer ? J’essaierai de l’expliquer en quelques mots, car les quelques lignes qui précèdent me faciliteront cette tâche que je me suis imposée.

On peut tout de suite se poser cette question : A-t-elle été transmise par les chevaux du gouvernement et s’est elle répandue par la voie de la contagion ? Je répondrai par la négative, car s’il en eût été ainsi, les poulinières de la plaine, Accous, Bedous, Osse, etc, auraient été affectées tout aussi bien que celles de la partie montagneuse ; mais pas un seul cas de maladie ne s’est manifesté dans cette partie là, les ravages se sont bornés à celle-ci. Il découle de ceci que l’affection a pris naissance sur les étalons privés qui effectuaient le service de la monte à cet endroit ; mais il nous reste à savoir où ils ont pu la contracter, n’ayant jusqu’alors manifesté aucun symptôme de cette affection, et ne l’ayant pas contractée avec des animaux infectés puisqu’ils ne font que le service de la localité, et qu’aucune bête n’y a été importée ? Il faut invoquer la spontanéité ; et en effet, toute maladie contagieuse se transmet, se répand par la contagion, mais elle a un point de départ, une origine, et bien que celle-ci et les causes soient peu connues, par une influence, un état pathogénique quelconque, il est très-vraisemblable qu’alors elle apparaît spontanément. L’attribuer à des circonstances atmosphériques, à des écarts aux règles de l’hygiène, aux logements insalubres, à une alimentation de mauvaise nature, à l’exposition aux intempéries, à des rapports sexuels opérés hâtivement après la mise-bas, serait un tort, ou du moins manifester des idées hasardées La seule donnée positive que l’on puisse émettre sur cet obscur sujet, c’est que l’apparition première de ces maladies est une conséquence de la copulation.

Il faut donc, de toute nécessité, admettre que la cause vraiment déterminante de ces maladies consiste dans une altération des humeurs fournies par les organes de la génération. En quoi consiste cette altération ? c’est ce que nul encore ne peut dire ; elle n’est en ce moment démontrée ni par le microscope, ni par les autres procédés de la physique et de la chimie ; mais l’induction la dégage forcément des faits observés ; et c’est, peut-être, à ce genre de preuves que nous serons tenus à nous borner pour longtemps, sinon pour toujours.

L’humeur morbide ne préexiste pas au coït, elle se forme pendant l’accomplissement de cet acte aux dépens des sécrétions du mâle ou de la femelle, sous l’influence de l’agent ou force, de l’influx nerveux ou vital qui s’accumule aux organes génitaux en conjonction.

L’origine de la maladie parait donc résider dans une altération des humeurs sécrétées par les organes génitaux altération que provoque le rapprochement des sexes. Se rapportant à ce qu’en disent quelques-uns de nos éminents praticiens, elle peut même se développer bien que les animaux, n’aient pas pratiqué le coït ; je me bornerai à citer les trois cas suivants que l’on a observés. Hasthausen aurait reconnu la maladie sur une jument qui n’avait pas été saillie, et qui cependant a eu tous les caractères de la maladie du coït, et ensuite les symptômes de la morve et du farcin. D’après Strauss, quatre juments vierges auraient présenté également en 1841 les signes de cette épizootie. Rekleben, appelé en 1801 à étudier la maladie en Lithuanie, dit que plusieurs chevaux hongres en avaient été atteints.

De ce qui précède, il découle qu’il y a des mesures hygiéniques et de police sanitaire importantes à prendre, nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

V. P.



DE LA MALADIE DU COÏT.


Définition. — La maladie du coït est une affection particulière aux solipèdes ; elle se caractérise par une tuméfaction, un écoulement jaunâtre et des vésicules ou pustules miliaires, suivies d’ulcérations superficielles sur les parties génitales du mâle ou de la femelle. Elle est contagieuse du mâle à la femelle et vice-versa. Bénigne ou maligne, dans ce dernier cas, elle s’accompagne de claudications, de paralysies, d’atrophies musculaires et d’engorgements lymphatiques : complications qui entraînent généralement la mort dans un marasme hideux.

Étiologie — Observée en Europe en 1796 pour la première fois, cette affection a été constatée assez fréquemment depuis, en Allemagne, en Russie, en Italie ou en France.

En raison même de l’état scientifique de la question, je me bornerai à donner les diverses opinions qui ont cours sur l’origine de la maladie du coït, et à formuler comme conclusion, tant sur la cause de la maladie que sur les moyens qu’il convient d’opposer à sa propagation des propositions plus ou moins bonnes.

La cause occasionnelle principale est sans nul doute l’accouplement ; mais l’affection se déclarant d’une manière spontanée, d’après Hertwig, il reste à savoir sous quelle influence elle se produit. On a dit que les saillies trop fréquentes la déterminent ; mais cette cause, qui ne peut-être adoptée qu’à l’égard des étalons, n’est réellement pas sérieuse, car on comprend alors que la maladie serait plus étendue sous le rapport géographique, surtout dans les contrées où des particuliers n’entretiennent qu’un ou deux étalons pour la saillie d’une grande partie des juments de la localité. Au reste, ne serait-elle pas aussi plus commune dans la Camargue et dans une certaine partie des départements des Landes et la partie montagneuse des Basses-Pyrénées, où les animaux vivent presque à l’état sauvage, dans cette dernière localité, les juments après la saillie sont amenées sur les montagnes, et là, elles vivent pêle-mêle avec des poulains d’un an, deux ans et même trois ans ; ces derniers font la saillie de nouveau si les juments sont en chaleur, autrement, ils les poursuivent, s’acharnent après elles, et accablées par la fatigue, elles restent sans se défendre. Le même fait se produit dans la Camargue qui, néanmoins, n’a jamais été visitée par cette maladie, et le département des Landes ne l’a été que dans ces dernières années ; encore l’affection y fut-elle répandue par les étalons importés des Basses-Pyrénées.

L’excès dans la répétition de l’acte du coït ne peut donc être invoqué. Ce qui nous le prouve encore, c’est que dans les stations prussiennes, les ordres sont que les étalons, dans la force de l’âge, peuvent opérer deux saillies, et ceux de quatre ans, une seule dans l’espace de vingt-quatre heures ; encore doit-on leur accorder un jour de repos par semaine. De sorte que le nombre de juments saillies pendant la période de quatre mois à quatre mois et demi, ne dépasse pas 45 à 50. Les reproducteurs ne sont donc pas épuisés, et cependant l’affection est fréquente dans cette contrée, et c’est même là qu’elle a été observée pour la première fois par le vétérinaire prussien Ammon.

La commission de Tarbe, composée mi-partie de médecins et de médecins-vétérinaires, rattache l’évolution de la maladie du coït à des circonstances atmosphériques, à la constitution du sol, à des écarts aux règles de l’hygiène tels que logements insalubres, au pacage dans les prairies mouillées surtout lors des intempéries, à une alimentation peu abondante et peu substantielle, car dit-elle, les bêtes n’ont que ce qu’elles peuvent ramasser dans les landes. Outre ces causes, elle ajoute une grande importance aux rapports sexuels opérés hâtivement après la mise-bas, et surtout dans les circonstances où le rapprochement a lieu. Les juments sont conduites presque toujours le matin aux haras, souvent à jeun et par les plus grandes intempéries. Menées grand train par les domestiques, dès qu’elles sont arrivées au dépôt des étalons, elles restent deux ou trois heures immobiles, sans abri, et souvent ces juments, ainsi exposées à ces conditions qui ne répondent pas du tout à une bonne hygiène, ont mis bas huit jours auparavant. Nous savons déjà que l’invocation d’une pareille étiologie ne peut être qu’une pure hypothèse ; et en effet, ces causes appartenant à toutes les maladies, peuvent-elles faire développer une affection spécifique comme la maladie du coït ? Je ne le pense pas. Elles existaient depuis longtemps dans le département des Hautes-Pyrénées, et la maladie ne s’est montrée qu’en 1851. Elle a été observée en Prusse, en Autriche, en Suisse, en Russie, en Arabie et en France où la constitution du sol et la température sont essentiellement différentes.

Mais on n’est guère plus avancé quand on admet avec Rodloff qu’il faut prendre en grande considération les conditions atmosphériques troublant les fonctions de la peau, lesquelles engendrent des affections catarrhales. Il demeure avéré, dit-il, que les juments atteintes d’affection catarrhales, de gourme, d’eaux-aux-jambes sont attaquées de préférence. Ainsi une disposition héréditaire, un état catarrhal, et plus encore des exanthèmes cutanés permanents ou habituels, indice d’une diathèse lymphatique se combinant avec l’acte du Coït, déterminent par l’éveil de la sensibilité générale, par l’excitation locale, par le frottement des organes sexuels, l’évolution primitive de la maladie chez les étalons et les juments.

Hertwig partage une opinion qui est en vogue chez les arabes. Ceux-ci admettent que le baudet communique la maladie à la jument, et voici comment ils l’expliquent : « Le crime de bestialité étant commun sur l’ânesse dans leur pays (Afrique), ne serait-ce pas une maladie vénérienne communiquée à ce dernier animal, lequel la communiquerait au baudet et celui-ci à la jument lorsqu’on veut lui faire produire des mulets ? » Et ce qui confirmerait cette hypothèse a dit M. Magne : « c’est qu’il est « de notoriété publique en Algérie que certains arabes « croient pouvoir se guérir de la maladie vénérienne en « forniquant avec une ânesse. » En faveur de cette dernière opinion, M. Patté ajoute que les Arabes ne sont pas les seuls qui aient eu recours, pour se délivrer de la syphilis, à cette thérapeutique grossière et brutale. On trouve dans des historiens antérieurs à la grande épidémie de vérole du xve siècle, et dans des auteurs postérieurs des relations d’autres énormités. En effet, pour se délivrer de la vérole, on pensait qu’il était efficace de pratiquer le coït avec une jeune vierge ou avec un coquebin (jeune garçon vierge). Est-ce dans la connaissance et l’emploi de cette pratique barbare que les Arabes auraient cru trouver le moyen curatif de la vérole ? Il est difficile et peu intéressant de le déterminer. Toujours est-il que cette singulière opinion paraît avoir été en faveur autre part qu’en Algérie.

Le docteur Niebuhr raconte, avec des détails qu’il est difficile de reproduire, des exemples de bestialité dont l’ânesse, succube, faisait le sujet. Il résultait de ces faits que le lumbago, la sciatique, la goutte, le rhumatisme et ce que l’on appelait autrefois le flux de semence ne devaient pas résister à cette fornication. J’ai lu que dans les environs de Toulouse des soldats, étant atteints de syphilis, et convaincus de guérir par la bestialité, eurent recours à une ânesse.

Cette assertion émise par le général Daumas a été reproduite dans le Recueil par M. Baron, vétérinaire à Auch. Il dit que dans la plaine de Tarbe, au moment, où la maladie du coït a fait son apparition, on croyait qu’elle était due à la transmission de la syphilis de l’homme.

Il ne faut pas être surpris de ces écarts de l’humanité, écarts qui se sont reproduits de tout temps et qu’on a enregistrés dans l’histoire. La Grèce et la superbe Rome ont laissé des exemples de ces faiblesses humaines ; tout le monde a présentes à la mémoire leurs honteuses débauches avec les maîtresses cornues, comme les a nommées un écrivain, et dont le marquis de la Feuillade trouva un spécimen chez le gouverneur de Candie, assiégé par les Turcs.

Dans cette source, on ne peut voir que les honteuses faiblesses de l’espèce humaine et non quelque chose qui éclaire la question pathologique, c’est donc sur un raisonnement plus solide que l’on doit chercher à s’appuyer pour émettre les causes de la maladie.

La syphilis ne peut avoir donné naissance à cette affection des solipèdes ; car il n’y a aucune identité dans les symptômes, dans la marche, le traitement ni les lésions de ces deux maladies. Au reste, ce qui le prouve, ce sont les expériences de M. Lafosse, notre savant professeur. Il inocula à des solipèdes des deux sexes du virus syphilitique puisé à la surface des chancres de la verge ; l’inoculation fut pratiquée à la lancette sur la muqueuse du vagin et de l’urèthre, sur la peau de la vulve, de la verge, sur la pituitaire, la muqueuse buccale, la conjonctive, etc., et les résultats furent simplement ceux des piqûres sous épidermiques. Aucun autre phénomène ne fut constaté pendant les six mois d’observations auxquelles furent soumis les sujets.

L’inoculation fut faite aussi sur des juments à la période de rut, les résultats restèrent toujours nuls ; ce qui démontre que le penchant qu’aurait pu avoir M. Reynal pour la réussite de l’inoculation dans cette période de rut, ne peut pas être fondé.

Pourra-t’on objecter que les expériences n’ont pas été répétées un assez grand nombre de fois ? Non, parce que la syphilis se propage très-facilement dans l’espèce humaine par toute voie ; car on connaît malheureusement des exemples où le simple attouchement d’objets imprégnés du virus syphilitique sur les parties de peau dénudées d’épiderme, suffit pour donner prise ou naissance à des accidents syphilitiques. Si au reste, il y avait identité des deux affections, n’aurait-on pas vu quelques cas de contagion des animaux à l’homme après les nombreuses autopsies qu’on a pratiquées sans précautions, et surtout chez les paysans et palefreniers qui pansaient les malades sans réserve aucune ? Enfin, si l’identité existait, elles seraient aussi facilement transmissibles par toute voie, et assurément on aurait signalé la maladie chez des chevaux hongres qui auraient mangé au même râtelier, en un mot qui auraient eu un rapport quelconque avec des sujets malades.

D’autres expériences de notre excellent professeur M. Lafosse nous donnent une autre preuve de la non-identité : c’est que la matière de l’écoulement vaginal et des petits ulcères des bêtes atteintes de la maladie du coït a été inoculée sur des chevaux, à la muqueuse du tube uréthral et sur des juments à la muqueuse du vagin, les résultats ont été encore négatifs : On voit la grande différence, qui existe dans la transmission de ces deux maladies, affectant l’une l’espèce humaine, l’autre, les solipèdes ; d’où résulte que la syphilis n’est pas la source de la maladie du coït.

Il est aisé de voir par ce qui précède que l’étiologie de cette affection est encore dans la plus complète obscurité je m’en tiendrai à ce point, pour m’occuper de la thérapeutique et insister sur les substances qui jusqu’à ce jour, ont paru produire un meilleur résultat.

Traitement — Il est facile de prévoir, après les opinions que les auteurs se sont faites sur la nature de la maladie à quels moyens ils ont eu recours pour combattre les désordres qu’elle occasionne.

Dominés par l’idée de la nature syphilitique le mercure fut d’abord mis en vogue ; mais bientôt la pratique apprit que les composés mercuriaux étaient nuisibles. En effet, ces préparations diminuent la plasticité du sang et exercent sur lui une action dissolvante. Il fallait précisément combattre ces effets ; puisque dans la maladie du coït, le sang est séreux, ses éléments plastiques diminuent et que la nutrition souffre.

Plus tard on eut recours au tartre stibié ; c’est un excellent antiphlogistique à dose réduite et par un emploi prolongé dans ce cas, il fluidifie le sang. À dose plus forte, il diminue considérablement la plasticité et les forces, et détermine des effets funestes. On a administré les sulfures d’antimoine combinés avec les amers et les aromatiques, mais cette médication n’a pas été suivie du moindre succès.

Les médicaments qui paraissent avoir donné des résultats satisfaisants sont les suivants : les excitants diffusibles tels que le camphre, l’essence de térébenthine ; le fer à l’état de muriate de fer ammoniacal ; mais ce composé a cet inconvénient que s’il est longtemps mis en usage, les frais du traitement deviennent trop élevés. Cette considération fait donner la préférence aux boules de mars qui, par la crème de tartre qu’elles contiennent en excès, produisent une action favorable, quoique secondaire, sur les glandes annexes du tube digestif, principalement sur le foie. À la dose de un à deux gros, donnés trois à quatre fois par jour, ses effets sont satisfaisants et l’emploi de ce médicament peut être longtemps continué. Les mucilagineux (la racine d’althéa) ont été employés comme intermédiaires pour l’administration du camphre, et dans le but de combattre la phlogose. L’Iode, agent héroïque, a été essayé à l’intérieur et à l’extérieur ; l’administration interne n’a pas produit des effets spéciaux ; son action est parfaite à l’extérieur sur les téguments cutanés et les engorgements glandulaires. Le phosphore a été tenté pour combattre la paralysie des lèvres ; il a été employé à l’état de liniment, dissous dans l’huile d’olives.

Après que l’affection s’était manifestée, et que les phénomènes nerveux n’existaient pas encore, Rodloff administrait un breuvage ainsi composé :

Pr. Fleur de sureau 30 gram.
Racine d’angélica concassée 15

Faites infuser dans :

Pr. Eau 750 gram.
Sel ammoniac. 4
Poudre de racine d’althéa ou farine. 4

On l’administre en une seule dose, et on peut répéter cette médication deux, et à la rigueur trois fois par jour.

Si on aperçoit de l’abattement ou si la constitution n’est pas solide, on ajoute à chaque breuvage 10 à 20 grains de camphre délavé dans du mucilage d’Althéa ou dans un jaune d’œuf. L’excitation de l’orgasme vénérien existant pour ainsi dire toujours chez la jument réclame particulièrement le camphre.

À un degré plus avancé, le mal exige un traitement énergique et persévérant. La paresse du ventre, la consistance des matières sont combattues, lorsque la constitution, a conservé sa force, par un laxatif composé de 25 à 32 gram. d’aloès de première qualité, de 40 à 50 gram. de sulfate de soude dont on fait deux bols au moyen de 16 gram. de savon, et que l’on administre en une fois, ou à deux heures d’intervalle après avoir préparé l’animal par des barbotages de son. L’action de ce médicament passée et les crottins ayant repris, leur forme, le moment de la médication irritante est arrivé. On prépare des bols d’après la formule suivante :

Pr. Camphre 15 gram
Sel ammoniac aa 60
Boules de mars
Racine d’angélia aa 30
de gentiane
de gingembre
Mucilage de racine d’althéa q. s.

On l’administre en un, deux, trois jours selon les indications ; on donne un bol toutes les trois à quatre heures Dès que les bols sont consommés on les discontinue pendant un ou deux jours ; si la maladie fait des progrès de même que si un long usage y habitue les malades, on augmente la dose, comme on la diminue et l’on met un plus long intervalle entre leur administration si le sujet parait-être mieux. Avec la formule ci-dessus on fait huit bols, et si on les administre en un seul jour, on les répète pendant deux à trois jours consécutifs, puis vient un intervalle de vingt-quatre heures pendant lequel on laisse l’animal sans lui faire prendre ces médicaments. Cette méthode a été plusieurs fois couronnée de succès.

Rodloff, pour exciter l’influx nerveux périphérique, avait recours à deux frictions par jour, avec les moyens suivants :

Pr. Pr. Camphre. 15 gram.
Alcool fort. 100
Essence de genévrier. 4 à 8

On peut substituer à l’alcool, la teinture d’arnica qui est préférable.

La thérapeutique locale consiste, pour la jument, à tenir les organes sexuels dans la plus grande propreté. Il s’agit de faire, au début, des lotions émollientes sur les parties tuméfiées, et même des injections dans vagin ; si la maladie est plus avancée, on a toujours le soin de maintenir la propreté des parties salies par l’écoulement vaginal en outre, on fait de fréquentes lotions avec des infusions aromatiques additionnées d’astringents végétaux ou minéraux. Ces liquides sont encore employés en injections dans le vagin. Si les œdèmes persistent, on pratique quelques scarifications ; s’il survient des indurations, on doit les combattre par l’application de fondants tels que la pommade mercurielle, l’onguent de Lebas, l’iodure de potassium.

Pour l’étalon, ce traitement local doit-être effectué de la même manière : on enlève au préalable la sécrétion sébacée du prépuce, par des lavages tièdes et des injections. Pour les mâles, la castration est un excellent moyen à opposer à la marche de la maladie. Cette opération détermine une suppuration consécutive ; et, produit ainsi une puissante dérivation qui, peut arrêter l’invasion des accidents généraux. : Rodolff s’est toujours loué de ce traitement chirurgical

Comme on peut en juger cette thérapeutique suivie par Rodolff est très onéreuse et accompagné dans la majorité des cas de peu ou point de succès ; mais il est une médication qui a produit d’excellents résultats ; M. Tréfut, vétérinaire distingué des haras de Tarbe, n’a eu qu’à se féliciter de l’avoir mise en usage. Elle consiste dans l’administration chimique matin et à jeun de 40 gr. de fibrine et 3 gr. de fer réduit par l’hydrogène dans un demi-litre d’eau blanche ; on ajoute tous les deux jours pour stimuler les forces digestives de l’essence de térébenthine 25 à 30 gr. ; dans une poignée de son, et le soir on donne de l’acide arsénieux à la dose de 3 à 4 gr ; l’emploi de celui-ci donne des résultats d’autant plus satisfaisants que la dose a été plus forte ; (dans les limites du possible bien entendu). En outre, on fait des lotions sur la vulve et des injections dans le vagin soir et matin avec une préparation de Villate, 40 gr. dans un litre d’eau froide ; des frictions sur les œdèmes des membres boiteux : avec de la pommade cantharidée. Pour régime : avoine 6, 7 et 8 livres, suivant l’ancienneté de la maladie, farine d’orge 2 litres, un peu d’exercice en liberté par le beau temps.

Comme on pourrait se trouver obligé de suspendre une partie de ce traitement, l’administration de l’agent le plus actif, de la fibrine qui pourrait faire défaut vu la quantité nécessaire au temps d’épizootie. On peut lui substituer avec avantage du sang de bœuf ou de vache, la viande cuite de cheval, hachée très menu et administrée en suspension dans l’eau de la cuisson ; quand le bouillon manque, ou peut incorporer la viande dans du miel pour la faire prendre en électuaire. Il serait préférable de l’administrer dans cette dernière forme, mais dans ce cas, la partie liquide qui est excellente serait totalement perdue, à moins qu’on la fit prendre en barbotages de la farine d’orge. 100 à 150 gr. de viande cuite compensent très bien la dose de fébrine administrée par jour et quand l’une et l’autre font défaut on peut y suppléer par l’administration de deux litres de sang chaud provenant de sujets sains qu’on saigne par précaution. Encouragé par ce traitement, M. Trélut eut l’idée d’opérer la transfusion du sang d’un animal sain à un sujet atteint de la maladie du coït. Cette opération serait un moyen de reconstituer sûrement et promptement le sang des malades sans avoir besoin d’un traitement long et coûteux.

Ce traitement peut être simple, local ou compliqué et général, selon la période à laquelle on commence à combattre l’affection. À la première période, la maladie est bornée aux organes génitaux qui résistent un certain temps à l’action de l’élément virulent ; c’est pendant ce temps qu’il faut employer un traitement local qui s’oppose à l’absorption du virus. Trois ou quatre injections astringentes par jour peuvent amener à un bon résultat : à cet effet, on peut prendre de préférence 40 gr. de liqueur de Villate qu’on met dans un litre d’eau ; ce traitement doit être secondé par une alimentation sèche, substantielle et même stimulante.

Lorsque la résistance des parties sur lesquelles a été déposé le virus ou dans lesquelles il s’est formé sous l’influence spécifique de l’acte de la copulation est vaincue, les bouches absorbantes des vaisseaux portent dans le torrent de la circulation les molécules virulentes ; celles-ci en contact avec le sang, attaquent celui des principes pour lequel elles ont le plus d’affinité ; elles le détruisent ou le transforment, et le rendent impropre à la réparation et à l’entretien des organes. Or c’est sur la fibrine principalement que se porte l’action destructrice de l’agent morbide ; le sang ne se coagule plus, et comme c’est la fibrine qui lui donne la propriété de se coaguler, il faut que celle-ci soit diminuée ou détruite. Ces symptômes étant le caractère de la seconde période, un traitement compliqué est de toute rigueur ; car il faut non-seulement mettre l’économie en condition de résister à l’agent destructeur, mais aussi d’expulser de l’organisme les principes qu’il a déposés. L’alimentation donnée au principe peut ne pas varier. Il faut faire tous les 15 jours une friction sous la poitrine et le ventre avec la préparation vésicante suivante : azonge 7 parties, poudre de cantharides 4 parties ; on frictionne pendant 10 minutes après avoir coupé les poils au préalable. Bientôt après, il se forme un engorgement considérable et il y a un abondant suintement de sérosité. En même temps, on active l’assimilation en donnant de l’acide arsénieux le matin à jeun, en augmentant la dose donnée de 5 décigr. tous les dix jours. On tonifie les tissus en administrant tous les soirs du fer réduit à la dose de 6 à 9 gr.; en même temps, on fait passer dans le torrent de la circulation un principe qui concourt à la régénération du sang.

Le sang, privé d’un élément (la fibrine) ne se trouve plus dans les conditions d’entretenir les fonctions avec leur rhythme normal ; elles s’affaiblissent insensiblement en commençant par celles qui président à la vie de relation ; l’innervation se ralentit, l’influx nerveux diminue, les mouvements perdent peu à peu leur souplesse, deviennent insolites, soubresautants. L’amaigrissement du train postérieur se dessine, puis s’étend à tout l’individu, le marasme arrive avec les paralysies ; le sang a perdu la plus grande partie de sa matière colorante, il reste liquide ; la mort n’est pas loin. Il est difficile de vaincre ces caractères dangereux de la troisième période. Cependant, en agissant rigoureusement à l’intérieur, on peut se maîtriser de tous ces désordres manifestes. Il faut employer les substances animales réunies au fer réduit et à l’arsenic ; ces deux dernières substances à des doses plus fortes que dans la seconde période. À l’extérieur, on fait de fortes frictions sinapisées sous la poitrine et le ventre, et dès que l’engorgement est trop fort, on le traverse par de nombreuses pointes de feu. Lorsque les fonctions digestives languissent, il faut les surexciter en administrant de deux en deux jours de l’essence de térébenthine à la dose de 30 gr. dans un demi-litre d’infusion froide de fleur de sureau ou de tilleul. S’il survient des complications, il faut les combattre sans modifier le traitement essentiel ; il ne faut pas affaiblir l’organisme, et diminuer par conséquent la force de réaction.

Moyens prophylactiques. — La maladie du coït, se développant habituellement par voie de contagion, comporte des mesures générales qu’il est indispensable de mettre en pratique, telles que l’entretien de la propreté des organes sexuels de la femelle, au moment surtout où elle va être livrée à l’étalon ; pour celui-ci, la rareté relative des saillies, la castration, écarter rigoureusement de la saillie les sujets infectés ; dans les contrées où règne la maladie, les mâles et les femelles surtout, au moment de la saillie, devront être rigoureusement visités par l’homme de l’art, ou bien les juments seront refusées au dépôt, si le propriétaire n’est pas muni d’un certificat de santé délivré par un vétérinaire.

L’assiduité pour les soins hygiéniques ne saurait être assez recommandée. Une écurie propre, bien aérée, une abondante litière, des pansements exacts, une alimentation alibile et de facile digestion, surtout les bouillons de viande concentrés, de petites promenades à l’air sont les soins les mieux appropriés pour arriver à un heureux résultat.

Police sanitaire. — Art. premier. — Dès que cette maladie apparaîtra dans une localité, l’autorité municipale sera obligée d’en avertir aussitôt le préfet du département, afin que celui-ci puisse l’annoncer au public par tous les moyens possibles de publication.

L’avis préfectoral, publié dans le plus bref délai devra indiquer les localités infectées, ainsi que la marque à apposer sur les animaux atteints ou suspects.

Art. deux. — À partir de la publication mentionnée dans le précédent article, nul étalon du département ne pourra faire le service de la monte sans que son propriétaire soit pourvu d’un certificat de santé, ne remontant pas au-delà d’une date de 14 jours. Il en sera de même pour les juments ; mais en ce qui les concerne, le certificat ne doit pas avoir plus de quatre jours de date.

Art. trois. — L’autorité locale devra faire apposer les marques désignées par l’avis préfectoral sur les animaux mâles ou femelles ou suspects de la maladie du coït.

Art. quatre. — Elle devra, en outre, défendre d’une manière, expresse l’emploi de ces mêmes animaux à la reproduction, sous peine de 100 à 200 francs d’amende et de tous dommages-intérêts (art. 1382 du Code civil.) Cette interdiction devra durer trois années consécutives.

Art. cinq — Elle interdira également l’émigration de ces mêmes animaux durant les trois années qui suivront la guérison. Toutefois, pour les mâles, les propriétaires pourront se soustraire à cette dernière mesure en les faisant châtrer.

Art. six. — Les mesures relatives à la maladie du coït seront applicables durant les trois années consécutives à son apparition.

Toutes les mesures qui précèdent ont pour but unique, comme on peut le voir d’empêcher que les sujets atteints ou même suspects puissent être livrés à la reproduction, seul moyen de propagation de la maladie du coït. Aussi ne cherchons-nous pas à en prouver l’utilité qui ressort d’ailleurs d’elle-même. Il serait encore à désirer qu’on exclut de la reproduction les animaux atteints de gourmes, d’affections catarrhales, d’eaux-aux-jambes, mais momentanément seulement.

Ma tâche terminée, je n’ai qu’à remercier mon bienveillant professeur du concours qu’il m’a prêté pour la rédaction de mon petit opuscule

V. POURTALÉ.