Chronique de la quinzaine - 14 février 1872

Chronique n° 956
14 février 1872


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 février 1872.

Parce que dans une crise comme celle où la France est engagée tout ne peut pas s’accomplir en un jour, parce qu’il y a des malaises, des incohérences, des difficultés renaissant à chaque pas, qui tiennent aux choses autant qu’aux hommes, ou, si l’on veut, aux hommes autant qu’aux choses, ce n’est point assurément un motif pour se laisser envahir par l’esprit de découragement, pour imaginer chaque matin que tout est perdu, — pour s’abandonner en fin de compte à la fatalité des peuples qui ne savent plus se conduire. Ce n’est pas non plus sans doute un motif pour nier ce qui est évident, pour se livrer à un optimisme aussi décevant que futile, et pour se figurer qu’on guérira le mal qui peut exister avec des illusions. C’est une raison pour avoir les yeux ouverts sur tout ce qui se passe, pour prendre la situation telle qu’elle est sans rien exagérer et sans rien diminuer, pour oser regarder la vérité en face, avec la résolution d’y trouver un stimulant de plus, un aiguillon généreux pour toutes les volontés sincères et patriotiques. Eh bien ! oui, il est très vrai que nos affaires ne marchent pas toujours comme elles pourraient et comme elles devraient marcher, même en tenant compte, surtout peut-être en tenant compte des conditions laborieuses et cruelles où la France s’est vue jetée tout à coup, presque à l’improviste. Il est très vrai qu’elles semblent quelquefois nouées et paralysées par une sorte de mauvais destin. On s’accoutume à vivre dans une atmosphère d’impressions maladives. Souvent on s’arrête devant les résolutions les plus simples, les plus nécessaires, pour perdre le temps à s’épuiser en conflits inutiles, à tourner autour des questions sans les aborder, à calculer les chances de toutes les éventualités possibles, même de celles qu’on redoute le plus. On dispute à perte de vue sur la réorganisation, sur le rachat du territoire, sur la république définitive, sur la monarchie, sur le dernier manifeste de M. le comte de Chambord, et l’œuvre pratique de la régénération française reste en suspens, ou du moins elle ne se développe pas avec cette suite et cette netteté qui confondent toutes les dissidences, qui entraînent les esprits et les volontés.

C’est là le mal qui nous travaille. Avec le sentiment d’une grande œuvre à poursuivre en commun, nous ne savons comment accomplir cette œuvre. Est-ce donc cependant que les difficultés et les obstacles viennent du pays lui-même, de ce malheureux pays si éprouvé, si cruellement atteint, si digne encore d’être aimé et servi par ceux à qui il remet ses destinées ? Bien au contraire, le pays, on le sait, on le voit, ne se refuse à rien, et aujourd’hui comme hier il est prêt à tout, il se résignera au fardeau qui s’impose à lui, il ne demande qu’à suivre l’impulsion qu’on voudra lui donner. Certes la France a terriblement souffert de la guerre et d’une invasion qui a duré six mois. Elle a vu ses champs ravagés, ses villes rançonnées ; sur bien des points, le travail a été fatalement suspendu, les épargnes se sont nécessairement épuisées. Ce que l’invasion avait commencé, les agitations infécondes et la meurtrière guerre civile sont venues l’achever ou l’aggraver. Il est trop évident qu’un redoutable coup a été porté à la fortune publique, et pourtant il y a dans cette nation une telle puissance de production et de crédit, une si énergique élasticité, qu’il n’y a presque en vérité qu’à frapper le sol pour en faire sortir des ressources. Si démesurée, si accablante que soit l’indemnité de guerre qui lui a été infligée, la France sait bien qu’elle doit la payer pour affranchir son territoire. Matériellement elle le peut par un effort vigoureux, en se remettant au travail pour suffire à une telle charge et refaire sa fortune perdue. A coup sûr, la France n’est point disposée à rester insolvable, au risque de laisser ses provinces en gage ; elle le dit sous toutes les formes, par toutes les manifestations de sa pensée.

Est-ce au point de vue moral et politique qu’il peut y avoir des difficultés dans le pays ? Il est bien clair que le pays a souffert moralement autant que matériellement. Ce qu’il veut, ce qu’il préfère, il ne le sait plus trop lui-même. Il éprouve une grande lassitude, et il n’est pas sans laisser voir un certain scepticisme à l’égard de tous les régimes qui s’offrent à lui. Il a volontiers l’humeur chagrine, la manie raisonneuse, même une exubérance batailleuse et bruyante dans le midi. C’est un tumulte assez confus, nous en convenons. Au fond de tout cela, que trouve-t-on ? La passion inquiète d’une direction, peut-être un certain dépit de ne point sentir cette direction autant que l’instinct public le voudrait. Écartez les fictions des partis pour arriver à la réalité, c’est vraiment un pays qui n’aspire qu’à être conduit, libéralement conduit, bien entendu, qui cache des trésors de docilité et de soumission pour ceux qui sauront faire appel à sa raison sans blesser ses instincts. Il n’est révolutionnaire que par circonstance, il est conservateur par nature et par goût. L’obstacle n’est point en lui, il est certain que dans sa masse et dans son bon sens natif il échappe aux excitations des partis, il n’est point douteux qu’il acceptera ce qui aura été régulièrement décidé en son nom. Le mal est donc ailleurs, voilà la vérité. Ce n’est point au pays qu’on peut demander d’avoir spontanément une pensée précise, une volonté, une direction ; c’est à l’assemblée nationale et au gouvernement d’avoir pour lui direction et volonté, de débrouiller ce chaos de sang et de ruine où la guerre et la révolution l’ont plongé. Toute la question de la politique française est plus que jamais dans ces deux choses, la cohésion, la décision dans le gouvernement, la formation d’une majorité dans l’assemblée. La difficulté est là précisément, répète-t-on sans cesse, et elle ne peut disparaître que lorsqu’on aura tranché la question souveraine du régime définitif de la France. Soit, qu’on la résolve donc, cette question, si on le peut, si c’est aussi facile, qu’on le croit, si on ne s’aperçoit pas aussitôt qu’on va se heurter contre une difficulté plus insurmontable encore que toutes les autres. Est-ce le dernier manifeste de M. le comte de Chambord qui peut aider à trancher la question dans le sens monarchique ? Assurément rien de plus noble, rien de plus digne en général que les manifestes de M. le comte de Chambord : ils ont seulement un malheur, ils nous transportent dans des régions où la France de 1789, la France telle que l’ont faite les idées modernes, a une certaine peine à se reconnaître : bienheureux encore lorsque ces messages royaux ne sont pas accompagnés de commentaires où se déploie avec candeur la littérature politique la plus étourdissante. C’est la mésaventure qu’a éprouvée le dernier message de M. le comte de Chambord ; il a eu la mauvaise chance de provoquer de la part de quelques députés de l’assemblée de Versailles une adresse du lyrisme le plus étrange : c’est beau, c’est imagé, c’est romantique pour de l’orthodoxie ; mais cela ne fait pas avancer la question. Que voulez-vous ? il y a des hommes qui sont vraisemblablement raisonnables et qui ne trouvent rien de mieux, pour ramener la France à la monarchie, que de lui proposer de se désavouer elle-même, d’effacer son histoire, en lui promettant les doctrines d’avant 1788, le régime des institutions octroyées, avec un supplément de deux ou trois petites guerres en Italie ou en Espagne pour rétablir les bons principes ! Il est à craindre que la royauté ainsi comprise ne soit pas précisément pour la France la providence qu’on suppose, qu’elle ne soit tout simplement qu’un obstacle. Est-ce, d’un autre côté, par la proclamation définitive de la république qu’on peut réussir à remettre la fixité et la certitude dans nos affaires ? Soit, qu’on proclame définitivement la république. M. Ernest Picard paraît être revenu encore une fois de Bruxelles avec un plan que ses loisirs diplomatiques lui ont permis d’étudier, et qu’il a soumis aux plus savantes consultations. Qu’on proclame la république avec le renouvellement partiel de l’assemblée, avec deux chambres, avec une présidence plus ou moins prolongée. Et après, quelle sera la durée de ce définitif ? Est-ce que le pays n’a pas toujours le dernier mot dans ce qui ne sera encore après tout qu’une expérience nouvelle sous une autre forme ? Les républicains sérieux et sincères ne voient-ils pas que pour la république le meilleur moyen de vivre et de durer, c’est de s’accréditer par la sagesse, par les garanties qu’elle peut offrir au pays, c’est surtout de s’affranchir de toute solidarité avec le radicalisme, qui est son plus dangereux ennemi, qui est pour elle une menace perpétuelle ? Un vote de plus ne change pas la nature des choses, de sorte que, lorsqu’on prétend dissiper toutes les incertitudes par la proclamation d’un régime définitif, on n’éclaircit rien, on ne résout rien, on répond à la question par la question ; on ouvre une carrière à l’esprit de parti, qui s’y précipite, à toutes les fantaisies, qui sont justement, à l’heure où nous sommes, la faiblesse, le mal, de cette singulière phase politique où tout va un peu à l’aventure.

La vérité est qu’aujourd’hui, sous le prétexte d’attendre ou de chercher un définitif qui se dérobe sans cesse, on se détourne trop souvent des objets les plus essentiels, et que, par une pente irrésistible, on arrive à cette situation où l’assemblée, le gouvernement, finissent par laisser passer dans leur action et dans leurs travaux cette incohérence, ce sentiment d’incertitude dont tout le monde se plaint et que tout le monde se plaît à créer. Qu’on ait de la prévoyance, qu’on ne se désintéresse pas du lendemain et des meilleures conditions de gouvernement, oui sans doute, il le faut bien, et ce serait une étrange légèreté d’oublier que la France ne peut pas vivre indéfiniment sous une tente toujours menacée d’être emportée par l’orage ; mais en fin de compte quel est le meilleur moyen de préparer cet avenir, si ce n’est de rétablir patiemment et résolument tout ce qui a été ébranlé, de se refaire des idées simples et nettes, une volonté ferme, et surtout de mettre un certain ordre, une certaine suite, dans ce grand travail de reconstitution nationale dont les événemens nous ont fait une obligation ? Il est bien clair que si on se livre à la mobilité des impressions, si on perd le temps à se débattre en conflits maussades ou en discussions irritantes, si on se détourne des questions de finances, de la réorganisation militaire, pour disserter passionnément sur le caractère comparatif du 2 décembre et du 4 septembre, si on fait tout cela, on ne peut arriver qu’à la confusion. Le gouvernement et l’assemblée ne peuvent que s’user dans cette inaction agitée, consumant sans gloire et sans profit l’autorité et la force qu’ils ont reçues pour le bien du pays ; pour la libération du territoire et la réorganisation intérieure. Il ne servirait certainement à rien de se renvoyer mutuellement la responsabilité de ce qui est peut-être la faute de tout le monde. L’essentiel est de voir le péril et d’y faire face.

Que faut-il pour cela ? Peut-être d’abord une certaine décision dans le gouvernement, qu’on ne menace point à coup sûr, à qui on ne marchande ni les sympathies ni les concours, mais à qui on peut demander aussi de proportionner sans cesse ses résolutions, son action, aux pressantes et impérieuses nécessités du temps. La première condition est que, dans cette action permanente du gouvernement, il y ait de la fixité, de l’initiative, une certaine force d’impulsion communicative et entraînante. M. Thiers est sans doute l’inspiration supérieure de la politique, s’il ne règne pas, si, comme on l’a dit spirituellement, il laisse le règne à l’assemblée, c’est lui qui gouverne ; mais M. Thiers, malgré sa prodigieuse activité, ne peut tout faire ; le ministère a aussi sa part, comme il a sa responsabilité dans cette œuvre d’administration publique, devenue aujourd’hui plus difficile et plus délicate que jamais, et sous ce rapport la retraite récente de M. Casimir Perier laisse un vide que M. Thiers a été probablement le premier à ressentir. M. Casimir Perier était au pouvoir comme dans le parlement un esprit libéral et droit, alliant la fermeté à la modération ; sa présence aux affaires était une garantie. Il a certainement poussé jusqu’au scrupule le plus extrême le respect des règles parlementaires en se retirant pour cette proposition de retour à Paris, en faveur de laquelle l’ancien ministre de l’intérieur s’était prononcé, et que l’assemblée, encore émue des incidens du mois dernier, n’a point voulu admettre. Ce vote de la chambre n’avait en effet rien d’hostile contre lui. Malgré tout, M. Casimir Perier a cru devoir persister dans sa résolution. Si nous vivions sous un régime parlementaire fidèlement pratiqué par tout le monde, cet incident ne laisserait pas d’être assez singulier, puisque le nouveau ministre de l’intérieur avait voté, lui aussi, pour le retour à Paris, et que M. Casimir Perier a reçu dans sa retraite les témoignages les plus manifestes de la confiance de ses collègues de l’assemblée ; mais on n’en est pas là. M. Casimir Perier a pour successeur au ministère de l’intérieur le ministre du commerce, M. Victor Lefranc, qui est remplacé lui-même par un membre de l’assemblée, M. de Goulard, qui avait été nommé ministre de France en Italie, et qui se trouve ainsi dispensé d’aller à Rome, où tous les chemins ne conduisent pas depuis quelque temps, à ce qu’il paraît, surtout quand on part de Versailles.

Au fond, ce changement n’a point, cela est bien clair, une sérieuse signification. C’est un déplacement d’hommes, ce n’est pas la reconstitution d’un ministère. Aujourd’hui comme hier, pour le gouvernement, la vraie question est d’agir, de ne pas se laisser déborder par les petites préoccupations et les incidens subalternes de la politique. Ce n’est plus le moment de se laisser aller aux susceptibilités, aux suggestions personnelles ou aux inspirations de l’esprit de parti. C’est pour le gouvernement une impérieuse obligation d’avoir une pensée précise et une main ferme, d’agir avec un certain ensemble, car tout se tient dans cette grande œuvre de reconstitution, qui est en quelque sorte l’épreuve de notre vitalité nationale. Les atermoiemens et les palliatifs peuvent être quelquefois commodes, ils sont aujourd’hui pour nous ce qu’il y a de plus dangereux au monde, une perte de temps et de force. Qu’on y songe donc, que d’une main on fasse sentir au pays l’influence décisive d’une administration libérale et protectrice à l’intérieur, que d’une autre main on réorganise la diplomatie, qu’on n’ajourne pas les projets les plus urgens pour laisser à M. Pouyer-Quertier le temps de faire triompher ses plans particuliers. Il faut marcher, c’est à ce prix que le gouvernement peut retrouver ou affermir cet ascendant, légitimé par de grands et incontestables services, nous le reconnaissons, toujours nécessaire assurément, mais qui pourrait risquer de s’affaiblir, s’il ne s’entretenait, il ne se rajeunissait par une action incessante.

Il faut toujours en revenir là : les gouvernemens qui ont pour eux l’assentiment public, comme celui qui existe aujourd’hui, n’ont pas beaucoup à craindre de leurs ennemis, ils n’ont à craindre qu’eux-mêmes, ils ne sont menacés que par leurs propres incertitudes, et l’assemblée est exactement dans la même situation. Que lui reproche-t-on ? Certes personne ne met en doute ce qu’il y a de droiture, de bonnes intentions, de patriotisme, dans cette réunion d’hommes élus par le pays et représentant souverainement la France. Personne ne demande sérieusement à l’assemblée de se dissoudre en pleine crise publique, en présence de l’étranger campé encore sur notre territoire. Les radicaux qui lui demandent cet acte d’abdication ne doutent pas eux-mêmes de leur impuissance. Tout le monde sent que ce serait un véritable malheur, et ce qu’on reproche à l’assemblée, ce n’est point à coup sûr de résister aux injonctions du radicalisme, c’est de se laisser aller sur une pente où, sans le vouloir et sans le savoir, elle pourrait arriver à une impasse, à une sorte d’impossibilité de vivre. En d’autres termes, on lui demande de jouer grandement son rôle d’assemblée souveraine, et cette mission, elle ne peut la remplir qu’en dégageant de son propre sein une majorité dont la seule existence suffirait à garantir de toutes les crises imprévues, à réprimer toutes les fantaisies dissolvantes, et à fortifier la vie parlementaire. Des hommes bien intentionnés s’occupent, dit-on, de former une majorité avec les deux centres, dont la réunion constituerait une force imposante. Rien n’est plus désirable que le succès de cette tentative. C’est la condition de l’autorité de l’assemblée, et de ce qu’on appelle en Angleterre l’expédition des affaires. Sans cela, il arrive ce qu’on voit tous les jours, ce qui est une des faiblesses de la situation actuelle : les débats vont au hasard des propositions individuelles, les passions prennent la place des affaires sérieuses, ou bien on s’occupe à discuter sur les incompatibilités parlementaires, chose essentiellement urgente, on en conviendra ! L’assemblée a cependant assez à faire sans se perdre dans ces discussions des temps paisibles : elle a toutes les questions de finances qui traînent dans ses commissions, elle a ce grand problème de la reconstitution de notre armée à résoudre ; elle a aujourd’hui une question qui est pour elle une occasion de faire acte d’initiative, cette souscription nationale, dont la pensée est sortie du cœur du pays. Qu’on tienne compte de toutes les considérations politiques, qu’on évite avec soin de faire de cette contribution volontaire une manifestation embarrassante pour le gouvernement, qu’on se réserve les moyens de suppléer par l’impôt ou par le crédit à ce qu’une souscription doit avoir nécessairement d’insuffisant, rien de mieux ; mais ce qui n’est pas moins essentiel, c’est que l’assemblée, en ménageant tout, en faisant la part de tout, ne reste pas étrangère à un mouvement qui, une fois engagé, doit avoir un succès digne de la France, — c’est qu’elle se montre au pays telle qu’elle est, la représentation fidèle de ses sentimens comme de sa souveraineté. L’assemblée, en se faisant l’écho du patriotisme de la France, n’apprendra rien à la Prusse que la Prusse ne sache d’avance, et elle aura plus fait pour l’affermissement de son autorité morale que par bien des discussions sur le 4 septembre ou par bien des propositions sur les incompatibilités.

Nous vivons dans un temps où la paix est laborieuse pour tous, où fourmillent les problèmes qui tiennent les peuples dans un état perpétuel de crise, et où les gouvernemens ont besoin de la plus extrême prudence, de l’esprit de conciliation le plus attentif, pour échapper au danger des conflits toujours prêts à renaître sous toutes les formes. Lord Palmerston, quand il était de ce monde, disait avec son humour britannique qu’il y avait en Europe assez d’élémens inflammables pour une demi-douzaine de guerres, qu’il suffisait d’une allumette chimique pour mettre le feu. La France a été jusqu’ici la plus malheureuse victime d’un de ces incendies que prévoyait lord Palmerston ; l’Angleterre a su s’en préserver, elle s’en préservera encore sans doute, et elle n’est pas moins aujourd’hui plus que jamais dans une de ces situations où elle est obligée de faire bonne garde pour empêcher l’allumette chimique de mettre le feu à ses relations avec les États-Unis. L’allumette, c’est cette question de l’Alabama, qui traîne depuis des années, qu’on croyait finie et qui vient de reparaître, presque menaçante, avec un caractère de gravité imprévue. Le parlement anglais, en se réunissant l’autre jour, s’est trouvé dès le premier moment en face de cette complication à la fois étrange et redoutable, qui est devenue assez difficile à dénouer. Ce qu’il y a effectivement de singulier dans cette affaire, c’est que, si on ne peut admettre sérieusement que la guerre puisse sortir d’un tel incident, on n’entrevoit pas, d’un autre côté, le point de jonction ou de réconciliation entre les États-Unis, qui montrent une ténacité imperturbable, et l’Angleterre, qui oppose une résistance fort naturelle aux prétentions américaines, de sorte qu’il semble aussi malaisé de se tirer de là pacifiquement qu’il serait absurde de livrer la difficulté au sort des armes. Au fond, peut-être le premier tort de l’Angleterre a-t-il été de laisser vieillir ce différend, de compter sur le temps, de croire qu’avec de la patience, en faisant aux Américains des concessions sur d’autres points, par exemple sur les pêcheries canadiennes, elle arriverait à éteindre cette incommode querelle. L’Angleterre a évidemment mal calculé ; elle n’a rien résolu, elle n’a pas désarmé les États-Unis, elle s’est fait illusion à elle-même pendant quelques années pour se réveiller aujourd’hui en face d’un conflit d’autant plus épineux et d’autant plus inextricable qu’il se complique d’un arbitrage qui, après avoir été accepté en commun, court le risque de devenir inutile ou inefficace.

Précisons les faits. Cette question de l’Alabama, on sait ce qu’elle est dans son origine : elle date de dix ans, de la guerre de la sécession, elle est née du système de conduite que le cabinet de Washington accuse l’Angleterre d’avoir suivi pendant cette funeste et sanglante lutte. Tant que les États-Unis ont été absorbés dans leur guerre civile, ils n’ont rien dit, ou du moins ils se sont bornés à se plaindre, à tenir note de ce qu’ils appelaient leurs griefs. Le jour où ils ont eu reconquis la paix intérieure, ils se sont tournés vers l’Angleterre pour lui demander compte de sa politique, des violations de neutralité qu’elle avait commises, selon les ministres de Washington, de l’asile qu’elle avait offert dans ses ports aux corsaires du sud, notamment à ce navire l’Alabama, qui est venu périr sur les côtes de France dans un combat singulier, et qui a depuis laissé son nom à l’ensemble des réclamations américaines. L’Angleterre a éludé d’abord, les États-Unis ne se sont pas pressés, et c’est là peut-être précisément ce qui a tout compliqué. Plus les Américains se sont éloignés de la guerre civile et ont senti renaître leurs forces, plus ils se sont montrés opiniâtres, inflexibles dans leurs prétentions. On aurait dit qu’ils n’étaient pas fâchés de garder avec les Anglais une question pendante, une querelle en réserve dont ils pouvaient se servir comme d’une arme selon les circonstances. Ils dissimulaient à peine l’orgueilleuse pensée de faire plier l’Angleterre devant leurs exigences.

La partie n’était point égale : pour les Américains, rien ne pressait ; pour l’Angleterre, ce n’était pas sans péril d’avoir ainsi sa politique engagée dans une affaire irritante dont on ne pouvait pas même mesurer la portée, et un système prolongé d’évasion risquait de devenir compromettant. Une première fois, en 1869, lord Clarendon, alors chef du foreign office, entrait dans la voie des concessions, et proposait prudemment d’en finir. Un négociateur américain, M. Reverdy Johnson, arrivait à Londres. On traitait en écartant toutes les considérations épineuses de droit, en s’en tenant simplement aux faits, aux dommages matériels pour lesquels le gouvernement britannique consentait à payer une indemnité. C’était assurément beaucoup de la part de l’Angleterre, ce n’était pas assez pour les Américains, dont les prétentions ne faisaient que grandir, et le traité signé à Londres par M. Reverdy Johnson était presque unanimement repoussé après un discours de M. Sumner, qui était un véritable acte d’accusation et une virulente menace contre la politique anglaise. La querelle restait plus que jamais ouverte, elle se compliquait même bientôt d’une question nouvelle, celle du droit de pêcherie exercé par les habitans du Massachusetts sur les côtes du Canada. D’un autre côté, la crise européenne se précipitait de façon à déconcerter l’Angleterre et à lui rendre plus sensible l’ennui de tous ces embarras avec les États-Unis. C’est dans ces conditions que le gouvernement anglais se décidait, au commencement de 1871, à reprendre l’initiative d’une négociation nouvelle où il n’a point certes ménagé les concessions. Il a procédé largement et généreusement en donnant aux États-Unis une satisfaction à peu près entière sur presque tous les points, en renonçant à opposer réclamations à réclamations pour les violations de territoire et les déprédations commises dans le Canada et mal réprimées par les autorités américaines. Le résultat a été un nouveau traité signé au mois de mai 1871 à Washington, traité qui laissait la liquidation définitive de toutes les affaires désignées sous le nom de question de l’Alabama à la décision d’un tribunal arbitral composé par le roi d’Italie, l’empereur du Brésil et le gouvernement suisse, avec le concours d’un représentant de l’Angleterre et d’un représentant des États-Unis.

Cette fois du moins on pensait en avoir fini. Malheureusement l’illusion n’a pas été longue ; elle a duré tout juste le temps nécessaire pour la constitution du tribunal arbitral à Genève et pour la production du mémoire où le cabinet de Washington expose à sa manière les faits sur lesquels il appelle la décision des arbitres. C’est qu’en effet les États-Unis ne réclament pas seulement pour les dommages causés directement par l’Alabama et les autres corsaires sortis des ports de l’Angleterre ; ils réclament encore une indemnité pour ce qu’ils appellent les dommages indirects, pour les pertes éprouvées par leur marine marchande, pour l’élévation du taux d’assurance des navires, pour les dépenses occasionnées à la nation américaine par la prolongation de la guerre. Que l’Angleterre paie tout cela avec intérêt à 7 pour 100 à dater du 1er juillet 1863, les États-Unis n’en demandent pas davantage, ils se tiennent pour satisfaits ! La surprise, on le conçoit, a été grande en Angleterre, où l’on croyait déjà tout terminé. Lord Granville et M. Gladstone, sans se départir d’une extrême modération de langage, n’ont pu cependant dissimuler leur mécompte dans les premières explications qu’ils ont données au parlement ; ils ont réclamé à Washington, et la conséquence de ce nouveau coup de théâtre est l’ajournement du tribunal arbitral au mois de juin. D’ici là, l’émotion aura eu le temps de se calmer.

Au fond, toute la question est dans ce mot de dommages directs ou indirects. Chacun interprète à sa façon le traité de Washington. Les Anglais ne veulent payer que les dommages directs, les États-Unis tiennent aussi aux dommages indirects. « De quoi vous plaignez-vous ? disent-ils, le tribunal décidera, il fixera le chiffre des indemnités. » Effectivement rien ne serait plus simple, s’il ne s’agissait que d’un chiffre à débattre ; mais c’est le principe que l’Angleterre n’admet pas, qu’elle ne peut point admettre, parce que, si elle l’admettait, elle s’exposerait à d’incalculables conséquences, elle se trouverait, elle, puissance neutre, condamnée à payer après dix ans une bonne partie des frais de la guerre de la sécession. Les Américains auraient découvert là un moyen ingénieux d’amortir leur dette. Si insoluble que semble la question, elle sera résolue pacifiquement sans nul doute. Il serait par trop étrange qu’une guerre éclatât pour un tel motif. Les États-Unis eux-mêmes n’y ont point songé certainement. Tout au plus se sont-ils dit que, si l’Angleterre ne cédait pas, ils resteraient armés de leurs réclamations, et, à la dernière extrémité, que, si une occasion favorable se présentait, ils pourraient peut-être se jeter sur le Canada comme sur un gage à leur convenance. Le plus vraisemblable encore est que tout se terminera avec de l’argent. Il n’est pas moins cruel pour l’Angleterre de se sentir serrée de si près, de se trouver dans cette alternative d’avoir à plier devant d’exorbitantes prétentions, ou d’être exposée à d’incessantes menaces.

Certes l’Angleterre est assez forte pour sortir avec honneur de ce conflit et de bien d’autres. Les nations libérales ne peuvent se réjouir de ses embarras. On nous permettra bien seulement une simple réflexion. L’Angleterre paie peut-être aujourd’hui les frais non de sa politique pendant la guerre de la sécession américaine, mais de la politique d’effacement et d’abstention qu’elle suit depuis quelque temps. Les hommes qui la gouvernent ont cru habile de la désintéresser des affaires du continent, de se retirer dans ce qu’on appelait, ces jours derniers encore en pleine chambre des communes, un système de « contemplation bouddhique, » de laisser notamment succomber la France. C’est une politique qui a eu sa popularité au-delà de la Manche, nous en convenons. Ce qui n’est pas moins certain, c’est qu’avec ce système, dans l’espace d’une année, l’Angleterre a eu deux fois à essuyer des déboires qu’elle n’aurait pas essuyés, si la France, son alliée d’autrefois, eût été debout. Un membre distingué du parlement, qui a été sous-secrétaire d’état aux affaires étrangères et qui s’est séparé du cabinet l’an dernier pendant la guerre franco-prussienne, M. Otway, dans un discours qu’il prononçait l’autre jour devant ses électeurs de Chatham, combattait justement cette politique d’abdication. Il rappelait que l’empire britannique ne s’était pas formé par l’abstention, il exprimait la pensée que les désastres de la France n’étaient pas une condition de sécurité pour l’Europe ; il aurait voulu que l’Angleterre se mit, l’année dernière, à la tête d’une alliance des puissances neutres pour faire prévaloir des idées de conciliation et de modération dans l’état nouveau de l’Europe. Ce qu’un sentiment de prévoyance et le soin de sa grandeur ou de son influence légitime pouvaient inspirer de mieux à l’Angleterre, ce n’était point sans doute de se jeter aventureusement au milieu d’un combat que sa prudence avait déconseillé, c’était d’avoir la hardiesse opportune d’une de ces hautes et impartiales médiations qui sont un acte de puissance : c’était d’intervenir non pour nous, mais pour elle-même, pour l’intérêt européen, pour l’équilibre du continent, pour l’intégrité des alliances libérales en face des prépotences abusives, de quelque nom qu’elles se nomment, qu’elles s’appellent la Prusse ou les États-Unis.

C’était le mérite de ces alliances libérales de ne pouvoir devenir un obstacle à aucun développement légitime des peuples, de n’être fortes et décisives que contre les déchaînemens de l’esprit de conquête et de la force. Aujourd’hui l’esprit de conquête a triomphé, la France a été vaincue, l’Angleterre n’y a pas gagné en influence ou en sécurité, et il n’est pas bien certain que l’Allemagne elle-même ne finisse par souffrir des violences faites en son nom à la nature des choses. Que M. de Bismarck soit occupé à constituer l’unité allemande, c’est son droit, c’est son rôle ; il ne se plaindra pas sans doute que la France le gêne ou lui porte ombrage, il est libre dans ses mouvemens. À l’heure qu’il est, M. de Bismarck tourne ses coups d’un autre côté, il trouve devant lui des résistances qui ne laissent pas de l’inquiéter, puisqu’il a cru nécessaire tout récemment de les combattre de sa parole dans le parlement de Berlin. C’était à propos de la discussion du budget et de la suppression de la direction catholique au ministère des cultes : le chancelier allemand, répondant à un député du Hanovre, M. Windthorst, a prononcé un discours qui ressemble à un manifeste. M. de Bismarck, en vérité, est pour le moment fort occupé de religion, surtout de l’opposition catholique, qui commence à devenir assez vive en Prusse comme en Bavière, qui a même réussi à former un groupe parlementaire de quelque importance à Berlin, et pour combattre cette opposition il s’est fait libéral ; il déploie ses talens de stratégiste contre les ultramontains, contre les partisans de l’infaillibilité du pape, contre tout ce qu’il appelle « l’Internationale noire. » La nomination d’un nouveau ministre des cultes, M. Falk, à la place de M. de Muhler, se rattache en partie à cette évolution. La suppression de la direction catholique, la réforme de l’inspection des écoles qui vient d’être adoptée, rentrent aussi dans cet ordre de combinaisons.

Bref, la guerre est engagée, l’esprit confessionnel tend à envahir la politique, et le chancelier allemand ne manquera pas d’alliés. Assurément M. de Bismarck est toujours dans son rôle en défendant les droits de l’état contre les empiétemens du clergé et contre les passions confessionnelles ; s’il ne faut que cela pour être libéral, il l’est complètement. Ce serait cependant de la part des libéraux européens une naïveté singulière de se laisser prendre à ce genre de libéralisme. M. de Bismarck est libéral aujourd’hui comme il est féodal un autre jour. Qu’on soit catholique ou protestant, partisan ou adversaire de l’infaillibilité du pape, cela lui est absolument égal. Ce qu’il voit, ce qu’il poursuit dans l’opposition catholique d’aujourd’hui, c’est la dernière forme du particularisme en Allemagne. C’est là ce qui peut opposer le plus sérieux, le plus dangereux obstacle à l’unification allemande telle que l’entend la Prusse, et voilà, pourquoi M. de Bismarck est entré si vivement en campagne pour se défendre contre « la mobilisation du parti catholique. » Sait-on la plus cruelle injure qu’il ait pu trouver pour stigmatiser la presse de ce parti ? il l’appelle « la presse anti-allemande, l’ancienne presse de la confédération du Rhin. » Au fond, dans tout cela, les querelles de religion et de théologie, sans être absolument dénuées d’importance, ne sont pour ainsi dire qu’un voile jeté sur la réalité des choses ; la vraie question, c’est l’unité allemande, c’est le travail croissant du germanisme servi par un homme audacieux, favorisé dans son extension au dehors par l’éclat des victoires prussiennes.

Sans doute, avant de dompter les dernières résistances, M. de Bismarck a encore plus d’un combat à livrer, même en Allemagne, et l’ascendant qu’une nation peut prendre au dehors ne dépend pas uniquement d’un succès de ses armes. Il n’est pas moins vrai que tout marche dans ce sens, que depuis la dernière guerre la contagion du germanisme se fait sentir un peu partout, principalement dans les pays qui avoisinent l’Allemagne, et certainement il n’est point étranger au travail politique qui s’accomplit aujourd’hui en Suisse. La Suisse est en effet occupée à réviser sa constitution. Cette révision a été déjà examinée et votée par le conseil national, l’assemblée populaire de la confédération helvétique ; elle est discutée en ce moment dans le conseil des états, composé, on le sait, des délégués des conseils cantonaux. On est encore à la période d’enfantement. Tout indique cependant que la réforme constitutionnelle plus ou moins tempérée, plus ou moins corrigée, finira par être sanctionnée. La constitution qui se prépare n’a évidemment rien d’extraordinaire, rien de démagogique. Ce qui en fait une œuvre révolutionnaire, c’est qu’elle tend à substituer un système à peu près complètement unitaire au régime fédératif, sous lequel la Suisse a trouvé la paix et la prospérité dans l’indépendance. Il ne s’agit de rien moins que de constituer un gouvernement central dont la compétence s’étende à l’enseignement primaire, à la législation civile, à la législation pénale. Chaque canton avait jusqu’ici son droit et ses lois. On veut avoir des lois et un droit communs, de sorte que Genève, qui avait gardé, qui garde encore le code civil français, est menacé d’une véritable révolution dans ses mœurs et dans ses habitudes. Le fédéralisme, tel qu’il existait, était manifestement le régime le mieux approprié à un pays composé de trois races dont les usages et les idées diffèrent si sensiblement. L’unification peut être une tyrannie pour les minorités.

Des influences diverses se sont réunies pour en venir là ; le radicalisme espère, par cette révision constitutionnelle, pouvoir s’imposer aux cantons catholiques, qui sont restés jusqu’ici rebelles à son influence. Les cantons allemands ont été pris de l’ambition de germaniser la minorité velche, la Suisse romande. Tant que la France a gardé son ascendant, la Suisse française a été respectée. Les victoires prussiennes ont grisé les cantons allemands, et l’équilibre menace de se rompre en Suisse comme il a été rompu en Europe. On a pris à M. de Bismarck les deux mots d’ordre de sa politique : centralisation et croisade contre l’ultramontanisme. C’est peut-être de la grande politique à la nouvelle mode de Berlin, ce n’est point à coup sûr la politique de la vraie liberté. Par malheur, ce n’est pas seulement en Suisse que cette contagion du germanisme s’étend, elle gagne la Hollande, la Belgique, où une propagande active redouble d’efforts pour atteindre ce qui reste de l’influence française. Il y a certainement aussi peu de prévoyance que de justice dans ces tristes efforts. Quels sont en effet ces pays qu’on prétend détacher de la France ? Ce sont justement ceux qui auraient tout à craindre de la prépondérance définitive de l’Allemagne, qui, par leur situation, par leurs intérêts et leurs traditions, ne peuvent trouver que des garanties dans une France reconstituée, libéralement gouvernée. Qu’on profite aujourd’hui contre nous d’une circonstance malheureuse, c’est possible ; il y a en politique des affinités naturelles plus fortes que les haines vulgaires et les ambitions intéressées. C’est à la France de faire ce qu’elle doit pour faire revivre ce sentiment de solidarité chez tous ceux dont elle a été quelquefois l’alliée et jamais l’ennemie.

Loin, bien loin de cette scène agitée de la politique où se déroulent et se succèdent tant de tristes choses, vient de s’éteindre un homme d’élite dont la frêle et délicate organisation n’a pu résister aux épreuves de ces deux dernières années. Le père Gratry est mort tout récemment en Suisse, à Montreux, où il était allé chercher la santé et où il n’a trouvé que la fin de ses souffrances. Intelligence enthousiaste et instruite, nature sensible et vive, mélange de philosophe et de prêtre, d’artiste et de géomètre, le père Gratry avait tout ce qui peut attirer et séduire jusque dans les dissidences de l’esprit. Il laisse de nombreux ouvrages, des traités de philosophie, des conférences, des méditations de toute sorte. On peut discuter les théories, on peut même ne pas les admettre ; mais dans ces pages ardentes et colorées, où l’imagination venait en aide à la science, il y avait une âme élevée et chaleureuse. C’est assez pour laisser une mémoire aimée et respectée à ses contemporains.

CH. DE MAZADE.