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En pensant à toi ce soir,
J'étais assise au bord de l'ombre.
L'ombre était le signe de la branche en fleurs.
Le ciel entraînait la parade grise des nuages.
Bruits, vieux bruits monotones étirant mon âme brisée.
À des vigilances nouvelles, j'entrouvrais l'empreinte de
   ton être dans le mien.
Toutes choses plus proches,
Et toi, la plus lointaine et la plus proche.
Toi confondue à moi et te taisant.
Vers quels lieux t'emmènerai-je désormais pour te
   confier le secret de la beauté de la Terre ?
Dans quel désert te sentirai-je suffisamment mienne
   pour te remettre la mort que j'aime ?
Nombres extrêmes où je te perds.
Ma prière est de te boire.
Ma prière est d'oublier...
Car je retrouverai alors l'accueil de tous les amours
délaissés pour le tien.
Et quel est ton amour ?
Je sais plus que je ne veux te dire.
Je sais l'espace, je sais la contenance infinie des secondes.
Les sables s'étirent sous l'enchantement des soirs.
Quelle est donc ta beauté devant la leur.
Toi, l'imparfait désir de moi-même...
Toi, pour qui je contrefais une joie que j'ignore...
Ô caprices insolents de ma fièvre !
Et le mépris s'insinue en moi pour essayer de te perdre.
Car tu n'es rien
                       que le mystère de me tout révéler.


Et je n'attends rien de toi mais j'attends tout de t'aimer.
Ainsi des nuits pieuses où je t'enlace sans parvenir à
   supprimer ton être distinct du mien.
Ô toi, le tourment de ne vouloir jamais finir et de pleurer
   des longueurs terribles de la vie !
Toi, l'aumône et le sacrifice !
Il y a des rigueurs que tu hais et que j'adore.
         Des efforts constants qu'il faudra faire et que je
veux te cacher.
Car des miracles sont là qui nous réclament et je ne
   voudrais pas te priver des agonies préparatrices.
          Toi, l'ennemie de ce que j'aime en toi.


                                       A. V. BLIDA, 1936