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Jean Marin, cultivateur, est né à Varennes-sous-Dun (Saône-et-Loire) le 31 juillet 1887. Sous le matricule militaire 570, bureau de Mâcon, classe 1907, il est appelé le 4 août 1914 en tant que caporal dans le 234e de ligne. Il tient un carnet au jour le jour, du 4 au 28 août 1914, date présumée de sa mort. Est indiqué sur ce carnet qu’il a été trouvé le 30 octobre 1914 par Philibert Foudon du 8e d’artillerie à pied d’Odenas-Brouilly (Rhône), sur la commune de Saulcy-sur-Meurthe et Entre-deux-Eaux (Vosges) dans les prés que borde la route de Mandray.

Carnet appartenant au Caporal Marin Jean 234 de ligne. 20e Compagnie 3e bataillon. Si je meurs sur le champ de bataille, que celui qui le liras l’envoie à ma bonne mère :

Madame Veuve Marin

à Varennes sous Dun

aux Noyers

par la Clayette

S. et L.[1]

Controle de ma 1ère Escouade


Marin Jean
Goujon Joseph
Laplace Jean
Parrot Jean Louis
Chemier Victor
Derossier Victor
Fraizy Felix
Michel J. Marie blessé le 21 août
Gauthey François
Petit Jean
Fremeau
Loiseau Jean
Basset Paul

Tous partis plein de vie et je me demande combien en reviendrat-il ?

Pauvres camarades !

Mardi 1ère journée, 4 Aout 1914

Départ de La Clayette à 9 heures.

Arrivés à midi à Cluny, à la caserne Joubert à 4 heures. Partout c’est la joie. On nous habille à 5 heures, puis je vais souper chez Christophe avec le cuisinier Chataigner de La Clayette, il est de ma compagnie ainsi que le Claudius Durix du bourg.

Chez Christophe, je retrouve Perrat, Desmurs, Chataigner, Gabriel Christophe, Stephane Christophe, Guilloteux de Gibles.

Nous rentrons vers les dix heures, il n’y a pas d’appel, c’est une cohue à n’y rien comprendre, mais tout le monde est content, on oublie tout de son pays et de sa famille. On part sans savoir ou l’on vas ou si l’on reviendras, mais tous ont espoir de rentrer ; que d’espoir deçus ?

Maudite Allemagne si tu pouvais disparaitre du monde et qu’on est la paix universelle.

Mercredi 2e journée, 5 aôut 1914

On se réveille tout engourdi, les punaises m’ont dévorés toute la nuit. On commence la même comédie de hier soir. On continue d’habiller ceux qui arrivent. Vers huit heures je vais faire une tournée en ville, je vois le 134 qui embarque pour l’est. Nous nous formons le 334 et nous partiront je crois le 10e jour de la mobilisation, mais rien n’est sur chacun raconte sa petite histoire, et tout ce qu’on sait c’est par les journaux, je vois la déclaration de guerre avec l’Allemagne et l’isolement de cette dernière de toute l’Europe, je me demande où elle vas dans cette aventure, je crois que c’est sa ruine.

Le soir je retourne souper chez Christophe pour voir les Jays et nous rentrons vers 9 heures, l’orage commence à éclater, la pluie tombe, encore une journée de finie.

Jeudi 3e journée, 6 août 1910

Mauvaise nuit, je n’ai rien pus dormir, il fait trop chaud dans la chambre, je me suis levé à 2 heures du matin pour descendre prendre l’air. Nous sommes allés chercher nos fusils à la sous-intendance où il y en a 20.000 d’empillés. À midi rapport, là j’ai fait connaissance du cousin Baudron de Baubery, c’est lui qui m’a reconnut, moi je ne le reconnaissais plus. Le soir nous sommes allés souper à St Laurent, vers un Michel qui sort de Gibles. J’apprends que le cousin de Dompierre est la, je ne l’ai pas encore vu. La soirée c’est toujours la même chose. On se prépare pour partir vers les premiers jours de la semaine prochaine, la guerre est déclarée, on apprends quelques succès français et belges. Si c’est Allemands pouvaient tous crever tas de charognes.

Vendredi 4e journée, 7 août 1910[2]

Réveil de grand matin, nous partons pour la Grisière à 5 heures du matin pour aller manœuvrer avec le bataillon. Nous sommes rentrés à 10 heures trempés comme des rats, on trouve le sac lourd. À midi, nous sommes sortis, j’ai vu le cousin de Dampierre, il est ici depuis dimanche.

Le soir on continue à se préparer, jamais ce n’est finis, je pense que 50 dames de Mâcon travaillent à nous préparer nos effets, jamais ce n’est finis. Que de fois, il faut se réunir pour tous y être. Après le souper j’ai encore revu le Pierre Marie il était avec le fils Paguet d’Amanzé. Je ne le connaissais pas encore, j’ai vu tous les autres de Varennes chez Cristophe. Cela fait plaisir de tous les revoir sous l’habit militaire qu’on a peine à se reconnaitre. L’habit change tant.

Samedi 5e journée, 8 août 1913

Cela commence comme hier, on retourne à la Grisière sous pretexte de nous entrainer, je crois plutôt que c’est pour nous fatiguer. En partant j’ai vu Joanny Guilloux qui bat à la machine dans le Maconnais.

Dans la matinée, le Pierre de Vérosvres est venu nous voir à Joubert, il est au 60 territorial et doit partir dans la journée de demain. La soirée nous allons faire des tirs à Duhesme, mais l’on nous ramène à moitié le tir fait, on dirait que l’on ne sait pas qui c’est qui commande. Nous finissons la soirée à continuer à nous préparer pour partir bientôt, le 134 est déjà partit, je crois que nous ne le suivrons pas de loin, ou est-il allé le 134, pour Gray dit on, mais je crois bien que c’est pour plus loin, de mauvais bruits circulent sur lui. Adieu pauvre camarade.

Dimanche 6e journée, 9 Août 1914

C’est dimanche, mais ici il n’y en a point, c’est toujours la même chose que les autres jours, mais cette fois le terme est proche on nous annonce que nous serons consignés demain, on ne sortiras pas de la caserne, aussi avec Baudron qui est devenu mon intime, on sors en ville tant que l’on peut et pour la dernière fois nous allons manger une bonne friture à St Laurent avec le Pierre Marie de Dompierre. On se fait ses adieux, lui reste comme infirmier, il rentreras dans ses foyers mais nous deux, rentrerons nous ? Pauvre Baudron il est encore plus a plaindre que moi, moi je ne laisse que ma pauvre mère mais lui laisse une jeune femme ma cousine et trois petits enfants, ah ! que c’est triste a pensé, aussi nous nous couchons moins heureux que les autres soir.

Le terme est proche.

Lundi 7e journée, 10 Aout 1914

C’est demain que l’on part ! Mais pour ou ? pour la boucherie tuer de ses semblables, et dire que l’on est au 20e siècle ! À 10 heures revue par le lieutenant colonel sur la place d’Armes, il nous fait une allocution, mais je n’en est pas entendus un mot, on l’applaudit puis on nous présente le drapeau, on rentre à la caserne pour manger la soupe. Dernier préparatifs ! Triste préparatifs. 96 cartouches par hommes. Que dire de cela. Le monde ne redevient-il pas à la sauvagerie, je ne veux plus y songer. Je sors malgré tous avec mon cousin Baudron pour souper et parler une fois encore de ceux que nous aimons. Je revois tous ceux de Varennes. J’apprends que Berthault et Soudy restent. Qu’en penser, sont-ils plus civilisés que nous, sont-ils moins français. Il ne faut songer à plus rien, s’étourdir dans le vin pour se tremper dans le sang. Je rentre et ne veux songer à plus rien.

Mardi 8e journée, 11 Aout 1914

Je ne voudrais songer à plus rien, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit ! Ai-je peur de la mort ? Ah non ! Je la verrai à deux pas que je ne bougerai pas. Mais alors pourquoi hésiter à marcher carrément, aller tuer des hommes comme moi, des pères de famille qui marche par la force. Est-ce digne d’un homme ? Sommes nous sur la terre pour nous tuer ou s’entraider ? Je ne veux pas réfléchir. On part 5 heures de Joubert pour où, personne ne le sais, on passe Tournus, Chalon, Allerey, Seurre, St Jean de Losne, où l’on nous a donné un café au rhum, pourquoi faire, je n’ose le dire. Gray, Vesoul, Verreux, on nous débarque à St Loup à 50 km d’Epinal. On doit y cantonner, le 256 arrivé une heure après se met à notre place, il est minuit et demie on nous envoie à Flagerolles[3] à 2 heures de chemin à pied, quand le cantonnement est fait il fait jour, on fait le café et comme repos on s’appuie la garde.

Pauvre France, pauvre humain.

Pauvre petits soldats, ou serais je demain ?

9e journée, 12 août 1913 Mercredi

La page n’est pas assez grande pour dire le quart de mes pensées de hier. J’aurai pleuré en voyant ses pauvres femmes, mères de famille, jeunes filles qui nous offrent de l’eau quand elles peuvent, même devoument à Chalon où je vois les dames de la Croix rouge nous apporter des boissons, pauvres mères de familles, qui ont abandonnés leur enfants, pauvre jeunes filles qui abandonnent leur familles pour les soldats de France, serez-vous plus courageuses que moi ?

Les pleurs me viendraient aux yeux si j’étais seul, mais les autres sont las comme moi, aussi tristes mais personnes ne le dit, moi pour rien je n’en veux parler n’y y songer. Ma pensée se reporte vers ma mère chérie et à ma Francine, pauvre petite, et toi pauvre mère tu ne reverras pas ton fils et moi je ne te reverrais pas. Et toi chérie à qui j’avais donné mon cœur je t’ai à peine aperçue en partant. Je ne veux pas te dire adieu mais je t’ai quitté pour toujours. Je vais mourir en pensant à tous, pensez à moi tous ceux que j’aime tant, je ne vous reverrais pas, je voudrais vous souhaiter le bonheur, mais en reste il pour une mère qui perd son fils, pour une jeune fille qui perd son fiancé. Mes yeux se fermeront en pensant à vous. Pauvre France, pauvre patrie. Je m’arrête sur mes pensées. J’ai vu le Benoit Grizard [qui] ne peut plus marcher. Que vat-il devenir ? Lui aussi laisse une femme et un enfant. Je ne veux plus rien ajouter pour aujourd’hui. Midi sonne à l’instant je ne pense pas que nous partions avant la nuit. Nous sommes logés dans l’école des filles ou trois dames de l’école nous soignent plus que si on était leurs enfants, jamais je ne les oublierais, mais j’aime mieux ne pas les voir, les pleurs me viennent aux yeux. À demain je n’écrirai plus rien aujourd’hui. Demain que serat-il ?

10e journée, 13 avril 1914 Jeudi

Nous avons quittés notre école ce matin, la garde est relevé à 6 heures. J’apprends que nous restons à Fougerolles jusqu’à nouvelles ordres. Le matin nous allons en service en campagne, nous rentrons pour manger la soupe, il fait une chaleur insurportable, on ettouffe dans ces courroies et le sac arrache les épaules. La journée nous restons au cantonnement, personne n’a le courage de sortir. Pour mon compte moi qui suis cependant habitués au soleil, je n’en peux plus, je ne tiens pas debouts. Nous sommes cependant bien nourris mais je crois plutôt que c’est le manque d’habitude et le dégout qui nous tuent. Je ne peux pas en revenir, dire que l’on vas se faire tuer et tuer les autres, et dire que tous font les mêmes réflections, cela vous décourage. Mais que faire, nous sommes ici et il faut y rester, on n’as point de nouvelles, aucune dépêches ne passent, il faut se contenter des racontars de tous le monde.

Vendredi 11e Journée, 14 août 1914

Même chanson que hier, manœuvre le matin à travers les bois, j’ai cru que je tomberais en route. Je ne suis cependant pas malade, mais je n’ai point de force. J’ai vu en marchant le vieux copain Simonet du 10e, il est aussi comme moi, puis j’ai vu Eugêne Lathuiller de Varennes, je ne m’attendait pas à lui il cantonne pas loin de Fougerolles, il fait partie du 48e d’Artillerie.

La journée est aussi chaude que hier et l’abattement aussi grand.

J’ai vu en rentrant le matin Baudron, il est malade et on le renvoie à Macon, il me dit au revoir et part, pauvre vieux nous reverrons nous, ce n’est pas sur. Plus rien a ajouter pour aujourd’hui, le bruit court que la lutte doit s’engager bientôt et que nous pourrions partir dans la nuit, je ne sais pas si c’est vrai, nous ne savons n’y où nous irons, n’y comment les choses marchent, le bruit court cependant que les Français sont dépassés Mulhouse et approchent Colmar. Mais est-ce bien vrai, je n’en sais rien du tout.

12e Journée, 15 août 1914 Samedi

Les choses sont passées comme je le prevoyais. Nous sommes partis de Fougerolles à 1 heures du matin pour Remiremont. Dure étapes dans la nuit les hommes tombent le long des fossés mais rien n’arrête la marche cela doit presser. Nous sommes arrivés vers 9 heures à la caserne Victor ou nous avons passés la nuit, tous les chasseurs sont partis, la caserne est vide, pour le lendemain on nous annonce un départ dans la nuit et pour où, personne ne le sait. Je sors souper en ville pour penser à autre chose que au soldat et nous sommes rentrés pour se coucher sur la dure à 8 heures.

Triste journée, fatigue et découragement sont les résultats de la journée pour tous ces soldats partis de France.

Dimanche 13e Journée, 16 aout 1914

Pauvre fête que je passe, départ 3 heures du matin pour Gérardmer voisin de la frontière, même chose que hier fatigue partout et pluie affreuse, chemin dessert et montée atroce pour arriver, vers 2 heures du soir, nous avons couchés à la caserne des chasseurs, où j’ai vu de bien triste choses, un fusil allemand, des sacs percés de balles, un commandant français tués et tant d’autres choses qui marquent la guerre affreuse.

Le soir nous sommes sortit Basset et moi, 3 dames ont voulus nous faire souper avec elle, elle ont 5 membres sous les drapeaux et les pleurent, aussi je rentre triste, départ pour la frontière dans la nuit et par la pluie battante.

14e journée, 17 Août 1914

Départ dans la nuit pour aller renforcer le 152 qui se trouve à la Schlud poste de la douane française. La j’ai vu de triste chose, d’abord fatigue atroce pour monter à la frontière, là les effets de la guerre les routes coupées, un hotel allemand saccagés par les Français, le poteau frontière arraché, des espions arretés et d’autres individus surpris à tirer sur la Croix rouge, ils sont roués de coup de poing et seront fusillés demain matin. Nous nous couchons en pleine foret par cette pluie battante, grellottant de froid, les soldats du 152 sont en avant de nous, les Allemands sont dans des tranchés à 15 kilomètre de nous. Le lendemain on parle de les démonter à la baïonnette.

Pauvres soldats que deviendrez et moi serez je en vie demain ?

Mardi 15e Journée, 18 août 1914

Les choses sont passés le contraire de ce que nous pensions, dans la nuit les Allemands se sont sauvés et se sont retirés au dela de Münster, le 152 et les chasseurs restent pour garder la Schluth et nous nous revenont en France du coté de St Dié pour protéger l’armée de ce coté, nous cantonont à Fraize, 12 kilomètres de l’Alsace. Le matin les espions ont été fusillés après notre depart, je prefère ne pas l’avoir vu. Nous sommes arrivés à Fraize à 4 heures du soir et bien fatigués.

Je sais pas où demain nous yront passer la journée, je ne veux point l’approfondir, pauvre humanité. Je termine à 9 du soir pour aller m’étendre sur la paille dans la grange.

16e Journée, 19 août 1914 Mercredi

Dure journée que celle d’aujourd’hui, dans la nuit à 11 du soir alerte on doit partir sur le champ, on ne voit rien jamais c’est pret à partir, nous rentrons au cantonnement 1 heures après, sans avoir rien vu. Départ de Fraize à 5 heures pour la direction de la frontière vers le village de Provenchère. La route est longue je pense que nous avons fait 40 kilomètres, nous faisons la grand halte dans un prés. Nous n’avons pas le temps de boire le jus, les Prussiens nous voient, on se met en marche dans leur direction mais en arrivant à Provenchère ils se sont déjà sauvés. Nous voyons seulement des chars de blessés allemands et francais. C’est triste de voir ces hommes couchés sur la paille. Plus loin, c’est deux chars de prisonniers allemands avec leur capote grise. Dans le village nous voyons deux areoplanes allemands, on tirent dessus sans arriver à les démonter ils sont trop hauts. C’est incroyable de voir tout ce mouvement de troupes et le service de ravitaillement. Nous se couchons 10 du soir sans savoir ce que sera demain et notre sort aussi.

17e Journée, 20 août 1914 Jeudi

Départ précipitée dans la nuit a 3 heures du matin pour franchir la frontière où en Alsace doit se livrer une grande bataille. Nous passons le poteau à 5 heures du matin les allemands se sont retirés mais ils ont tous incendiés sur leur retraite c’est affreux à voir. Nous passons le village allemand de Saale ou flottent le drapeau français.

Nous nous portons sur les hauteurs pour soutenir les troupes qui sont en avant, nous faisons des tranchées où nous restons jusqu’à 4 heures où nous sommes obligés de reculer, les allemands avancent malgré nous, les fusils, les mitrailleuses, les canons font rage, par moment on ne s’entend plus. Vers 6 heures tout a coup les Prussiens apparaissent à la lisière des bois la fussillade recommencent de plus belle, les hommes les choses recommencent à tomber jusqu’à la nuit où les coups de feux redeviennent plus rares.

Nous passons la nuit dans les sapins en avant poste. Je fais les relève toute les heure. Il fait froid on grelotte jusqu’eau jour sans rien avoir soupé, les allemands et nous on se tirent quelques coup toute la nuit sans rien voir.

18e Journée, 21 Aout 1914 Vendredi

La lutte recommence de plus belle avec le petit jour, de grand matin sont tombés deux hommes de ma compagnie morts. Notre lieutenant est blessé à l’épaule.

De tous côtés tombent les balles et les obus, nous sommes toujours dans une tranchée dans un bois de sapin où nous restons jusqu’à midi où vient l’ordre de se retirer en arrière, les allemands arrivent en force, nous avons juste le temps de nous retirer, l’artillerie nous poursuit. Michel de mon escoude tombe la jambe percée, nous le soutenons à deux, et on se remet en marche où nous allons occuper le versant d’une montagne où l’artillerie allemande nous bombarde toute la soirée mais elle tire mal et nous ne sommes pas touchés.

On nous dit ensuite qu’on avait ordre de nous faire tenir 24 heures ces deux positions coute que coute tans pis pour ceux qui tombent. Nous restons dans nos tranchées jusqu’à 9 heures du soir où nous allons prendre la garde dans les sapins sans avoir rien touché a mangé de la journée. Voila aussi 3 nuits que je n’ai pas dormit (en entier).

Samedi 19e journée, 22 août 1914

On nous relève de garde à 3 heures du matin, toute la nuit nous avons grelotté aux pieds des sapins. Nous entendont les bruits que font les Allemands car ils ne se sont pas retirés cette fois, j’apprends qu’ils sont un corps d’armée et nous ne sommes qu’une division pour nous défendre. On nous remène en arrière pour nous reaprovisionner en vivres et en munitions dans un petit pays, Granrupt, où nous passons la journée qui est un peu meilleure que les autres. On est heureux de ne plus entendre siffler les balles et les obus car nous sommes rentrés en france d’environ 10 k.

On nous annonce dans la soirée que nous devont retourner au feu le lendemain mais je crois que nous serons en deuxième ligne et peut-être souffrirons nous moins car nous n’avons déja pas mal de morts et surtout des blessés. Je finis las[4] page pour aujourd’hui a 6 heure du soir un peu plus tranquille que hier car hier c’était couchés dans la tranchée sous les balles. Que serat demain ?

Dimanche 23 août 1914, 20e journée

Les choses se sont brusqués, a peine avait je finit d’écrire ma page que l’on nous fait partir. On mange la soupe en courant s’équiper nous partons à 6 h. 5 pour Provenchère ou nous arrivons à 2 heures du matin. On ne peut rien trouver pour se coucher, on se fourre un peu partout. Réveil 2 heures après toujours fatigués de cette course de nuit, nous allons occuper un petit village, Corrois. Nous faisons des tranchées pour nous défendre en haut des maisons, nous y restons toute la journée, le soleil nous tape fort dessus la tête. Par moment on entend le canon et les coups de fusil mais nous ne voyons rien, on reste jusqu’à la nuit. La on annonce que que nous allons aller cantonner dans Corrois mais en arrivant au village on nous remène bivouaquer sur le terrain. Nous ramassons un peut de paille et nous nous couchons sur le terrain pour passer une triste nuit car il fait frais, on grelotte de froid.

De tous côtés on annonce que le 370 et le 221 sont anéantis. Pauvres petits. Demain serat peut-être notre tour.

Lundi 24 Août 1914, 21e Journée

La journée a été calme, nous sommes toujours dans notre tranchée, nous la fortifions en établissant des barages en bois et en fils de fer. Pendant toute la journée il fait beau temps, je travaille avec courage pour me croire util mais la réalité est bien autre chose quoique la journée est été calme on entend la fusillade et le canon par moment.

Vers 5 heures du soir à l’heure ou j’écris ma page assis dans ma tranchée, on apprend qu’un ordre mal transmis par un capitaine a fait faire une faute qui peut être terrible pour nous. Au lieu de faire replier le convoi du 170 qui est en avant de nous il a fait replier tout le régiment, les Allemands en ont aussitôt profités pour passer la frontière et canonne fort de notre coté, les français riposte encore plus fort c’est un vrai duel d’artillerie. Je finis ma page je dirais demain ce qu’a été la nuit, nous qui croyons pouvoir coucher dans une grange allons nous passer encore la nuit dehors ou en se battant ?

Mardi 25 Août 1914, 22e journée

Les choses se sont encore passées plus mal que je ne l’aurait crut la nuit. Nous sommes restés dans nos tranchées jusqu’à 10 heures du soir, puis on nous annonce que l’on part mais personne ne sait ou. Nous marchons toute la nuit on fait le café à Salcey à 4 heures du matin puis l’on se remet en marche pour Entre Deux Eaux ou on nous annonce que nous devons cantonner, mais en arrivant au village, la bataille était déjà engagée, et au lieu d’aller se reposer un moment, on fait comme les autres, on bat les bois on fait encore des tranchées sans s’arreter, mais à 4 heures au moment ou j’écris nous n’avons pas tiré un coup de fusil, seul l’artillerie fait rage.

Comment se finirat-il ce soir ou je suis déjà bien fatigué car voilà 8 jours que nous ne dormons pas une nuit comme il faut et cependant la journée et même la nuit il faut faire des kil. et des tranchées et le ventre est souvent creux, on ne trouve plus rien sur son passage. Espérons mieux pour demain.

Mercredi 26 Août 1914, 23e journée

Le mieux que j’espérais, c’est encore du pire, toute la nuit nous avons pris les avant-poste, il a plut toute la nuit. Au petit jour l’on m’envoie garder un coin de bois, avec 4 de mes camarades nous fusillons jusqu’au dernier moment les allemands puis nous battons en retraite. Le copain Laplace recoit une balle qui lui perce le pied, nous l’emportons en nous repliant jusqu’au ambulances puis l’on se bat en se repliant sur Salcey. Malgré notre courage, les allemands avancent, en me repliant au dernier moment j’en ajuste un groupe de six et en vois tomber un avec joie. Pendant toute la soirée l’on bat en retraite, notre compagnie et reduite a moitié, dans mon escouade il manque Laplace, Loiseau, Petit, une section entière a disparut.

Le Claudius Durix[5] en été. Ou a t-il passé, serait-il mort, prisonnier ou perdu dans les bois ? Le village de Salcey a flammé toute la journée. Puis on se replit sous la pluie jusqu’à Taintrux ou nous nous couchons dans une grange a 10 heures du soir a moitié foutu et découragé.

Jeudi 27 Août 1914, 24e journée 1914

Réveil à 3 heures du matin nous qui étions si bien pour nous reposer. On retourne pour défendre Salcey la matinée, puis à midi vient l’ordre de se replier sur Taintruck, on nous fait replier sans que nous sachions pourquoi, c’est prevu davance, mais malgré que ce soit pour notre bien cela nous décourage et la débandade se montre dans nos rangs, d’ailleurs il nous manque pour nous conduire 2 lieutenants, un adjudant, un fourrier, le sergent major Guitot de Gibles. Nous nous replions jusqu’à 3 heures du soir où on nous annonce que l’armée allemande est coupée et que nous allons reprendre l’offensive, on fait demi-tour, et l’on se remet en marche sur Taintruck. Sous un feu d’enfer nous passons le bourg puis nous partons en flanc, garde sur la gauche, mais le feu nous arrête souvent et la nuit nous surprend en plein combat. On ne voit plus rien, nous marchons la baïonnette au canon, mais crainte de faux mouvement nous nous arrêtons sur place et nous couchons dans une cour sous la pluie et le ventre vide, les vivres n’arrivent plus sur le champ de bataille.

Vendredi 28 Août 1914, 25e journée

On a grelotté toute la nuit et l’on reprend le mouvement en avant dans les bois, le brouillard est dans la foret et nous avançons à la baïonnette, mais nous ne voyons pas les allemands dans la matinée. Le soir la fusillade a recommencé et jamais je n’ai vu faire un tel ravage par l’artillerie des 2 cotés. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas été tué. Les obus pleuvent de tout coté, nous nous repliont un peu en arrière pour les éviter puis nous reprenont position sur le flanc de la montagne ou nous avons grimpé hier, c’est de là que j’écris ma page, il est 4 heures du soir. L’artillerie bombarde toujours de notre côté, les allemands ont ralentis leur feu, je ne sais pas ce que nous ferons ce soir, je finis ma page, à moitié découragé, fatigué.

Nous ne touchons plus de vivres voila 4 jours aujourd’hui. Nous avons mangé nos derniers biscuits et boîtes de conserves. Nous arrachons des fruits a moitié murs pour nous nourrir, la fatigue nous accable, je ne crois pas que cela puisse durer encore longtemps.

[fin du journal]


Trouvé sur la comune de Saulcy et Entre Deux Eaux dans les prés qui borde la route de Mandray.

(Vosges)


Carnet trouvé le 30 octobre 1914 par Foudon Philibert du 8e Artillerie à pied de la commune d’Odenas-Brouilly (Rhône).


Actuellement sur le front aux 8e Artillerie à pied. 53e Batterie 1er de tir. Secteur postal (44).

  1. Pour Saône-et-Loire
  2. Sic pour 1914
  3. En fait Fougerolles
  4. ou pas, lecture incertaine
  5. Il est mort plus tard, le 4 novembre 1918. Cf. sa fiche de mort pour la France