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(Tome Ip. 124-142).

VII

le trois-mâts « alert ».

L’Alert, trois-mâts barque, de quatre cent cinquante tonneaux, sorti, comme il a été dit, des chantiers de Birkenhead, doublé et chevillé en cuivre, coté numéro 1 au Bureau Veritas, battant pavillon britannique, se préparait à effectuer son troisième voyage.

Après avoir, pendant ses deux premières traversées, franchi l’Atlantique, tourné la pointe de l’Afrique, parcouru l’Océan Indien, il allait, cette fois, mettre le cap directement au sud-ouest, à destination des Antilles, au compte de Mrs Kethlen Seymour.

L’Alert, bon marcheur, portant bien la toile, possédant les remarquables qualités des clippers de grande vitesse sous toutes les allures, n’emploierait pas plus de trois semaines à franchir la distance qui sépare l’Irlande de l’Antilie, si les calmes ne lui occasionnaient pas de retard.

Dès son premier voyage, l’Alert avait eu pour commandant le capitaine Paxton, pour second le lieutenant Davis, pour équipage, neuf hommes, personnel suffisant à manœuvrer un voilier de ce tonnage. Lors de la deuxième traversée, de Liverpool à Calcutta, ce personnel n’avait reçu aucune modification : mêmes officiers, mêmes matelots. Tel il avait été, tel il serait pour cette campagne entre l’Europe et l’Amérique. Entière confiance devait être accordée à ce capitaine Paxton, excellent marin, consciencieux et prudent, au sujet duquel les meilleures références avaient été fournies à Mrs Kethlen Seymour. Les jeunes boursiers et leur mentor trouveraient à bord de l’Alert, en vue de cette destination, tout le confort et aussi toute la sécurité que pouvaient désirer leurs familles. L’aller et le retour s’effectueraient pendant la belle saison, et l’absence des neuf pensionnaires d’Antilian School ne devait pas durer plus de deux mois et demi…

Par malheur, l’Alert n’était plus sous le commandement du capitaine Paxton. Son équipage venait d’être massacré au mouillage de l’anse Farmar. Le navire était entre les mains de la bande des pirates de l’Halifax.

Aux primes lueurs du jour, Harry Markel et John Carpenter examinèrent en détail le bâtiment dont ils s’étaient rendus maîtres. Dès le premier coup d’œil ils en reconnurent les qualités nautiques : finesse de ses formes, excellent tracé de ses lignes d’eau, élancement de l’avant, dégagement de l’arrière, hauteur de sa mature, large croisure de ses vergues, profondeur de son tirant d’eau qui lui permettait de déployer une grande surface de toile. Assurément, même avec petite brise, s’il fût parti la veille dès neuf heures, il eût franchi le canal Saint-George pendant la nuit, et, au point du jour, il aurait été à une trentaine de milles des côtes de l’Irlande.

Dès l’aube, le ciel se montra couvert de ces nuages bas, ou plutôt de ces brumailles qu’un peu de vent eût dissipées en quelques minutes. Les vapeurs et les eaux se confondaient à moins de trois encablures de l’Alert. En l’absence de brise, ce brouillard humide fondrait-il lorsque le soleil aurait pris plus de force, c’était douteux. D’ailleurs, l’appareillage étant impossible, Harry Markel devait préférer que le brouillard rendît le navire invisible à son mouillage.

Ce ne fut point ce qui se produisit. Vers sept heures, et sans que l’on sentît un souffle ni de la terre ni du large, ces vapeurs commencèrent à s’éclaircir sous l’influence des rayons solaires, ce qui annonçait une journée chaude que la brise ne rafraîchirait pas. Bientôt la baie se dégagea entièrement.

À deux milles de l’anse Farmar tout le panorama du port de Queenstown, puis, plus au fond, les premières maisons de la ville apparurent. En avant du port se voyaient nombre de voiliers mouillés çà et là, la plupart, faute de vent, dans l’impossibilité de prendre la mer.

Tant que l’Alert était perdu au milieu des brumes, Harry Markel et ses compagnons ne couraient aucun danger en demeurant à bord. Mais lorsqu’elles commencèrent à se dissiper, n’eût-il pas été prudent de débarquer, de se réfugier à terre ?… Dans une heure ou deux, ne devraient-ils pas recevoir les passagers de l’Alert, puisque, d’après les propos recueillis la veille, les voyageurs venaient d’arriver à Queenstown ?… Serait-il temps aussi, quand ils auraient pris terre au fond de l’anse Farmar, de se jeter à travers la campagne ?…

John Carpenter, Corty et les autres étaient, à ce moment, réunis autour d’Harry Markel, n’attendant qu’un ordre pour embarquer des provisions dans le canot. En quelques coups d’aviron, ils eussent atteint une grève sablonneuse au fond de l’anse.

Mais, à la question posée par le maître d’équipage :

« Nous sommes à bord, restons-y !… » se contenta de répondre Harry Markel.

Ses hommes, ayant confiance en lui, n’en demandèrent pas davantage. Sans doute, Harry Markel avait ses raisons pour parler ainsi.

Entre temps, la baie prenait une certaine animation. À défaut de voiliers, plusieurs steamers se préparaient à lever l’ancre. Cinq ou six chaloupes à vapeur allaient de l’un à l’autre, rentraient au port ou en sortaient, laissant derrière elles un long sillage d’écume. Aucune d’ailleurs ne se dirigeait vers l’anse Farmar. Donc, rien à craindre pour l’Alert.

Vers huit heures, il est vrai, il y eut lieu d’être sur ses gardes.

Un steamer venait de pénétrer dans la baie, et il évoluait à l’ouvert de l’anse Farmar, lorsqu’il appuya sur tribord, comme s’il avait cherché un mouillage non loin de l’Alert. Ce steamer avait-il l’intention de jeter l’ancre en cet endroit, au lieu de se rendre aux appontements de Queenstown, et était-il seulement en relâche pour quelques heures ou quelques jours ?… Assurément, des embarcations du port ne tarderaient pas à l’accoster, et ce va-et-vient aurait pu avoir de fâcheuses conséquences pour Harry Markel et ses compagnons.

Le bâtiment en question, le pavillon britannique se déployant à sa corne, était un de ces grands cargo-boats qui, après avoir porté du charbon aux colonies anglaises, reviennent chargés de blé ou de nickel.

Cependant, après avoir dépassé la pointe de l’anse, il ne marchait plus qu’à petite vitesse. Harry Markel se demanda s’il n’allait pas stopper, ou s’il manœuvrait pour embouquer l’anse Farmar.

Le Concordia — on put bientôt distinguer son nom — ne cherchait évidemment pas à gagner en ligne droite le port de Queenstown. Au contraire, il se rapprocha de l’Alert, et stoppa lorsqu’il n’en fut plus qu’à une demi-encablure. Seulement rien n’indiquait qu’il fît ses préparatifs pour mouiller en cet endroit.

Que voulait le capitaine du Concordia ?… Pourquoi cette manœuvre ?… Avait-il reconnu l’Alert, lu son nom au tableau d’arrière ?… Avait-il eu des rapports avec le capitaine Paxton et désirait-il communiquer avec lui ?… Allait-il mettre une de ses embarcations à la mer et venir à bord du trois-mâts ?…

On imaginera sans peine à quelles inquiétudes furent en proie Henry Markel, John Carpenter, Corty et leurs complices. Décidément mieux eût valu abandonner le navire pendant la nuit, puisqu’il n’avait pu prendre le large, se disperser à travers la campagne, atteindre une partie du comté plus sûre que les environs de Queenstown, où les constables devaient être à la poursuite des fugitifs.

À présent, il était trop tard.

Toutefois, Harry Markel, prenant la précaution de ne point se montrer sur la dunette, se tint à la porte du carré, de façon à être caché par les bastingages.

En ce moment, l’Alert fut hélé en ces termes par un des matelots du Concordia :

« Ohé !… de l’Alert… Le capitaine est-il à bord ?… »

À cette demande, Harry Markel ne se hâta point de répondre. Nul doute que ce fût au capitaine Paxton que le Concordia eût affaire.

Mais, presque aussitôt, cette seconde question fut envoyée par le porte-voix :

« Qui commande l’Alert ?… »

Évidemment on ne connaissait du trois-mâts que son nom et on ne savait pas qui le commandait.

Donc, dans une certaine mesure, Harry Markel devait se rassurer. Aussi, comme un plus long silence aurait pu paraître suspect, il questionna à son tour, après être monté sur la dunette :

« Qui commande le Concordia ?…

— Le capitaine James Brown ! fut-il répondu par l’officier lui-même, debout sur la passerelle, et reconnaissable à son uniforme.

— Que veut le capitaine James Brown ?… demanda Harry Markel.

— Savez-vous si les nickels sont en hausse ou en baisse à Cork ?…

— Dis-lui qu’ils sont en baisse, et il va s’en aller… suggéra Corty.

— En baisse, répondit Harry Markel.

— De combien ?…

— Trois shillings six pence… souffla Corty.

— Trois shillings six pence… répéta Harry Markel.

— Alors… rien à faire ici, reprit James Brown. Merci, capitaine…

— À votre service !

— Pas de commissions pour Liverpool ?…

— Non.

— Bon voyage à l’Alert !

— Bon voyage au Concordia ! »

Ces renseignements obtenus, — et l’on peut juger s’il convenait d’y ajouter foi, — le steamer manœuvra pour sortir de l’anse Farmar. Dès qu’il fut en dehors de la pointe, il se mit en vitesse, et, cap au nord-est, prit direction vers Liverpool.

À ce moment, John Carpenter fit cette réflexion très naturelle :

« Pour nous remercier de l’avoir si exactement informé du cours des nickels, le capitaine du Concordia aurait bien dû nous donner la remorque et nous sortir de cette maudite baie ! »

Du reste, lors même que la brise se serait levée, il était trop tard pour en profiter. Maintenant, il se faisait grand mouvement entre Queenstown et le goulet. Des barques de pêche se croisaient, et plusieurs se disposaient précisément à tendre leurs lignes au revers de la pointe, à quelques encablures du navire. Aussi Harry Markel et ses compagnons, par prudence, ne se montraient guère. Si d’ailleurs l’Alert eût appareillé avant l’arrivée de ses passagers qui étaient attendus d’une heure à l’autre, ce départ inexplicable eût paru suspect. Le mieux était encore de ne point faire route avant la nuit, en admettant que ce fût possible.

On le comprend, la situation ne laissait pas d’être des plus inquiétantes : le moment approchait où le mentor et ses jeunes compagnons de voyage se rendraient à bord de l’Alert.

Il ne faut pas oublier que le départ avait été fixé au 30 juin, par Mrs Kethlen Seymour, d’accord avec le directeur d’Antilian School. Or, on était au 30 juin. M. Patterson, débarqué la veille au soir, ne voudrait pas se retarder d’une heure. En homme aussi minutieux qu’exact, il ne se donnerait même pas le loisir de visiter ni Cork, ni Queenstown, bien qu’il ne connût aucune de ces deux villes. Après une bonne nuit, pendant laquelle il se serait remis des fatigues de la traversée, il se lèverait, il éveillerait tout son monde, il se rendrait au port, on lui indiquerait le mouillage de l’Alert, et une embarcation s’offrirait à l’y conduire.

Ces réflexions, et bien qu’il ne connût pas l’homme qu’était M. Patterson, venaient naturellement à l’esprit d’Harry Markel. Tout en ayant soin de ne pas paraître sur la dunette, par crainte d’être aperçu des pêcheurs, il ne laissait pas de surveiller attentivement la baie. À travers une des fenêtres du carré de l’arrière, Corty, de son côté, une longue-vue aux yeux, observait tout le mouvement qui se faisait dans le port, dont il distinguait parfaitement les quais et les maisons à cette distance de deux milles. Le ciel, en effet, était devenu très clair. Le soleil montait sur un horizon très pur, dont il avait dissipé les dernières brumes. Mais, nulle apparence de vent, pas même au large, et les signaux des sémaphores indiquaient calme plat en pleine mer.

« Décidément, s’écriait John Carpenter, prison pour prison, autant valait celle de Queenstown !… Au moins avons-nous pu nous en échapper… tandis qu’ici…

— Attends », lui répondit Harry Markel.

Un peu avant dix heures et demie, Corty reparut à la porte de la dunette et dit :

« Il me semble bien avoir aperçu un canot, portant une dizaine de personnes, qui vient de quitter le port…

— Ce doit être le canot qui nous amène les passagers ! » s’écria le maître d’équipage.

Harry Markel et lui rentrèrent aussitôt dans le carré et braquèrent leurs longues-vues sur l’embarcation signalée par Corty.

Bientôt il ne fut plus douteux que cette embarcation se dirigeait vers l’Alert, aidée par le courant de la marée descendante. Menée par deux matelots, un troisième tenait la barre. Au milieu et à l’arrière étaient assises une dizaine de personnes, entre lesquelles on distinguait un certain nombre de colis et de valises.

Il y avait tout lieu de croire que c’étaient les passagers de l’Alert qui se rendaient à bord.

Moment décisif s’il en fut et qui allait peut-être voir s’écrouler cet échafaudage élevé par Harry Markel !

Tout, d’ailleurs, reposait sur cette seule éventualité que M. Patterson ou que l’un des jeunes garçons connussent le capitaine Paxton. Cela semblait au moins fort improbable, et c’était sur cette improbabilité qu’avait tablé Harry Markel pour l’exécution de son projet. Mais ne pouvait-il se faire que le capitaine de l’Alert fût connu des marins du port qui conduisaient l’embarcation, et que diraient-ils lorsque lui, Harry Markel se présenterait aux lieu et place dudit Paxton ?…

Ce qu’il fallait cependant observer, c’est que, pour la première fois, l’Alert venait de relâcher dans le port de Queenstown, ou plutôt dans la baie de Cork. Que son capitaine se fût rendu à terre pour remplir les formalités imposées à tout navire, à l’arrivée comme au départ, nul doute.

Mais on pouvait admettre, sans trop se hasarder, que les marins du canot ne l’eussent point rencontré à Queenstown.

« Dans tous les cas, dit John Carpenter, en terminant la conversation qu’il venait d’avoir à ce sujet avec ses compagnons, ne laissons pas ces hommes monter à bord…

— C’est plus prudent… déclara Corty. Nous donnerons la main pour embarquer les bagages…

— Chacun à son poste », commanda Harry Markel.

Et, tout d’abord, il prit la précaution de faire disparaître le canot dont ils s’étaient emparés la veille pour gagner l’anse Farmar. Les embarcations de l’Alert leur suffiraient, s’ils voulaient s’enfuir. Quelques coups de hache défoncèrent ce canot qui coula par le fond.

Aussitôt Corty se rendit à l’avant, prêt à jeter une amarre, dès que l’embarcation accosterait.

« Allons, dit John Carpenter à Harry Markel, il y a là un danger à courir…

— Nous en avons couru… nous en courrons bien d’autres, John !

— Et nous nous en sommes toujours tirés, Harry !… Après tout, on n’est pas pendu deux fois… Il est vrai, c’est déjà trop d’une ! »

Cependant l’embarcation approchait, en se tenant à petite distance du littoral, de manière à donner en dedans de la pointe qui couvre l’anse Farmar. Elle n’était plus qu’à une centaine de toises. On apercevait distinctement ses passagers.

La question serait donc décidée dans quelques instants. Si les choses marchaient comme le désirait, comme l’espérait Harry Markel, si la disparition du capitaine Paxton n’était point constatée, il agirait d’après les circonstances. Après avoir accueilli les boursiers de Mrs Kethlen Seymour comme ils devaient l’être, comme l’eût fait le capitaine de l’Alert, il procéderait à leur installation, et sans qu’ils eussent la pensée de quitter le bord.

En effet, voyant que, faute de vent, le trois-mâts ne pourrait lever l’ancre, peut-être M. Patterson et les jeunes garçons demanderaient-ils à être reconduits à Queenstown. Ils n’avaient certainement eu le temps de visiter ni la ville industrielle ni la ville maritime, et, puisqu’ils en auraient le loisir, il était possible qu’ils en fissent la proposition.

Or, c’eût été là un vrai danger qu’il importait d’éviter. Après avoir mis les passagers à bord, le canot qui les aurait transportés retournerait au port et ce serait une des embarcations de l’Alert qui devrait les reconduire — une embarcation montée par deux ou trois des hommes d’Harry Markel.

Eh bien, n’était-il pas à craindre que les constables, ayant inutilement fouillé les tavernes du quartier, ne continuassent leurs recherches dans les rues et sur les quais ?… Que l’un des fugitifs fût reconnu, tout serait découvert… Une chaloupe à vapeur se rendrait immédiatement dans l’anse Farmar avec une escouade de police, les agents prendraient possession de l’Alert, et toute la bande retomberait entre leurs mains…

Aussi, quand les passagers seraient à bord, on ne leur permettrait plus de débarquer, dût le retard se prolonger pendant quelques jours. D’ailleurs, dès la nuit prochaine, qui sait si Harry Markel ne parviendrait pas à se débarrasser d’eux comme il s’était débarrassé du capitaine Paxton et de son équipage ?…

Harry Markel fit alors les dernières recommandations. Ses compagnons ne devaient pas l’oublier : ils n’étaient plus les gens de l’Halifax, les échappés de la prison de Queenstown… ils étaient les matelots de l’Alert, pour cette journée tout au moins. Ils auraient à se surveiller, à ne pas prononcer une parole imprudente, à prendre l’allure d’honnêtes marins, à « avoir de la tenue », comme le dit John Carpenter, à faire honneur à cette généreuse Mrs Kethlen Seymour !… Tous comprirent bien le rôle qu’ils avaient à jouer.

En attendant, et jusqu’au moment où l’embarcation serait repartie, ordre leur fut donné de ne se montrer que le moins possible… Ils resteraient dans le poste… Le maître d’équipage et Corty suffiraient à l’embarquement des bagages, à l’installation des passagers.

Quant au déjeuner, la table serait servie dans le carré, — un bon déjeuner dont la cambuse de l’Alert fournirait le menu. C’était l’affaire de Ranyah Cogh, et il se proposait d’étonner par ses talents culinaires.

Le moment était venu d’opérer ainsi que l’eussent fait le capitaine Paxton et son équipage. Le canot n’était plus qu’à quelques toises, et, comme il ne fallait pas que personne ne fût là pour recevoir les passagers, Harry Markel s’avança vers l’échelle de tribord.

Il va sans dire qu’il avait revêtu l’uniforme de l’infortuné capitaine, et que tous ses compagnons portaient les habits trouvés dans le poste.

L’Alert fut alors hélé par les marins de l’embarcation, et Corty envoya une amarre, qui fut attrapée à la gaffe, puis tournée à l’avant.

Tony Renault et Magnus Anders, se hissant les premiers par l’échelle de corde, sautèrent sur le pont. Leurs camarades les suivirent. Puis ce fut le tour de M. Horatio Patterson, que John Carpenter aida très obligeamment à franchir la coupée.

On s’occupa aussitôt de transporter les bagages, simples valises peu lourdes et peu encombrantes, — affaire de quelques instants.

Les marins du canot ne montèrent donc pas à bord. Déjà réglés par M. Patterson et gratifiés d’un bon pourboire, ils débordèrent et reprirent la direction du port.

En ce moment, le mentor, toujours correct, s’inclina, disant :

« Le capitaine Paxton ?…

— C’est moi, monsieur », répondit Harry Markel.

M. Patterson fit un second salut empreint d’une exquise politesse, et ajouta :

« Capitaine Paxton, j’ai l’honneur de vous présenter les pensionnaires d’Antilian School, et de vous offrir l’assurance de ma parfaite considération et de mes plus respectueux hommages…

— Signé Horatio Patterson », murmura à l’oreille de Louis Clodion ce loustic de Tony Renault, qui salua avec tous ses camarades le capitaine de l’Alert.