Bouquets et prières/L’Enfant et la Foi


L’ENFANT ET LA FOI.


Italie.

 
Prompt ramier, fleur des toits, d’où viens-tu ce matin ?
Quel espoir t’enlevait par ce temps incertain,
Lourd de pluie,
Chaud d’éclairs ;
Le printemps descend-il sur ton aile qui plie ?
Tes amours logent-ils dans un nid haut et clair ?
D’où viens-tu : de chez toi ; car ton sol est dans l’air !

Voyageur des grands cieux ! souffle errant ! esprit pur !
N’as-tu pas rencontré dans tes sillons d’azur,
Albertine,
Âme en fleur ?
Assise au seuil de Dieu cette pâle églantine,
Qui m’attend, inclinée au bruit de nos malheurs,
A-t-elle encor des yeux pour regarder mes pleurs ?

Sur ses chastes genoux tient-elle un jeune enfant,
Envolé par la mort vers son Dieu triomphant ?
Ce bel ange
Fut à moi !
En te voyant monter de la terre, où tout change,
Tend-il ses douces mains pour jouer avec toi,
Comme l’enfant Jésus qui relève ma foi !

Toi qui flottes vivant dans les mondes plus beaux,
Sans passer comme nous par l’effroi des tombeaux,
Prends, et donne
Cet écrit,
À celle que le pauvre appelait sa Madone ;

Porte mon baiser triste à l’enfant qui sourit,
Et qui me laissa seule aux pieds de Jésus-Christ.

Oh ! qui me les rendra, mes divines amours !
Oh ! que faut-il donner pour les garder toujours !
Ce que j’aime
Change, ou meurt !
Mais, la vie a des flots qui m’enlèvent moi-même,
Et chaque battement de mon sein en rumeur,
Est un pas vers ton ciel où frappe ma clameur.

Que tu sois la foi vive, ou sa sœur charité,
Ou l’enfant, dont ta forme enferme la beauté,
Reparue
Ici-bas,
Aide une âme à franchir les pavés de la rue ;
La fange des ruisseaux qui consterne mes pas ;
Et la foule déserte, où tu ne descends pas !