Biographie universelle ancienne et moderne/1re éd., 1811/Thémines (Alexandre-François-Amédée-Adon-Anne-Louis-Joseph de Lauzière de)


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THÉMINES (Alexandre-François-Amédée-Adon-Anne-Louis-Joseph de Lauzière de), évêque de Blois, naquit à Montpellier, le 13 février 1742. S’étant destiné à l’état ecclésiastique, il devint grand-vicaire de Senlis et aumônier du roi. Thémines n’avait que 34 ans lorsque Louis XV l’éleva à la dignité épiscopale. Il fut sacré à Paris, le 6 octobre 1776, et il alla prendre le gouvernement de son diocèse, où il montra des talents, de l’instruction et du zèle, mais aussi un peu de cette singularité qui devait signaler sa longue carrière. Nous ne savons quel intérêt mal entendu de la religion le porta à supprimer plusieurs fêtes que des réclamations générales le forcèrent ensuite de rétablir. À l’assemblée du clergé de 1788, on fut surpris de le voir opiner pour demander au roi le retour du parlement de Paris, alors exilé à Troyes. Ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, il fut remplacé par le fameux Grégoire, qui fut sacré le 31 mars 1791. Malgré le nouveau prélat intrus, Thémines ne se montra nullement disposé à quitter son siége. Il avait même prévenu, par une vigoureuse lettre pastorale du 11 février 1791, les fidèles de son diocèse contre les innovations de l’assemblée nationale. Mais comme sa présence importunait les perturbateurs, on employa la terreur et les menaces pour l’éloigner. Un attroupement de séditieux se rassembla de nuit autour de sa demeure, en proférant contre lui des cris de mort. Le lendemain, le directoire du département l’invita à sortir dans le jour de la ville de Blois, et dans deux jours de l’enclave du département. Il se retira d’abord en Savoie et publia de Cbambéry, le 25 juin 1791, une lettre longue et motivée contre l’élection de Grégoire et contre ses adhérents. Ce qu’il y eut de singulier, c’est qu’à la même époque Grégoire affecte de faire en chaire l’éloge d’un évêque que son intrusion avait forcé de s’expatrier. De Cbambéry, Thémines passa en Espagne où il habita la ville de Saint-Sébastien. Il y trouva son ancien collègue, S. E. Mgr de la Neuville, évêque de Dax. Ces deux prélats ainsi réunis se consacrèrent avec un noble empressement, au soin de consoler et de secourir tous les Français que la persécution avait chassés de leur patrie. L’armée républicaine ayant pénétré, en 1792, en Espagne, les émigrés furent forcés de s’éloigner de la frontière. Thémines, s’était retiré à l’intérieur du royaume, dans un couvent. Là il édifia tous les religieux par sa profonde piété ; et lorsqu’une autre invasion l’obligea de chercher un asile en Angleterre, des regrets touchants et unanimes l’accompagnèrent à son départ. Il était encore en Espagne, à Pontevedra, lorsqu’il écrivit le 21 octobre 1801, au pape Pie VII, qu’il le priait de le regarder comme démis de son siége, si la plus grande partie de ses vénérables collègues lui avaient fait le sacrifice de leurs chaires. Ce sacrifice avait été fait, et cependant il s’engagea de nouveau dans une voie d’opposition et de résistance ; il fut le reste de sa vie un des plus opiniâtres adversaires du concordat de 1801. On a dit souvent qu’un pareil traité qui créait, en quelque sorte, une nouvelle Eglise de France sur les débris de l’ancienne, n’avait pu être conclu qu’en violant toutes nos libertés. C’est là une erreur trop facilement adoptée par l’irréflexion, et qu’ont également propagée par une bizarrerie inconcevable ceux qui tiennent à ces maximes et ceux qui les rejettent. Pour avoir une juste idée de nos antiques libertés, il faut consulter Bossuet, plutôt que les compilations sans autorité des Fevret et des Pithou, qu’a toujours repoussées l’épiscopat français. Or Bossuet, dont on ne récusera pas l’autorité, dit formellement, dans sa Déclaration du clergé de France, que malgré tous nos canons et toutes nos coutumes, malgré toutes nos libertés, il n’est rien dans tout le droit ecclésiastique que le pape ne puisse faire, quand la nécessité le commande. Et en s’exprimant ainsi, il n’est pas moins l’interprète du bon sens que de la plus pure doctrine et de la plus saine tradition. Si les lois sont faites, non pour le mal, mais pour le bien, elles laissent par la même au pape le droit et le pouvoir d’examiner dans quel cas elles sont nuisibles ou profitables, et dans quel cas aussi, par conséquent, il peut s’élever au-dessus d’elles sans les violer. Au reste les évêques qui se démirent de leurs siéges n’étaient pas moins gallicans que leurs collègues qui ne crurent pas devoir suivre leur exemple. Il suffit de nommer le cardinal de la Luzerne et le cardinal de Bausset. Ce fut pendant son séjour à Londres que Thémines s’avisa de se déclarer pour le gouvernement de fait, que Napoléon exerçait en France. Il écrivit à sa Majesté Impériale et Royale une lettre, datée du 14 juin 1811, qu’il finissait par la formule de soumis et fidèle serviteur et sujet. Une si étrange démarche de la part d’un évêque qui avait fait valoir, parmi ses motifs d’opposition au concordat, la fidélité qu’il devait au roi, étonna tout le monde. En vain ses collègues s’efforcèrent de prévenir cet éclat, toutes leurs tentatives furent infructueuses. Thémines envoya et fit imprimer cinq lettres qu’il réunit dans un volume. La première était, comme nous l’avons dit, adressée à Napoléon ; la seconde, du 30 juin, même année, au prince de Talleyrand, les trois autres au pape, au concile de 1811, au clergé et aux fidèles de son diocèse. Se prétendant administrateur de la province ecclésiastique de Paris, pour le spirituel, il consentait à reconnaître Napoléon pour son souverain, à condition que celui-ci, à son tour, reconnaîtrait ses pouvoirs et sa juridiction. On pense bien que le marché ne fut pas accepté. Cet ouvrage est extrêmement rare. Le libraire de Londres qui avait acheté le manuscrit fut averti des dangers d’une pareille publication pour la cause des Bourbons, et, sans être arrêté par ses intérêts particuliers, il brûla l’édition presque entière. Thémines dut être un peu honteux d’avoir ainsi blessé un prince que sa position devait lui rendre plus vénérable et plus sacré, et de s’être aliéné le coeur de ses collègues et de tous les Français qui partageaient son exil. Tous les salons de l’émigration lui furent fermés, et il vécut pendant quelque temps dans la retraite ; mais il paraît qu’il se réconcilia depuis avec les évêques, et qu’il recouvra les bonnes grâces de Louis XVIII. Il ne rentra cependant pas en France avec la Restauration. Le 25 août 1817, il officia pontificalement, à l’occasion de la fête de St-Louis, dans la chapelle catholique de Kinq’s-Street, en présence de l’ambassadeur de France ; et il prononça un long discours, dans lequel il déclara qu’il était et serait évêque de Blois, jusqu’à la mort. Le 15 octohre de la même année, il écrivit au roi qu’il eût à faire cesser dans son diocèse le scandale de son absence et de son silence, et que le moment en était arrive. Il paraît que le roi n’en jugea pas de même, car le prélat ne retourna point à Blois. Voulant à toutes forces éclairer la religion du prince, il lui écrivit le 20 décembre une seconde lettre. Cette fois il ne parle plus de son retour dans son ancien diocèse, il se contente de maltraiter la cour de Rome, qu’il accuse d’expressions et de formes toutes profanes et anti-apostoliques, ce qui n’est ni vrai, ni respectueux. Dans sa dernière lettre, du 27 décembre, il s’annonçait comme l’évêque antique de la métropole, et disait qu’il en remplissait les devoirs sous le voile, dans la discrétion et les mesures que les circonstances et le respect commandaient. On ne voit pas trop quel est l’objet précis de cette lettre, à moins qu’on n’y reconnaisse un acte de juridiction qu’a voulu faire l’évêque antique. En 1829 Thémines quitta l’Angleterre et se retira à Bruxelles. Cette brusque détermination dans un âge si avancé étonna ses amis. Frappé par une maladie mortelle, il appela à ses derniers moments le curé de Saint-Jacques de Caudenberg M. T’Sas. Celui-ci voulut s’assurer de ses sentiments et lui demanda s’il avait exercé des pouvoirs dans son ancien diocèse depuis le concordat de 1801. Sur la réponse affirmative du prélat, il lui fit sentir que son zèle l’avait mené trop loin et qu’il ne pourrait lui administrer les sacrements, qu’il ne se déclarât obéissant au souverain pontife. Le malade fit quelques difficultés ; mais il sut gré au vertueux ecclésiastique de sa franchise, et il l’invita lui rendre d’autres visites. Dans une nouvelle entrevue il parut étonné, ébranlé, mais non encore converti. Enfin après de mûres réflexions, il se soumit aux bulles auxquelles il avait été si longtemps rebelle, et il adhéra à la déclaration exigée, en 1818, par M. Poynter, de tous les prêtres français résidant dans le district de Londres. Il renouvela, en présence du nonce Capaccini, sa rétractation et son adhésion aux mesures prises par Pie VII, sur les affaires de l’Eglise de France. Un acte en fut dressé par devant notaire et envoyé à Rome. Thémines mourut le 3 novembre 1829. M. de Sausin, évêque de Blois, instruit de la mort de son prédécesseur, publia, à cette occasion, un mandement empreint d’une charité évangélique, et où il se félicitait du retour sincère à l’unité, d’un prélat qui, depuis plus de vingt-cinq ans, était regardé comme le chef d’un parti. Des services solennels furent célébrés à Blois, à Vendòme, et dans l’ancien diocèse qu’avait administré de Thémines. Ce prélat fit à l’hospice des Urselines de Bruxelles un legs de 25,000 francs, et un autre de pareille somme à un hôpital de la Vendée. D—s—e.



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