Biographie nationale de Belgique/Tome 3/BREYDEL, Charles

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BREYDEL (Charles), dit le Chevalier, peintre de paysage, batailles, chocs de cavalerie, campements, animaux, etc., naquit à Anvers, en 1677, et fut élève du vieux Rysbrack. Descamps publie de ce peintre une assez longue biographie dont nous n’oserions garantir l’exactitude. Cependant, faute d’autres données, il faut bien reproduire celles de Descamps, en se tenant en garde contre l’esprit léger et inventif de l’auteur. Donc Breydel, selon Descamps, descendrait du fameux boucher de Bruges, l’un des héros de la bataille des Éperons d’or. Le nom s’écrit de même, voilà ce qu’il y a de plus certain. Vers 1700, à peu près, le jeune artiste se mit en route vers l’Italie; il prit le chemin de l’Allemagne et s’arrêta d’abord à Francfort, puis à Nuremberg; il s’apprêtait à se diriger vers le midi, lorsque la nouvelle du séjour de son frère François à la cour de Hesse-Cassel le détermina à aller l’y rejoindre. Pendant deux ans, les frères travaillèrent en commun, reçurent beaucoup de commandes et obtinrent du succès. Le goût du voyage d’Italie était passé chez Charles Breydel, puisqu’en quittant son frère, il rebroussa chemin vers le nord et se rendit à Amsterdam. Il y connut le marchand de tableaux Jacques De Vos qui lui fit copier les Vues du Rhin de Griffier; c’est l’origine de sa première manière, comme nous le verrons plus loin. Après un séjour en Hollande, Breydel revint dans sa ville natale, sans projets arrêtés; il y fit la connaissance d’une jeune fille, Anne Bullens, et l’épousa. Selon Descamps, après avoir eu cinq enfants de sa femme, il abandonna son ménage sans plus jamais s’en informer. Voilà toutefois une de ces assertions comme l’auteur français en prodigue volontiers et qui nous paraît fort douteuse. Si Breydel eût, en même temps, quitté le pays, ce récit aurait plus de vraisemblance; mais il voyagea simplement de Gand à Bruxelles, alternant sa résidence entre ces deux villes. Or, l’abandon d’une femme et de cinq enfants, à l’époque où vivait notre peintre, devait être bien difficile à effectuer et le séjour de celui-ci à une si petite distance de sa famille, paraît peu admissible.

En 1724, à quarante-sept ans par conséquent, Breydel arrive à Bruxelles, et y est reçu, dit Descamps, dans la maison de Van Helmont, peintre d’histoire et de portrait. Il doit s’agir ici de Zeger Jacques, fils de Mathieu, qui alla habiter Bruxelles et y mourut en 1726, âgé de quarante-trois ans. C’est sans doute le décès de cet ami qui dégoûta Breydel du séjour de Bruxelles, car, en 1727, il alla s’établir à Gand. Il y retrouva le peintre et amateur de tableaux, Marissal, qu’il avait connu chez Van Helmont. Ce nouvel ami le recommanda et lui procura une foule de travaux. A Anvers, il avait imité Breughel de Velours; à Gand, il se mit à peindre les batailles et les scènes militaires qui sont, à coup sûr, ses meilleures productions. Mais le chevalier Breydel paraît avoir eu un esprit inquiet et le goût du changement, autant dans ses ouvrages que dans les diverses phases de son existence. Il alla de nouveau résider à Bruxelles; ce second séjour fut de courte durée, et, en 1737, il était revenu à Gand. Il avait alors soixante ans et travailla avec plus d’ardeur que jamais, pouvant à peine suffire à toutes les commandes. Descamps ajoute qu’il mit autant d’ardeur à la dissipation qu’au travail et que dès lors, jusqu’à sa mort, il eut de violentes attaques de goutte qui parfois rendaient ses mains incapables de travail, pendant des mois entiers, « punition de tant d’excès » ajoute l’auteur étranger. Nous n’acceptons ces allégations que sous bénéfice d’inventaire. Breydel mourut en 1744, âgé de soixante-sept ans, et fut un des artistes les plus féconds que notre pays ait produits. Ces faits ne correspondent guère avec l’inconduite, les excès, la dissipation. Il serait dès lors injuste de condamner l’existence privée de Breydel qui n’a que Descamps pour juge. Cet auteur dit que l’artiste fut enterré à Saint-Bavon, mais sans nous en fournir aucune preuve.

Si la partie biographique du travail de Descamps inspire peu de confiance, son jugement sur le talent du peintre nous paraît fort admissible; il est tracé avec exactitude. Sans aucun doute Breydel dut être un esprit versatile; il tâtonna toujours, changea souvent, pasticha beaucoup, et, ce qui est pire, il fut parfois un plagiaire effronté. Doué d’une facilité extraordinaire pour saisir les diverses manières des peintres, il en abusa; il se donna rarement la peine de regarder la nature ou d’inventer à son tour. Les Vues du Rhin, de Griffier, furent d’abord l’objet de ses imitations, mais il les exécuta avec un vrai talent, une jolie couleur, une touche spirituelle dans les petites figures qu’il y plaçait. Arrivé à Anvers, il y trouva la mode aux Breughel de Velours; toute une école imitait ce peintre et sans doute aussi son fils. Breydel fit comme tout le monde avec son talent ordinaire; mais il trouva de rudes concurrents dans la tribu des Van Bredael; enfin, en dernier lieu, il lui tomba sous la main des estampes de Vander Meulen et il s’éprit de ce genre. C’est son meilleur temps, surtout lorsque quelques études d’après nature vinrent le sauver du conventionnel. Il exécuta de fort jolis petits tableaux de scènes militaires, très-goûtés des amateurs; il les fit sur cuivre, sur fer-blanc, sur plaques d’argent et sur toile. Il composait facilement; sa couleur était le plus souvent harmonieuse, spirituelle et claire; son pinceau est ferme, son dessin assez correct, mais il est inégal et ses qualités disparaissent lorsqu’il se néglige. On trouve de ses œuvres qui sont tout à fait dans la manière de Wouwerman. La plupart des cabinets renommés possédaient des tableaux de Breydel. Aujourd’hui, nous ne connaissons guère que le Musée de Bruxelles parmi les galeries publiques, qui puisse montrer des œuvres de ce maître. Il en possède deux; ce sont des Chocs de cavalerie qui paraissent être des épisodes des guerres des Turcs contre l’Empire; ils sont tous deux signés, mais non datés. La célèbre galerie du duc d’Arenberg, à Bruxelles, possède également de lui un Combat de cavaliers.

Ad. Siret.