Biographie nationale de Belgique/Tome 1/BASSE, Frédéric

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BASSE (Frédéric), industriel, né à Bruxelles en février 1785, mort le 30 juin 1848. Issu d’une famille française qui avait émigré en Westphalie, à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, le père de Frédéric Basse vint se fixer à Bruxelles, lorsque Joseph II eut introduit la tolérance civile dans ses États des Pays-Bas. Il y érigea, sous le régime français, une fabrique d’impressions sur coton, à laquelle, après lui, son fils donna des développements qui en firent l’un des plus importants établissements du pays en ce genre. Frédéric Basse, l’un des premiers, imprima sur planches de cuivre ; on sait que l’impression au rouleau n’est venue qu’après : il s’appropria d’ailleurs toutes les améliorations dans les procédés de fabrication dues au génie industriel de l’Angleterre. Les progrès qu’il avait réalisés se manifestèrent avec éclat à l’exposition des produits de l’industrie nationale, à Gand, en 1820, où la médaille d’or lui fut décernée. Rien de plus flatteur que le langage tenu à son égard par la commission centrale à laquelle fut déféré le jugement des produits exposés : « Les cotons imprimés de Frédéric Basse, dit-elle dans son rapport, se distinguent par la grande légèreté et l’extrême finesse des dessins, ainsi que par la vivacité et la délicatesse des couleurs. Basse a prouvé que dans sa fabrique on connaît parfaitement tous les procédés de la meilleure fabrication, et qu’on les y emploie avec beaucoup de goût et de discernement. Cette fabrique est d’ailleurs très-considérable ; ses impressions, dans le genre qu’elle a principalement adopté, sont supérieures, pour le dessin, les couleurs, l’éclat et la fixité de celles-ci, aux impressions anglaises[1]… » A l’exposition de Harlem, en 1825, Basse soutint, il accrut même la réputation qu’il s’était faite[2] ; il en fut récompensé par la croix de l’ordre du Lion Belgique que le gouvernement du roi Guillaume Ier ne prodiguait pas. Ceux qui se souviennent de l’exposition de Bruxelles en 1830, témoigneront des nouveaux efforts qu’il avait faits pour perfectionner encore les différentes parties de l’impression sur coton et du succès qui les avait couronnés. Cependant, soit qu’il fût découragé par la perturbation que les événements politiques de cette époque causèrent dans les affaires industrielles et commerciales, soit pour d’autres motifs, il ferma sa fabrique peu d’années après.

Aux connaissances du chef d’industrie, Basse, qui avait beaucoup lu et beaucoup étudié, joignait celles du financier, de l’économiste et de l’administrateur. Il avait siégé au conseil municipal de Bruxelles à partir de l’organisation des régences, en 1817, jusqu’en 1830 ; il était membre des états provinciaux depuis 1822 ; il avait été appelé, en 1825, à faire partie du conseil des directeurs de la Société générale pour favoriser l’industrie nationale : dans ces fonctions diverses, il fit preuve d’une vive intelligence, d’un jugement solide, d’un zèle ardent pour le bien public. Au mois d’août 1830, lorsque éclatèrent les premiers mouvements qui devaient aboutir à une révolution, le commandement de la garde bourgeoise lui fut offert : il s’excusa de l’accepter, non qu’il ne fût prêt à payer de sa personne pour le maintien de la tranquillité et de l’ordre, mais parce qu’il croyait que d’autres rempliraient mieux que lui ce poste difficile ; il refusa de même, plus tard, le mandat de représentant dont le collège électoral de Bruxelles l’avait investi. Les fonctions de membre du conseil provincial furent les seules dans lesquelles il se montrât jaloux d’être continué : il les conserva jusqu’à sa mort.

Depuis qu’il avait renoncé à faire de l’industrie pour son propre compte, Basse avait concentré toute son activité dans la gestion des intérêts qui lui étaient confiés comme l’un des directeurs de la Société générale. Il fut, en cette qualité, chargé principalement, dans le courant de l’année 1841, des négociations qui donnèrent au bassin de Charleroi, par la canalisation de la Sambre française, une voie directe jusqu’à Paris. Ce résultat était important pour la France autant que pour la Belgique ; le gouvernement du roi Louis-Philippe, voulant reconnaître la part que Basse y avait prise, lui conféra la croix de la Légion d’honneur (24 décembre 1841). Le roi Leopold Ier l’avait nommé chevalier de son ordre dès le 23 octobre 1836.

Par l’élévation de son caractère, par sa droiture, par les services qu’il avait rendus à la chose publique, Basse s’était acquis l’estime générale de ses concitoyens.

Gachard.


  1. Rapport de la commission centrale sur les produits de l’industrie nationale, exposés à Gand au mois d’août 1820. La Haye, 1820 ; in-8°, p. 89.
  2. Rapport de la commission supérieure sur les produits de l’industrie nationale exposés à Harlem, dans les mois de juillet et août 1825. La Haye, 1825 ; in-8°.