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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 139-141).




MAXIME DU CAMP


1822




Au sortir du collège, Maxime Du Camp, comme un libre oiseau qui prend l’essor du côté de la lumière, fit son premier voyage en Orient, d’où il rapporta des impressions ineffaçables.

Voyageur, publiciste, romancier, poète, Maxime Du Camp a donné comme prosateur (pour citer ses principaux ouvrages) Souvenirs et Paysages d’Orient (1848), Mémoires d’un Suicidé (1853), Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie (1874), Les Convulsions de Paris (1879), et Souvenirs littéraires (1883).

Comme critique d’art, il a publié plusieurs Salons et un Voyage en Hollande, d’un vif intérêt pittoresque.

Nous devons au poète deux volumes : Chants modernes (1855) et Convictions (1858). Dans les Chants modernes, la désespérance de l’ancien romantisme jette çà et là sa note funèbre un peu incohérente, mais les hauts faits de la grande industrie contemporaine ont éveillé surtout le lyrisme de l’auteur qui glorifie dignement les travaux herculéens des classes déshéritées. Le volume des Convictions est remarquable par un accent de sincérité et de fière indépendance, qui relève bien l’homme, un abrupt civilisé qui prétend n’appartenir à aucune classe, à aucune coterie, et qui n’a publié ses vers qu’à rares intervalles, au gré de sa libre fantaisie, dans sa vie errante et active à la fois.

Maxime Du Camp a été élu de l’Académie française en 1880.

Ses œuvres ont été publiées par Hachette.

André Lemoyne.



OÙ DONC ?




Connaissez-vous, vertes Océanides,
Vous qui nagez dans les Océans bleus,
Vous qui dormez, sous les grottes humides,
Sur des fucus moins longs que vos cheveux ;

Vous qui chantez, de vos voix indécises,
Ces chœurs lointains, paisibles et charmants
Qui, chaque soir, sur les ailes des brises
S’en vont mourir vers les grands bois dormants ;

Connaissez-vous, reines des coquillages,
Des durs coraux et des tritons squameux,
Vous dont le pied foule toutes les plages,
Les antres frais et les rochers brumeux ;

Vous qui courez de l’équateur aux pôles,
Parlant d’amour aux oiseaux voyageurs,
Et qui fendez de vos blanches épaules
Les flots couverts par les algues en fleurs ;

Vous qui, perçant l’horizon de nos rêves,
Levez au ciel vos yeux étincelants,
Vous dont le souffle amène sur les grèves
Les naufragés aux cheveux ruisselants ;

Connaissez-vous sur la mer sans limite,
Vers le pays des désirs éperdus,
Aux régions que nul homme n’habite,
Bien loin du monde et sous des cieux perdus,


Connaissez-vous une terre propice,
Un vallon pur, un horizon vermeil,
Une île, un port, un rocher où je puisse,
En liberté, vivre seul, au soleil ?




CECI TUERA CELA




Les échafauds sont hauts ! De longues étincelles
Brillent en jaillissant sur les glaives froissés ;
Les rouges bastions ont de larges fossés ;
Le fusil resplendit aux mains des sentinelles !

Les canons accroupis autour des citadelles
Touchent de leurs affûts les boulets entassés ;
Dans le champ du combat les soldats sont massés ;
Sous le ciel le vautour ouvre ses vastes ailes !

Quel tonnerre forgé par la main des Titans
Pourra briser jamais les canons éclatants,
Les glaives meurtriers allongés sur l’enclume,

Renverser l’échafaud, jeter les tours à bas,
Et combler les fossés abreuvés de combats ? —
Qui donc tuera la guerre ? — Un frêle outil, — la plume !