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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 264-267).




CAMILLE DELTHIL


1834




Camille Delthil, né à Moissac (Tarn-et-Garonne) le 30 juin 1834, a débuté dans la poésie par les Poèmes Parisiens, publiés séparément sous l’Empire, et réunis ensuite en un volume (1873).

Il a donné depuis deux recueils nouveaux : Les Rustiques (1875) et Les Lambrusques (1884), ainsi qu’un poème : Les Martyrs de l’Idéal (1882). M. Camille Delthil a le plus souvent peint et chanté sa province natale, le Quercy. La plupart de ses compositions sont pleines de fraîcheur et d’originalité.

Ses poésies se trouvent chez A. Lemerre.

A. L.






Sur les flancs d’un coteau riant et pittoresque,
Au fond du vieux Quercy se dresse gigantesque
Un antique manoir par le temps respecté.
Les tours ont conservé leur sombre majesté,
Et jamais du maçon la truelle brutale
Ne racla de ses murs la mousse féodale.

Au loin, l’on aperçoit le miroir transparent
D’un fleuve au sinueux et rapide courant.
De sombres peupliers, bataillons immobiles,
Gardent depuis cent ans ses bords frais et tranquilles,
Exhalant en avril l’odeur des fenaisons.
Dans un coin du tableau, quelques blanches maisons
Semblent escalader la côte ; un presbytère,
Sous les treillis en fleur, se cache avec mystère.
Parfois le cri d’appel des robustes meuniers,
Les grelots des mulets, le chant des mariniers
Font retentir gaîment l’écho de ces rivages,
Et mugir les grands bœufs au fond des pâturages.

(Poèmes Parisiens)








MATINÉE D’OCTOBRE



Au loin blanchit déjà la lueur matinale.
Les cieux vers le couchant sont encore étoilés.
Les coteaux endormis et de brume voilés
Frissonnent doucement dans leur robe automnale.

Les coqs chantent, pareils à de joyeux clairons ;
Un âne brait, un bœuf mugit, la terre grise
S’éveille lentement au souffle de la brise.
Par les chemins montants viennent les vignerons.

Dans le creux d’un vallon un basset implacable
Jette aux échos troublés quelques brusques abois.
Un air plus frais descend de la cime des bois
Et court tout imprégné des senteurs de l’étable.


La nuit a cependant replié son décor,
L’horizon s’illumine en accusant sa forme,
Et le soleil paraît avec son disque énorme,
Traînant comme un manteau de pourpre à franges d’or.

(Les Rustiques)



LE MOULIN À VENT


Coiffé de son bonnet pointu,
Déployant sa longue envergure,
Le vieux moulin comme un augure
Demande au ciel : « Quel temps fais-tu ? »

Et le meunier blanc de farine,
Tantôt sifflant, tantôt rêvant,
Semble toujours flairer le vent,
Du bout de sa large narine.

Le vent souffle, il s’est levé tard ;
Tourne, moulin, de tes bruits d’ailes
Effarouchant les hirondelles
Qui s’assemblent pour le départ…

Tourne, tourne, voici la brise…
Et, de loin, le regard surpris
Voit l’énorme chauve-souris
Tournoyer dans la brume grise.

(Les Rustiques)



CHANSON DE DÉCEMBRE



Il est parti, le bon temps des ivresses ;
Il est parti, le beau temps des amours.
L’Automne fuit, emportant ses caresses,
Voici décembre avec ses tristes jours.

Il est parti, le beau temps des amours ;
Le soleil pleure, et la terre est frileuse.
Voici décembre avec ses tristes jours,
Prends ton rouet agile, ô ma fileuse !

Le soleil pleure, et la terre est frileuse,
Nous n’irons plus dans le petit sentier.
Prends ton rouet agile, ô ma fileuse !
Nous rêverons des fleurs de l’églantier.

Nous n’irons plus dans le petit sentier ;
Sœur de l’hiver, la vieillesse est chagrine.
Nous rêverons des fleurs de l’églantier
Près du foyer enfumé de résine.

Sœur de l’hiver, la vieillesse est chagrine ;
Ô ma fileuse ! il est temps de dormir.
Près du foyer enfumé de résine
Laissons flotter un léger souvenir.

Ô ma fileuse ! il est temps de dormir.
Tes doigts glacés ont de lourdes paresses.
Laissons flotter un léger souvenir :
Il est parti, le bon temps des ivresses.

(Les Lambrusques)