Anthologie de la littérature japonaise : des origines au XXe siècle/03

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courant du pinceau », ne suivent aucun ordre quelconque. Ce sont des livres d’impressions qui ne relèvent que de la fantaisie personnelle, des mélanges qui tiennent à la fois de nos a Essais », de nos « Pensées », de nos « Caractères », de mot « Mémoires ». et où triomphe, comme on pouvait s’y attendre, l’art délicat des Japonais. On en va juger tout de suite par le Makoura no Sôshi de Soi Shônagon.

SËI SHÔNAGON

Sèi Shônagon mérite une étude particulière, d’àbdrd parce qu’elle fut un type de femme très intéressant, ensuite parce que le genre qu’elle inaugura atteignit du premier coup, avec son livre d’esquisses, une excellence que ne devait égaler aucun des impressionnistes postérieurs.

La date de sa naissance peut se placer vers l’an 968*. On suppose, sans preuves décisives, que son nom véritable était Takoushi ou Akikb. Son surnom s’explique, comme celui de Mouragaki Shikibou, par la combinaison d’un nom de famille avec un titre décoratif, Shônagon désignant un troisième sous-secrétaire d’Etat, et Sei étant la prononciation chinoise du caractère qui forme le premier élément du mot Kiyowara (« Champ pur »j, nom de la famille à laquelle elle appartenait. En effet, son père n’était autre que le poète Kiyowara no Motoçouké, un des rédacteurs du Gocénnshou*, qui descendait lui-même du prince Tonéri, le compilateur du Rihonnghi. D’après une autre version, elle Serait née d’un certain Akitada, gouverneur de Shimôça, et Motoçpuké l’aurait seulement adoptée, en lui donnant par suite le nom de famille qui apparaît dans son surnom. Peu importe d’ailleurs : à défaut d’une hérédité certaine, nous savons tout au moins qu’elle grandit dans une famille dont se» propres écrits allaient refléter bientôt la culture historique et le talent littéraire ; car, si elle fut moins docte que Mouraçaki Shikibou, si elle eut en revanche plus de verve spontanée, elle devait ressembler à son émule par le même heureux mélange de l’érudition et du goût. La situation de son père, adoptif ou non, lui permit de devenir dame d’honneur de Sadako, l’épouse préférée de l’empereur Itchijô. Entrée à la cour, vers 990) comme une jeune fille modeste et timide 3 , Sei Shônagon s’y fit 1. En effet, elle devait avoir sept ou huit ans de plus que son impératrice, Sadako, qui mourut à 24 ans en l’an 1000. 2. Voir plus haut, p. 111. n. 3, et p. 117, n. 3. — L’arrière-graii dpère, Kiycwara no Foukayabou, fut aussi un bon poète (v. p. lOÔJ. 3. D’aprèê ce qu’elle-même noua raconte (Makoufîk fit) Sèà/ii» livre IX, chap. XCVI).

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196 ANTHOLOGIE DE LA LITTERATURE JAPONAISE

bientôt remarquer par nn esprit trop vif pour n’ôtre pas quelquefois mordant ; on raconte quj les courtisans, qui redoutaient ses plaisanteries, pâlissaient à sa seule approche. Ces qualités d’enfant terrible ne la firent que mieux aimer de la douce impératrice qui l’avait prise sous sa protection. Mais, peu d’années après, l’ambitieux Mitchinaga », voulant imposer sa fille, Jôtô Mon-inn, à l’empereur, parvint à faire écarter Sadako. Sei Shônagon, dont le cœur valait peut-être l’esprit, resta fidèle à l’abandonnée et consola ses derniers moments. A sa mort, en l’an 1000, elle se fit religieuse, ne vivant plus que d’aumônes, errant tantôt dans l’île de Shikokou, tantôt aux alentours de In capitale, où elle s’éteignit enfin et où se trouve son tombeau. Les Japonais, avec leur délicat symbolisme, comparent volontiers Mouraçaki Shikibou à une fleur de prunier, chaste, culée, Sei Shônagon à une fleur de cerisier, plus jolie, moins belle et d’une teinte rosée moins pure. Si nous traduisons ces poétiques images par des faits, nous constatons, à la vérité, que Mouraçaki Shikibou eut une conduite irréprochable, tandis que Sei Shônagon, d’allures plus libres, parait bien avoir connu l’amour sans s’être jamais mariée. Nous observons aussi, chez Mouraçaki, une élévation d’idées et de sentiments, une douceur de caractère, une indulgence surtout qu’ignorèrent toujours les victimes de Sei Shônagon, moqueuse, provocante, inexorable à toute sottise qui passait, vaniteuse à l’excès de cette merveilleuse présence d’esprit qui étonnait son entourage, mais dont elle tirait trop souvent des traits blessants pour les plus estimables dignitaires de la cour. Il est toujours bon de faire de l’esprit, excepté sur le dos des autres ; or Sei Shônagon trouvait un certain plaisir à ennuyer son prochain. Rien d’étonnant si ceux qui jalousaient son talent profitèrent de ces imprudences pour ne pas le lui pardonner, et pour répandre sur elle des bruits injurieux qu’il ne faut accueillir qu’avec une extrême prudence. Je ne crois pas, pour ma part, que Sei Shônagon ait été la femme lourde au physique et méprisable au moral que nous dépeignent certains de ses biographes 2 . Si elle n’avait pas été distinguée de sa personne, elle n’aurait pas raillé comme elle fait lestypes vulgaires qui excitaient son dégoût ; et si elle n’avait pas eu quelques dons du cœur, elle n’aurait pas gagné la profonde affection que lui voua son impératrice. Je ne crois pas non plus qu’elle ait jamais été l’espèce d’ivrognesse qu’on nous décrit : en ce cas, elle n’aurait pas représenté les buveurs commodes êtres détestables 8 . 1. Voir p. 225.

2. C’est notamment le portrait peu flatteur que semble adopter M. Florenz (p. 221-222).

3. Voir plus bas, Makoura no Sâshi, chap. XVII, § 5. , y

Epoque de héian 197

Je ne crois pas enfin que ces vices qu’on suppose l’aient fait chasser honteusement de la. cour : autrement, on l’aurait su, et Mouraçaki Shikibou, qui n’aimait pas cette rivale de mœurs trop libres et d’une fantaisie trop siugulière, qui a même tracé d’elle 1 une esquisse peu flatteuse où elle va jusqu’à l’accuser de ne pas savoir écrire correctement, ne nous aurait certes pas laissé ignorer un événement d’une telle importance 2 . A ces caricatures, opposez le portrait d’une de ces Françaises de l’ancien régime, hardies, garçonnières et spirituelles, qui scandalisèrent parfois la cour et la ville, mais qui n’en furent pas moins, au fond, des femmes plus sérieuses qu’on ne croirait, et vous vous ferez une plus juste idée de ce que lut jadis, au palais de Kyoto, leur lointaine sœur japonaise. MAKOURA NO SÔSHI»

Le Makoura no Sôshi, écrit par Sei Shônagon alors qu’elle était dame d’honneur, dut paraître sans doute dans les toutes premières années du xi* siècle 4 , à peu près en môme temps que le Ghennji Monogatari. On peut traduire ce titre par « Notes de l’oreiller », l’auteur désignant par là, comme il ressort de son Epilogue 5 , une liasse de papier blanc où elle jetait ses pensées intimes comme elle les eût confiées à son oreiller, un cahier où 1. « M»« Sei Shônagon a un caractère orgueilleux. Elle est forte en littérature. Pour déployer partout ses connaissances, elle se sert toujours de caractères chinois ; mais, quand on examine de près ce qu’elle a écrit, il y a bien des choses qui laissent à désirer... » {Mouraçaki Shikibou iïikki.)

2. C’est aussi l’opinion de M. Foujioka Sakoutarô, professeur à l’Université de Tokyo, dans son récent ouvrage sur la période de Héian : Kokouboungakou Zennshi, iâtëzan-f cAd-tenn, Tôkyô, 2« éd., 1906, p. 417.

3. Makoura no Sôshi, et non Makoura Zôshi, comme on l’écrit quelquefois ; car cette dernière prononciation éveille chez les Japonais ridée d’un livre pornographique. En 1901, une décision ministérielle suspendit une revue qui portait ce titre. 4. Vers le commencement de l’ouvrage, il est fait allusion à la retraite de l’empereur Kwazan (voir plus bas, p. 226), qui se produisit en Q86 ; vers la fin, il est question du général Toshikata et du ministre Maçamitsou, qui exercèrent leurs fonctions vers l’an 1002 ; par où nous voyons, tout au moins, que le Makoura no Sôshi ne fut achevé qu’après cette dernière date.

5. Voir ci-dessous, p. 223. Il n’est d’ailleurs pas certain que Sei Shônagon ait donné elle-même ce titre à son ouvrage, que les plus anciens documents appellent tout simplement Sei Shônagon no Ki, « le Livre de Sei Shônagon », et qui n’apparaît sous le nom de Makoura no Sôshi que chez les écrivains postérieurs ; mais, dans tous les cas, c’est l’Epilogue indiqué qui explique cette dénomination pittoresque.

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elle consignait ses impressions, aux heures de loisir, dans le secret de sa chambre, peut-être bien le soir, près de cet oreiller même, bref, une sorte de carnet de chevet. L’ouvrage est donc un recueil d’observations, d’anecdotes, de réflexions inscrites l’une après l’autre, au hasard des rencontres quotidiennes et sans aucun plan concerté. Si, à ce caractère général des zouïhitseu, on ajoute cette circonstance particulière que le manuscrit de Sei Shônag’on, en raison surtout de ses critiques contre maints personnages vivants, était destiné d’abord à rester’ secret ou à ne circuler qu’en cachette, on comprendra que le Makoura no Sôshi représente fatalement un pêle-mêle d’une oenfusion merveilleuse, et que le lecteur fatigué des procédés habituels de l’art littéraire soit heureux d’entrer dans cette forêt vierge pour en explorer le délicieux fouillis. Pour mettre en relief le caractère de l’ouvrage, il me suffira de rapprocher, après les personnes mêmes de Mouraçaki Shikibou et de Sei Shônagon, les deux chefs-d’œuvre qu’elles produisirent Le Ghennji Monogatari était l’expression d’une intelligence noble et passionnée, d’une imagination tout à la fois réaliste et romanesque, d’un esprit viril par sa force en même temps que porté d’instinct aux plus touchantes analyses des faiblesses, des souffrances et des attendrissements du cœur Immain. C’était, en second lieu, un roman d’une composition savante et raffinée, le travail d’un auteur qui sait choisir et ordonner avec art les diverses scènes d’an long récit. C’était enfin l’œuvre d’un pinceau savant, habile à manier les phrases et à combiner les mots en vue d’une perpétuelle élégance littéraire. Le Makoura no Sôshi, étranger à toute idée de gravité et de pompe, est l’invention légère d’une âme gaie et sémillante qui s’amuse de toutes les choses curieuses qu’elle perçoit, qui tantôt exprime de fines impressions devant les aspects changeants de la nature, tantôt contemple avec un sens esthétique non moins profond les belles cérémonies de la cour, tantôt se souvient avec bonheur de quelque histoire ou un chambellan, un prédicateur, un amant, un fanfaron, un fâcheux a joué un rôle ridicule, tantôt se rappelle un trait railleur qu’elle a décoché avec art dans une circonstance chère à son amour-propre, et raconte tout cela, sentiments, anecdotes, réflexions sur les mœurs, remarques de toute espèce, avec un parfait abandon. De composition, point : du moins pour qui considère le plan désordonné des chapitres, ou même l’incohérence fréquente de leur contenu ; mais çà et là, au milieu d’une longue série de menus propos isolés les uns des autres, ou même de simples énumérations (j’en ai compté jusqu’à quatre-vingts) où se trouvent cataloguées et classées les impressions les plus fugitives 1 , un t. On peu ! supposer, étant données les vastes connaissances de , y

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morceau plus étendu apparaît, on l’art se montre et qui fait voir que l’auteur de ces esquisses peut, à l’occasion, peindre tio tableau brillant, un pprtratt echeyéi ou mener à bonne fin une anecdote soutenue. Quant au style, tantôt d’une concision voulue et tantôt d’un cours facile, presque négligé, il sait prendre In tondes sujets les plus divers avec une admirable souplesse. Morne contraste enfin pour les vers qui, çà et là, étincelîent d.ms la prose de Mouraçaki ou de Sei. Ceux du Ghannji sont si parfaits que les critiques indigènes déclarent n’en trouver aucun qui soit inférieur aux autres ; peux du Makoura no Sôsbi, tout en faisant apparaître en pleine lumière la solide érudition, du l’auteur, reposent cependant plus volontiers sur quelque improvisation ou quelque adaptation ingénieuse que sur une réello inspiration, et si les lettrés japonais aiment à rapprocher les essais de Sei Shônagon des poésies chinoises qui en furent les modèles, ils ne songent guère à comparer ces jeux d’esprit aux nobles vers de la grande poétesse l . Où les deux chefs-d’ecu* vre se rencontrent, pourtant, c’est d’abord dans le réalisme, si précieux, qui nous permet de voir à travers leurs pages toute la civilisation japonaise du x* siècle ; et c’est aussi dans l’expression qu’ils nous donnent des sentiments humains les plus généraux. A cet égard, le Makoura no Sôshi vaut le Ghennji et parfois même le surpasse. En lisant telles maximes concises où Sei Shônagon, femme du monde hardie qui pousse le franchise jusqu’au cynisme, marque d’un trait mordant quelque vice hypocrite, on songe à La Rochefoucauld ; et quand on voit surtout tant de pages profondes où la terrible rieuse, si prompte à saisir tous les ridicules de la ville et de la cour, a mis en se jouant une pensée que signerait le meilleur des moralistes ou un portrait qui dresse devant nous l’image d’un caractère éternel, on ne peut s’empêcher de penser que le vieux Japon a eu aussi son La Bruyère.

Le Makoura no Sôshi comprend 157 chapitres, distribués en 12 livres 3 . Pour donner une idée aussi complète que possible de ce petit chef-d’œuvre japonais, je vais mettre ici, en traductions ou en analyses, les quatre premiers livres, c’est-à-dire le tiers de l’ouvrage entier 8 .

Sei Shônagon, qu’elle emprunta l’idée première de ses fameuses listes de « choses désolantes », « choses détestables », et la suite, à un ouvrage chinois, le Tsa-tsoan, ou « Collection mélangée », de là Nghishan (dynastie des Thang).

1. Pour saisir la différence, voir ci-dessus, p. 122 (n° 57 du ê/ya* kouninn-isshou) et p. 125 (n* 62).

2. Ou volumes (maki).

3. M. Florenz constate avec raison (p. 223) que le Makoura no Séahi est difficile à comprendre, même pour les Japonais lettrés, à cause des nombreuses allusions qui en obscurcissent le texte. Mais , y

200 ANTHOLOGIE DE LA. LITTERATURE JAPONAISE LIVRE PREMIER

i. — l’aurore du printemps 1

Ce qui me charme, au printemps, c’est l’aurore. Sur les monts, tandis que tout s’éclaire peu à peu, de fins nuages violacés flottent en bandes allongées. — En été, c’est la nuit. Naturellement, le clair de lune ! Mais aussi la nuit obscure, où les lucioles s’entre-croisent çà et là. Et même quand la pluie tombe, cette nuit me semble belle. — En automne, c’est le soir. Le soleil couchant, r lançant ses brillants rayons, s’approche de la crête des montagnes. Les corbeaux, qui se hâtent vers leurs nids, volent par trois, par quatre, par deux : c’est d’une tristesse ravissante. Et surtout, quand les longues files d’oies sauvages apparaissent toutes petites, quoi de plus joli ? Puis, quand le soleil a disparu, le bruit du vent, le chant des insectes, tout cela encore est d’une mélancolie délicieuse. — En hiver, de bonne heure, il vu de soi que la chute de neige est charmante. Et l’extrême candeur de la gelée blanche ! Mais, plus simplement, un très grand froid : vivement, on allume le feu, et on de là à prétendre (p. 229) que ce serait peine perdue de traduire ou même d’analyser un ouvrage qui veut qu’on écoute parler l’auteur lui-même, il y a une certaine distance. Assurément, il n’est pas plus commode de rendre en français le style de Sei Shônagon qu’il ne serait de faire passer en japonais les phrases savantes de La Bruyère. Je crois cependant qu’on peut y arriver en suivant de très {>rès la pensée de Sei, en sacrifiant au besoin, comme j’ai fait, l’éégance de la traduction aune fidélité scrupuleuse, et en éclaircissant le texte, non par des paraphrases qui le gâteraient, mais tout simplement par des notes.

1. Les commentateurs japonais intitulent ainsi ce chapitre, d’après les premiers mots par lesquels s’ouvre l’ouvrage. Divers autres titres, également ajoutes après rnup, ne répondent souvent qu’en partie au contenu du chapitre qu’ils ont pour objet de distinguer. Un commentaire bien connu est celui de Kitamoura Kighinn : le Makourano Sôshi Harou no akébono-shà, « Choix (de commentaire*) de l’aurore du printemps ». Ce titre ingénieux veut sans doute évoquer, d’une part le début fameux de l’ouvrage lui-même, d’autre part l’idée que, tout comme l’aurore du printemps décrite par Sei Shônagon, le commentaire va illuminer peu à peu le texte. La réimpression que je possède, publiée en 1893, était arrivée à sa 8« édition en 1899, ce qui montre bien l’éternelle jeunesse de ce vieux Jirre classique.

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ÉPOQUE t>B H&AM 201

apporte le charbon de bois incandescent ; c’est ce qui convient à la saison. Cependant, à l’approche de midi, le froid se relâche ; et si le feu des brasiers se transforme alors en cendres blanches, voilà ce qui est mauvais !


II. — LES ÉPOQUES

Comme époques, le premier mois, le troisième mois, les quatrième et cinquième mois, le septième mois, les huitième et neuvième mois, le dixième mois et le douzième mois, tous ont leur charme dans l’année 1 . III. — LE NOUVEL AN

C’est au premier de l’an surtout que l’aspect du ciel est vraiment serein et neuf. Une légère brume blanche. Tous les hommes, renouvelant leur costume, leur visage et leur cœur, font leurs souhaits au Prince, comme aussi à eux-mêmes. C’est bien amusant.

Suit une évocation de diverses fêtes et occupations du premier mois, de l’éveil du printemps, etc. IV. — CHOSES PARTICULIKEES

Langage de bonze. — Langage d’homme et langage de femme*. — Langage des ’gens de la basse classe : leurs mots ont toujours une syllabe de trop. Faire un bonze de l’enfant qu’on aime, c’est bien dommage. La chose est féconde en espérances* ; mais qu’on en fasse aussi peu de cas que d’un simple bout de bois, voilà ce qui est regrettable. Après un méchant repas d’abstinence, on trouve mal que le bonze veuille dor- 1. Cette simple énumération tend à éveiller dans l’imagination du lecteur l’idée des fêtes qui, à la cour, marquaient ces époques préférées.

2. Différence légère chez nous, mais profonde au Japon, où elle se manifeste, non feulement dans la langue parlée, mais même dans la langue écrite. Une femme qui compose une lettre emploie un plus grand nombre de mots d’origine proprement japonaise et de caractères syllabiques ; elle fait usage de certains idiolismes particuliers, etc.

3. Car on croyait que la vocation d’un bonze ouvrait le paradis à neuf familles de sa parenté.

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$Q2 ANTHOLOGIE DE LA. LITTERATURE JAPONAISE niir. Si le jeune prêtre éprouve quelque curiosité (et comment ne regarderait-il pas, sans en avoir l’air, du côté où sont d^s femmes ?), on l’accuse encore. Et la vie de l’exorciste 1 , combien n’est-elle pas plus dure ! Tandis qu’il voyage à Mitaké, à Koumano, à toutes les saintes, montagnes, il doit subir de terribles ennuis. Si sa réputation commence à se répandre, on l’appelle de toute ?

parti, et, plus, il réussit dans ses oures, moins il a 

de tranquillité. Auprès d’un malade gravement attpint, comme il ne lui est pas facile de dompter le mauvais esprit, U tombe de fatigue et de sommeil ; alors, on dit de lui : « Il ne fait que dormir 1 » Quelle situation embarrassante !

— Mais tout cela, e’était le vieux temps. 

Les habitudes d’aujourd’hui semblent plus faciles 1 . L’Impératrice étant allée visiter le daïjinn Narimaça*, sa voiture entra par la pprte de l’Est, si large entre ses quatre piliers ; mais nous* préférâmes tourner par 1$ porte du Nord, où il n’y a point de garons. Certaines, dont la coiffure était en désordre, se disaient, dédaigneuses,

<* Gomme npus serons conduites jusqu’à la

porte intérieure, inutile de prendre tant de soins ! a Par malheur, la voiture, couverte de palmes 5 , ne put entrer, prise daps l’étroit portail. On disposa donc un chemin de nattes, et on nous pria de descendre, à notre grand dépit. Il n’y avait pas moyen de faire autrement ; mais nous n’en étions pas moins ennuyées de nous voir dévisagées, en passant devant la salle de garde, par les courtisans et lés domestiques. Arrivées devant Sa Majesté, comme nous lui racontions la chose, elle rit : « Mais, ici pareillement, il y a des gens qui vous regardent !

Pourquoi avez-vous été si négligentes ? — Sans 

1. Le ghennja, ou yamaboushi (celui oui « se couche sur la montagne »). Ces exorcistes, à la différence des autres bonzes, n’étaient astreints ni a la tonsure, ni au célibat. 2. Par ce trait final, Sei Shônagon insinue avec malice que (es bonzes, dégénérés, ne font plus leur métier en conscience. 3. Il ne s agit pas ici d’un ministre d’Etat, mais d’un tchougouno êouké daïjinn, c est-à-dire d’un intendant au service de l’impératrice.

4. l»es dames d’honneur.

5. Biroghé no kourouma, voiture de cérémonie couverte de feuilles de être. "

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EPOQUE DE HEIÀN 203

doute, répqndis-je ; mais comme chacun ici est habitué à nous voir, on s’étonnerait si nous paraissions trop soigneuses de notre extérieur. Gomment un tel palais peut-il avoir une porte si étroite qu’une voiture n’y peut passer !

Je vais bien me moquer du daïjinn, quand je le 

verrai. » Un instant après, il entra, portant un encrier et ce qu’il faut pour écrire. « Voilà, lui dis-je, qui est bien mal. Pourquoi donc votre habitation a-t-elle une porte si petite ? — Ma maison, répondit-il avec un sourire, est appropriée à ma condition. — Et pourtant, j’ai entendu parler de quelqu’un qui avait une porte très haute. — C’est effrayant ! s’écria-t-il, étonné. Vous voulez parler de Ou Téikokou 1 . Mais il n’y a que les vieux savants qui soient au courant de ces choses-là ! Bar fortune, comme je me suis hasardé dans oette voie d’études , je puis comprendre votre allusion. — Votre voie n’est vraiment pas fameuse ! Votre chemin de nattes a fait tomber tout le monde, et c’était un beau désordre !

— Gomme il pleuvait, le chemin ne deyai.t pas. être bon Mais allez- vous encore m’embarrasser ?... » Et il s’en alla. « Quelle affaire dit l’Impératrice. Narimaça était tout intimidé ! — Oh ! ce n’est rien ! Je lui disais seulement comment notre voiture n’avait pu entrer. » Sur ce, je me retirai.

Viennent ensuite d’autres anecdotes, un peu lestes, où le pauvre Narimaça est pareillement raillé par la terrible dame d’honneur. Puis, elle nous raeonte avec esprit l’histoire du chien Okinamaro,. qui, pour avoir attaqué Miyobou no Omoto, l’auguste chatte d’honneur dont Sa Majesté avait fait une dignitaire 4u cinquième rang, fut l’objet d’un décret de bannissement à Tile des Chiens, mais revint un jour au Palais et obtint sa grâce par des larmes de repentir auxquelles, plus tard, Sei Shôna’ gon ne pensait jamais sans avoir envie de pleurer elle-même. Après quoi, elle reprend le cours de ses impressions, en se. demandant soudain quel est l’état du temps qui convient aux «cinq fêtes 1 » :

i. Personnage chinois qui avait fait faire l’entrée de sa demeure plus grande qu’il ne fallait pour ses besoins personnels, en prévision du jour où ses descendants auraient une situation moins modeste que la sienne.

2. Go-sekkou. Ce sont les vieilles fêtes populaires, que les nouvelles fêtes officielles n’ont pas encore supplantées entièrement. , y Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/218 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/219 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/220 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/221 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/222 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/223 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/224 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/225 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/226 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/227 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/228 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/229 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/230 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/231 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/232 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/233 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/234 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/235 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/236 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/237 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/238 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/239 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/240 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/241 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/242 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/243 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/244 Page:Revon - Anthologie de la littérature japonaise, 1923.djvu/245