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AnthologieÉditions Paul Roubaud (p. 13).

Veillée des armes.

Cette veillée des armes qui précédait la fête toute de joie et d’activité physiques, par laquelle le jeune chevalier inaugurait sa vie nouvelle, c’est peut-être ce qui, depuis quinze cents ans, a le plus ressemblé aux Jeux Olympiques… Lui aussi, l’athlète Hellène passait le dernier soir dans la solitude et le recueillement, sous les portiques de marbre du gymnase d’Olympie, situé un peu à l’écart, loin des temples et du bruit ; lui aussi devait être irréprochable héréditairement et personnellement sans tare d’aucune sorte dans sa vie ni celle de ses ancêtres ; lui aussi associait à son acte la religion nationale, prêtait devant les autels le serment de l’honneur et, pour récompense, recevait le simple rameau vert, symbole de désintéressement. Tous deux, sans doute, attendirent avec la même ardeur et la même impatience les premières clartés de l’aube. Ce fut la même aurore qui, pour l’un dora la cîme boisée du mont Kronion, puis les blanches façades d’Olympie et les prés fleuris de l’Alphée — et glissa, pour l’autre, ses rayons pâlis par les meurtrières profondes du donjon féodal. Entre eux, il y eut l’épaisseur des âges et tout un monde d’idées différentes, mais la sève juvénile les faisait pareils. Ils pensaient avec la même joie à l’épreuve prochaine et le plaisir de leurs muscles montait jusqu’à leur cerveau, les détournant de leurs méditations et faisant oublier à l’un Zeus, protecteur des hommes —, à l’autre, Madame la Vierge, sa patronne.

Cosmopolis 1896.