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Anna Karénine (1873-1877)
Traduction par Anonyme.
Texte établi par Émile FaguetNelson (Tome 1p. 248-249).


CHAPITRE X


À partir de cette soirée, une vie nouvelle commença pour Alexis Alexandrovitch et sa femme. Rien de particulier en apparence : Anna continuait à aller dans le monde, surtout chez la princesse Betsy, et à rencontrer Wronsky partout ; Alexis Alexandrovitch s’en apercevait sans pouvoir l’empêcher. À chacune de ses tentatives d’explication, elle opposait un étonnement rieur absolument impénétrable.

Rien n’était changé extérieurement, mais leurs rapports l’étaient du tout au tout. Alexis Alexandrovitch, si fort quand il s’agissait des affaires de l’État, se sentait ici impuissant. Il attendait le coup final, tête baissée et résigné comme un bœuf à l’abattoir. Lorsque ces pensées lui revenaient, il se disait qu’il fallait essayer encore une fois ce que la bonté, la tendresse, le raisonnement pourraient pour sauver Anna et la ramener ; chaque jour il se proposait de lui parler ; mais aussitôt qu’il tentait de le faire, le même esprit de mal et de mensonge qui la possédait s’emparait également de lui, et il parlait autrement qu’il n’aurait voulu le faire. Involontairement il reprenait un ton de persiflage et semblait se moquer de ceux qui auraient parlé comme lui. Ce n’était pas sur ce ton-là que les choses qu’il avait à dire pouvaient être exprimées