Ampère (Arago)/03

Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences2 (p. 20-21).
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AMPÈRE PROFESSEUR PARTICULIER DE MATHÉMATIQUES À LYON. — SES ÉTUDES CHIMIQUES. — SON MARIAGE. — IL EST NOMMÉ PROFESSEUR DE PHYSIQUE À L’ÉCOLE CENTRALE DE BOURG.


L’époque où nous venons d’arriver a marqué à plus d’un titre dans la vie d’Ampère. C’est alors qu’il forma des liaisons intimes, bien rares au temps où nous vivons, car elles subirent sans s’affaiblir l’épreuve de près d’un demi-siècle de crises politiques et de bouleversements de toute espèce. Les nouveaux amis, dominés par des goûts communs, se réunissaient de très-grand matin, chez l’un d’eux, M. Lenoir, que j’aurais presque désigné d’une manière aussi claire en disant qu’il était alors et qu’il est resté une des meilleures, des plus douces, des plus bienveillantes créatures dont l’espèce humaine puisse se faire honneur. Là, sur la place des Cordeliers, au cinquième étage, avant le lever du soleil, sept à huit jeunes gens se dédommageaient d’avance des ennuis d’une journée que les affaires devaient absorber, par la lecture, à haute voix, de la Chimie de Lavoisier. Cet ouvrage, où la sévérité de la méthode, la lucidité de la rédaction, le disputaient à l’importance des résultats, excita chez Ampère un véritable enthousiasme. Le public, quelques années plus tard, fut étonné de trouver un très profond chimiste dans le professeur d’analyse transcendante de l’École Polytechnique ; mais alors on n’avait encore rien appris sur les réunions studieuses de la place des Cordeliers à Lyon. En y regardant de bien près, il est rare qu’on ne découvre pas dans la vie de chaque homme, les filaments, quelquefois très-déliés, qui rattachent les mérites et les goûts de l’âge mûr à des impressions de jeunesse.

Le mariage d’Ampère eut lieu le 15 thermidor anvii (le 2 août 1799). La famille de mademoiselle Julie Carron n’ayant point foi dans les prêtres assermentés, seuls reconnus alors par la loi civile, il fallut que la cérémonie religieuse se fît clandestinement. Cette circonstance, on doit bien le comprendre, laissa dans l’esprit du savant géomètre des traces profondes.

Ampère, au comble d’un bonheur qui, hélas ! devait peu durer, partageait doucement ses journées entre sa famille chérie, des amis sincères, et les élèves particuliers dont il dirigeait l’instruction mathématique. Le 24 thermidor an vin (8 août 1800), sa femme lui donna un fils qui, jeune encore, prit rang dans l’élite de la littérature française, et qui porte avec éclat un nom illustre.

Notre ami, devenu père de famille, ne pouvait ni ne devait se contenter de la position précaire d’un maître courant le cachet. Il obtint, dans le mois de décembre 1801, la chaire de physique à l’école centrale du département de l’Ain, et se rendit à Bourg, en s’imposant le bien rude sacrifice de laisser à Lyon, sa femme, déjà, gravement malade, et son enfant.