..Amérique (GUERRE D'), appelée aussi guerre de la sécession

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Administration du grand dictionnaire universel (1, part. 1p. 265-267).
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donnait aux Américains la Californie et le Nouveau-Mexique. Depuis 1831, les sociétés abolitionnistes travaillaient tellement l’opinion publique, qu’en 1835 le congrès décrétait qu’aucune pétition relative à l’esclavage ne serait prise en considération. En 1845 seulement, on abrogea cette loi. Mais le parti abolitionniste radical n’en continua pas moins sa propagande, et commença à compter pour quelque chose dans les luttes politiques du nouveau monde. Aussitôt se forma, dans les États du Sud, une faction ultra-esclavagiste dont le mot d’ordre était non-seulement de conserver l’esclavage là où il existait déjà, mais de le propager le plus possible dans l’Union américaine, sauf à briser avec le Nord, s’il s’y opposait. Entre ces deux factions, l’une voulant l’abolition immédiate, l’autre le maintien et l’extension de l’esclavage, le drapeau de l’Union allait bientôt se déchirer. Les conservateurs le comprirent, et le parti des free soilers ou du sol libre se forma promptement. C’est ce parti qui devait s’appeler plus tard et qui s’appelle encore maintenant républicain noir. Son but était, avant tout, de conserver l’Union. D’un côté, ce parti médiateur garantissait au Sud qu’on n’inquiéterait pas l’esclavage dans les États où il était déjà établi ; d’autre part, il promettait aux abolitionistes que l’esclavage ne dépasserait pas ses limites actuelles, et serait exclu des nouveaux États qui s’adjoindraient à l’Union. Ce programme ne pouvait satisfaire les exigences des radicaux du Sud et du Nord, qui plaçaient la réalisation de leurs doctrines opposées bien au-dessus du maintien de l’Union. Aussi l’élu du parti républicain noir, M. Lincoln, est-il attaqué, même aujourd’hui, par les sudistes comme étant abolitioniste, et par les radicaux du Nord comme ne l’étant pas assez. Les conservateurs qui remportèrent la victoire à l’élection présidentielle de 1860 avaient pour adversaire le parti démocrate, qui avait pour lui le Sud et ses amis du Nord, peu soucieux de la question de l’esclavage. En 1850, la Californie demanda à être admise comme État dans l’Union, à laquelle elle appartenait depuis deux ans comme territoire, comme province, mais dont elle ne pouvait faire partie comme État souverain, avec représentants au congrès, qu’après un vote d’acceptation de celui-ci, ainsi que le veut la constitution fédérale. La Californie, dans le projet de constitution qu’elle soumettait au congrès, rejetait l’esclavage ; le Sud refusait donc de l’admettre dans l’Union. Toutefois, après une longue lutte parlementaire, on arriva à un nouveau compromis, dû à l’influence de Henry Clay, un des plus grands hommes d’État de l’Union américaine. La Californie fut admise comme État libre, et, par compensation, on accorda au Sud, avec d’autres priviléges, le droit de faire saisir par le gouvernement fédéral les esclaves fugitifs trouvés dans les États libres. En 1854, nouvel avantage remporté par le Sud, dans le bill du Kansas-Nebraska, présenté et appuyé au congrès par le parti démocrate du Nord, dont le chef était Douglas. Ce bill rapportait la décision du compromis du Missouri de 1820, par laquelle l’esclavage était interdit au Nord à partir du 36° 30’latitude nord. Si les habitants de ces deux territoires votaient l’introduction ou le maintien de l’esclavage dans leurs constitutions, le congrès ne devait pas y voir un motif de refuser leur admission dans l’Union, bien qu’ils fussent situés au nord de la fameuse ligne de Mason et Dixon. À partir de ce moment jusqu’à l’admission du Kansas comme État libre, ce malheureux territoire fut continuellement ensanglanté par les luttes des squatters ou colons qui l’habitaient, luttes auxquelles prit part un homme d’un caractère antique, John Brown. Comme on pouvait y posséder des esclaves tant que ce territoire n’était pas devenu État libre, et grâce au rappel du compromis du Missouri, les sudistes y envoyaient des colons esclavagistes, le Nord des colons abolitionistes, et, de leur contact, naissaient des luttes journalières. En même temps, le Sud lançait Lopez à Cuba, Walker au Nicaragua, proclamait, à la conférence d’Ostende et dans ses journaux, que, pour contre-balancer l’accroissement futur et menaçant du nombre des États libres, ces pays devaient être annexés à l’Union avec l’esclavage. Mais cela était difficile à réaliser, et peut-être même cette annexion fût-elle venue trop tard, car aux élections de 1856, si le parti républicain noir ne fut pas assez fort pour empêcher l’élection du président Buchanan, tout dévoué au parti démocrate esclavagiste, les républicains du sol libre furent assez puissants pour nommer un des leurs, Banks, président de la Chambre des représentants.

Pendant l’administration de Buchanan, le parti républicain prépara ses forces. La tentative héroïque de John Brown à Harper’s Ferry, en Virginie, pour appeler les esclaves à la révolte, se termina, le 2 décembre 1859, par la mort de ce glorieux martyr de l’abolitionisme. Mais il avait appris au Nord qu’il fallait transformer en bourres de fusil le livre de Mme Beecher Stove, et les innombrables publications abolitionistes du Nord. Le Sud comprit que les États libres, l’ayant dépassé en richesses et en population, auraient le dessus au congrès, et que, poussés par les abolitionistes radicaux, ils en viendraient tôt ou tard à passer de la doctrine modérée de non extension à la doctrine de l’émancipation immédiate. Le seul moyen d’écarter ce danger était de faire élire encore un président dévoué au Sud ; mais si cette tentative échouait, il ne restait plus à celui-ci qu’à opérer un divorce éclatant avec le Nord, pour lui ôter tout prétexte de s’immiscer dans les affaires intérieures des États esclavagistes. C’était évidemment ce dernier moyen que le Sud préférait, puisqu’au lieu de choisir pour candidat le démocrate du Nord, Douglas, qui eût été un autre Buchanan, il porta à la présidence un esclavagiste ultra, Breckinridge, qui n’avait aucune chance de réunir les votes du parti démocrate des États libres. Ce parti, en effet, quoique sympathique au Sud, ne voulait pas cependant se livrer à lui pieds et poings liés. Les républicains noirs prirent pour candidat M. Lincoln, qui était sûr de rallier à lui les démocrates mécontents des exigences excessives du Sud. Quant à la candidature de John Bell, qui était, comme Douglas, partisan de nouveaux compromis, elle était à peu-près insignifiante, puisque, des deux côtés, les compromis étaient définitivement rejetés.

Restaient en présence, par conséquent, deux candidats sérieux, quoique de chances inégales : Breckinridge, l’incarnation de l’esclavage, qui voulait maintenir tous les droits acquis, et visait à de nouveaux priviléges ; Lincoln, le représentant du parti qui, tôt ou tard, par la force de la logique et l’entraînement des faits, voulait arriver constitutionnellement à une émancipation complète et générale des esclaves américains.

La question était donc posée fort nettement. « Jusqu’en novembre 1860, dit Éverett, il n’y avait jamais eu de candidat sudiste à la présidence qui n’eût reçu des voix du Nord, ni de candidat nordiste qui n’eût compté des voix dans le Sud. » Cette fois tout changea de face, et les partis furent nettement dessinés. Voici la statistique du vote présidentiel du 6 novembre 1860 :

 591, 613 voix pour John Bell.
1, 365, 976 voix pour Stephen Douglas.
847, 953 voix pour John Breckinridge.
1, 857, 610 voix pour Abraham Lincoln, de l’État d’Illinois.

Le Sud avait ce qu’il désirait, un prétexte pour rompre avec l’Union. Le 20 décembre 1860, la Caroline du Sud passa l’acte de sécession par lequel elle faisait cette déclaration : « L’Union entre la Caroline du Sud et les autres États est dès à présent dissoute. » On n’attendit pas même que M. Lincoln entrât en fonctions (4 mars 1861) et tous les autres États du Sud, imitant la Caroline, promulguèrent leurs ordonnances de sécession, et, à l’exception des forts de Charleston, saisirent tous les forts, arsenaux, propriétés fédérales, situés dans leurs limites respectives. Le 4 février 1861, ces États se réunirent en congrès à Montgommery, et se constituèrent en nation indépendante sous le nom d’États confédérés d’Amérique, avec Jefferson Davis pour président. Lincoln, dont la vie était sérieusement menacée, arriva sous un déguisement à Washington, et, le 4 mars 1861, il était nommé président des États-Unis. Malgré les ordonnances de sécession passées dans leurs États respectifs, les représentants Sud du congrès étaient restés à leurs siéges pendant quelque temps encore, mais ils refusaient toutes les offres de compromis faites par les démocrates neutres. De plus, une convention, dite convention de la paix, avait réuni à Washington des délégués du Nord et du Sud ; toutefois l’heure des concessions réciproques était passée ; la convention se sépara, sans opérer une réconciliation. Le canon seul allait se faire entendre.

Voici, dans leur ordre chronologique, les principaux événements de cette guerre fratricide :

1861

4 mars : Inauguration du président Abraham Lincoln.
12 avril : Bombardement du fort Sumter. (V. ANDERSON.)
13 avril : Capitulation du fort Sumter.
15 avril : Lincoln appelle sous les armes 75, 000 volontaires.
16 avril : Jefferson Davis décrète l’enrôlement de 32, 000 hommes.
17 avril : Le gouvernement confédéré annonce qu’il est prêt à fournir des lettres de marque pour courir sus aux navires fédéraux.
18 avril : L’arsenal de Harper’s Ferry est évacué par les unionistes.
19 avril : Émeute à Baltimore contre les régiments yankees qui se rendaient à Washington. Neuf émeutiers et trois soldats fédéraux sont tués.
— Lincoln proclame le blocus des côtes du Sud.
20 avril : L’émeute continue à Baltimore. Les régiments de volontaires cessent de traverser la ville.
Id. — L’arsenal maritime de Norfolk est évacué par les fédéraux. Les sécessionistes s’y emparent de la frégate, alors en bois, le Merrimac.
21 avril : Robert Lee est nommé général des troupes de l’État insurgé de Virginie.
23 avril : La loi martiale est proclamée à Baltimore.
4 mai : Mac Clellan est nommé général commandant du département de l’Ohio.
10 mai : Une émeute éclate à Saint-Louis contre les fédéraux.
13 mai : Butler prend le commandement de Baltimore.
13 mai : Proclamation de la neutralité de l’Angleterre.
21 mai : Le congrès du Sud défend de payer au Nord les dettes privées.
24 mai : Les fédéraux passent le Potomac et s’emparent d’Alexandria.
3 juin : Mort de Stephen Douglas.
10 juin : Combat de Big Bethel ; défaite des fédéraux.
11 juin : Victoire des unionistes à Romney.
15 juin : Le corsaire confédéré " « Savannah » « est pris par le brick » « Perm » ".
17 juin : Combats d’Edward’s Ferry sur le Potomac, et de Booneville dans l’ouest.
20 juin : La Virginie occidentale se déclare pour l’Union et élit Pierpoint pour gouverneur.
27 juin : Arrivée de Frémont, amenant d’Europe une cargaison d’armes pour les fédéraux.
29 juin : Le corsaire Sumter, capitaine Semmes, force le blocus de la Nouvelle-Orléans et prend la mer.
2 juillet : Combat de Williamsport.
5 juillet : Défaite à Carthage (Missouri) des confédérés par Sigel.
6 juillet : Frémont nommé commandant général du département de l’ouest.
10 juillet : Mac Clellan bat les confédérés à Laurel Hill.
11 juillet : Autre victoire à Rich Mountain.
12 juillet : Le colonel Pegram se rend à discrétion à Mac Clellan.
13 juillet : Ordre général de l’évêque Polk à ses troupes.
14 juillet : Le corsaire Sumter, après être entré à Cienfuegos avec plusieurs prises, continue à poursuivre les navires fédéraux.
15 juillet : Escarmouche de Bunker Full.
Id. — Les unionistes, commandés par Mac Dowell, commencent leur mouvement sur Manassas.
16 juillet : Vote de remerciements du congrès à Mac Clellan.
17 juillet : Défense aux esclaves fugitifs d’entrer dans les lignes de l’armée fédérale.
18 juillet : Combat de Blackburn’s Ford.
21 juillet : Bataille de Bull Run. Beauregard met en fuite l’armée yankee commandée par Mac Dowell.
22 juillet : Mac Clellan nommé général de l’armée du Potomac.
2 août : Défaite des confédérés à Dug Springs, par Lyons.
10 août : Défaite et mort du général unioniste Lyons à Wilson’s Creek (Missouri).
13 août : La loi martiale est proclamée à Saint-Louis par Frémont.
18 août : Naufrage du corsaire confédéré Jefferson Davis.
22 août : Persécutions dirigées contre certains journaux de New-York favorables au Sud.
26 août : Surprise et défaite d’un régiment unioniste à Summersville (Virginie).
29 août : Butler et le commodore Stringham s’emparent des forts Hatteras, dans la Caroline du Nord.
Id. — Combat de Lexington (Missouri).
31 août : Le gouverneur général de Cuba déclare qu’il protégera les vaisseaux confédérés qui entreront dans ses ports.
4 septembre : Prise de Columbus (Kentucky) par les confédérés, sous le général évêque Polk.
6 septembre : Le général Grant s’empare de Paducah (Kentucky) et y fait flotter le drapeau fédéral.
10 septembre : Rosencrans défait les confédérés en Virginie, à Carnifex Ferry.
11 septembre : Combat de Lewinsville.
— Frémont affranchit deux esclaves appartenant à un confédéré rebelle.
16 septembre : L’île des Vaisseaux, près de l’embouchure du Mississipi, est occupée par les yankees.
— Les banques de la Nouvelle-Orléans suspendent leurs payements en espèces.
20 septembre : Capitulation des unionistes assiégés dans Lexington.
24 septembre : Le comte de Paris et le duc de Chartres sont nommés capitaines de volontaires et aides de camp de Mac Clellan.
28 septembre : Les collines autour de Washington sont évacuées par les confédérés.
5 octobre : Combat de Chicomacomico, dans la Caroline du Nord.
11 octobre : Le corsaire confédéré Nashville entre à Charleston.
Id. — La loi martiale est proclamée à la Nouvelle-Orléans par les confédérés.
12 octobre : Combat naval sur le Mississipi, au-dessous de la Nouvelle-Orléans.
21 octobre : Bataille de Ball’s Bluff. Défaite des unionistes, et mort du colonel Baker.
24 octobre : Les ambassadeurs confédérés en France et en Angleterre, MM. Slidell et Mason, sont reçus officiellement à leur passage à la Havane.
Id. — Le writ d'habeas corpus est suspendu dans le district de Colombie.
26 octobre : Victoire du général unioniste Kelley, à Romney (Virginie).
1er novembre : Mac Clellan nommé général en chef des armées des États-Unis.
7 novembre : Bataille de Belmont, dans le Missouri.
Id. — Prise de Port-Royal (Caroline du Sud) par la flotte fédérale, sous le commodore Dupont.
8 novembre : MM. Slidell et Mason sont arrêtés à bord du Trent par le capitaine Wilkes.
10 novembre : Halleck nommé général commandant le département de l’Ouest.
14 novembre : Les planteurs du Sud décident de ne plus cultiver de coton pour l’exportation.
27 novembre : Décret d’émancipation graduelle passé par la Convention de la Virginie occidentale.
4 décembre : Le ministre d’État Seward écrit à Mac Clellan une lettre pour protester contre l’emprisonnement des esclaves fugitifs.
18 décembre : Arrivée de la malle d’Europe apportant l’impression causée en Angleterre et en France par l’arrestation de MM. Slidell et Mason. Les journaux de ces deux pays se montrent très-hostiles.
20 décembre : Combat de Dranesville (Virginie).
— Des vaisseaux remplis de pierres sont coulés par les yankees dans le port de Charleston, pour empêcher l’entrée et la sortie du port.
28 décembre : Sur les conseils de Napoléon III, le gouvernement fédéral consent à relâcher MM. Slidell et Mason, et évite par cette mesure une rupture avec l’Angleterre.

1862


1er janvier : Combat sur l’ile de Port-Royal.
2 janvier : MM. Slidell et Mason sont remis à bord de la frégate anglaise Rinaldo.
11 janvier : Le général Burnside part pour la Caroline du Nord avec 15, 000 hommes, embarqués sur la flotte du commodore Goldsborough.
13 janvier : Stanton nommé ministre de la guerre de M. Lincoln, en remplacement de Cameron.
16 janvier : Les payements en espèces suspendus par la législature de l’Ohio.
19 janvier : Bataille de Somerset, ou de Mill Springs (Kentucky).
30 janvier : Le premier Monitor lancé à l’eau.
5 février : La flottille fédérale du Tennessee, commandée par le capitaine Foote, s’empare du fort Henry.
8 février : Bataille de Roanoke-Island (Caroline du Nord). Les rebelles sont défaits. La côte nord de la Caroline est aux fédéraux.
16 février : Prise du fort Donelson par le général Grant, qui y fait 13, 000 prisonniers confédérés.
19 février : Jefferson Davis est élu pour six ans président des États confédérés.
23 février : Les fédéraux entrent à Nashville.
7 mars : Bataille de Pea-Ridge.
8 mars : Le Merrimac coule les frégates fédérales dans la rade de Hampton.
9 mars : Arrivée du Monitor. Combat du Merrimac et du Monitor.
13 mars : Le général Pope s’empare de New-Madrid, sur le Mississipi.
14 mars : Les confédérés battus par Burnside à Newbern (Caroline du Nord).
16 mars : Commencement du siége de l’île n° 10, sur le Mississipi, par les fédéraux.
23 mars : Bataille de Winchester-Heights.
3 avril : L’esclavage aboli dans le district de Colombie.
4 avril : Mac Clellan se met en mouvement contre Richmond par la route d’Yorktown.
6-7 avril : Bataille de Shiloh, entre Beauregard et Grant.
7 avril : Reddition de l’île n° 10.
10-11 avril : Le fort de Pulaski est pris par les fédéraux, qui commandent ainsi l’entrée du port de Savannah.
11 avril : Prise de Huntsville (Alabama).
13 avril : Prise de Fredericksburg, en Virginie.
28 avril : Prise de la Nouvelle-Orléans par le général Butler et la flotte fédérale.
4 mai : Mac Clellan occupe Yorktown.
6 mai : Il entre dans Williamsburg.
10 mai : Le général Wool s’empare de Norfolk.
11 mai : Les confédérés font eux-mêmes sauter le Merrimac.
12 mai : Pensacola occupée par les fédéraux.
17 mai : Visite de l’ambassadeur français, M. Merder, à Richmond.
25 mai : Le général Banks battu à Winchester (Virginie).
29 mai : Corinth évacuée par Beauregard.
29 mai et 1er juin : Bataille de Fair-Oaks, ou de la Chickahominy.
6 juin : Reddition de Memphis, sur le Mississipi.
7 juin : Mumford pendu à la Nouvelle-Orléans, par ordre de Butler, pour avoir abaissé le drapeau de l’Union.
8 juin : Le général Shields battu par Stonewell Jackson (confédéré) à Port-Republic, en Virginie.
20 juin : L’esclavage défendu dans les Territoires.
27 juin : Bataille de Gaines’Mill. Changement de base de l’armée de Mac Clellan.
29 juin : Bataille de Peach orchard.
30 juin : Bataille de White oak swamp.
1er juillet : Bataille de Malvern Hills, dans laquelle Mac Clellan arrête les confédérés, qui le pressaient trop dans sa retraite.
14 juillet : Le général Pope prend le commandement de l’armée de la Virginie, destinée à couvrir la retraite de Mac Clellan.

9 août : Défaite de Pope et de Banks, à Cedar Mountain, par Stonewall Jackson,
26 août : Pope commence sa retraits sur Washington. Il est entouré et battu à Manassas-Junction.
30 août : Seconde bataille de Bull Run. Le général Lee défait les fédéraux commandés par
Pope, et envahit le Nord.
13 septembre : Harper’s Ferry’évacué par
les fédéraux.
14 septembre : Bataille indécise de South Mountain, dans le Maryland.
17 septembre : Bataille d’Antietam. Lee, très-affaibli, repasse le Potomac.
19 septembre : Rosencrans bat les confédérés à Iuka, dans l’ouest.
22 septembre : Lincoln proclame qu’à partir du 1er janvier 1863 les esclaves des rebelles en armes seront libres pour toujours.
3-4-5 octobre : Bataille de Corinth (Mississipi).
10 octobre : Le général Stuart, avec 1, 800 cavaliers, envahit le Maryland et une partie de la
Pennsylvanie.
27 octobre : La grande armée du Potomac commence
son troisième mouvement sur Richmond.
2 novembre : Premières nouvelles des déprédations commises par le corsaire confédéré
l'Alabama.
5 novembre : Burnside remplace Mac Clellan à la tête de la grande armée du Potomac.
13 décembre : Défaite de Burnside par le général Lee, à Frédéricksburg.
16 décembre : Banks remplace Butler à la Nouvelle-Orléans.
27 décembre : Attaque de Vicksburg sur le Mississipi.
31 décembre : Bataille de Murfreesboro.
Id. — Le premier Monitor coule dans une
tempête.

1863

2 janvier : Continuation de la bataille de
Murfreesboro. Sous Rosencrans, les fédéraux
sont vainqueurs.
Id. — Proclamation d’émancipation du président
Lincoln.
11 janvier : La canonnière fédérale Haiteras est coulée par l'Alabama, en vue de la côte du
Texas.
12 janvier : Discours de Napoléon III au Corps
législatif, dans lequel il déplore la guerre
d’Amérique, et regrette que ses offres de médiation
aient été rejetées.
16 janvier : Expédition des fédéraux en Arkansas.
19 janvier : Le Congrès confédéré de Richmond
propose des mesures de représailles contre les
fédéraux, à cause de la proclamation d’émancipation.
22 janvier : Seconde campagne de Burnside contre
Richmond, arrêtée, à son début, sur le Rappahannock,
par le mauvais temps et les boues de la Virginie.
25 janvier : Organisation du 1er régiment noir de la Caroline du Sud.
26 janvier : Hooker remplace Burnside dans le
commandement de l’armée du Potomac.
11 février : Le ministre d’État, M. Seward,
déclare qu’il n’a point donné de passeport à
l’ambassadeur français, M. Mercier, lors du
récent voyage de celui-ci à Richmond.
7 avril : Le fort Sumter est attaqué par la
flotte fédérale.
28 avril : L’armée du général Hooker traverse
le Rappahannock, et se met en marche sur Richmond.
2 mai : Bataille de Chancellorsville, entre
Hooker et Lee.
3 mai : Second jour de la bataille de Chancellorsville. Les fédéraux battent en retraite.
5 mai : Vallandigham, représentant de l’Ohio
au Congrès, est arrêté par les soldats de l’armée
de l’Ouest, sur l’ordre de Burnside.
10 mai : Mort du général confédéré Stonewall
Jackson, des suites d’une blessure reçue à Chancellorsville.
16 mai : Bataille de Champion Hills ; défaite
des confédérés par le général Grant.
22 mai : Après l’investissement complet de
Vicksburg et un long siège, Grant donne l’assaut
à la ville. Il est repoussé.
27 mai : Dans les mêmes circonstances, le général Banks échoue également à Port-Hudson.
28 mai : Départ de Boston du 54e régiment du
Massachussetts ; c’était le premier régiment nègre levé dans le Nord parmi les Noirs libres, le 1er
régiment de la Caroline du Sud n’étant composé que d’anciens esclaves.
9 juin : Combat de Beverley-Ford.
Juin, juillet : Le général Hooker, qui n’a pu
empêcher Lee de traverser une seconde fois le
Potomac et d’envahir le Nord, est remplacé
dans le commandement par le général Meade.
Les confédérés s’avancent jusqu’à une lieue
de Harrisburg, capitale de la Pensylvanie.
1-2-3 juillet : Bataille de Gettysburg, une des
plus sanglantes de toute la guerre. Lee est encore une fois obligé de repasser le Potomac.
4 juillet : Reddition de Vicksburg.
13-14 juillet : Émeute à New-York au sujet de la
conscription. Le sang coule.
Août, septembre : Continuation du siège de
Charleston ; occupation de Knoxville, dans le
Tennessee oriental, par Burnside, 4 septembre,
au moment où les fédéraux se croyaient maîtres
de l’Ouest ; ils sont battus à Chickamauga, par Bragg, le 19 septembre. Dans le même mois,
une expédition préparée de longue main échoue
devant Galveston, au Texas, et la flottille fédérale
est battue et coulée à fond.
Octobre, novembre, décembre : À l’ouest, le
général Grant venge, par la victoire de Chattanooga,
la défaite des fédéraux à Chickamauga. À l’est, le siège de Charleston démontre l’impossibilité de prendre cette ville et la vulnérabilité des monitors.

1864

Depuis le commencement de cette année, les opérations militaires n’ont pas été favorables aux unionistes. Il leur a fallu lever le siège de Charleston. Ils ont échoué dans leur entreprise contre la Floride. Dans le mois d’avril, le général Banks a été battu en Louisiane, et une grande partie de la Caroline du Nord recouvrée par les esclavagistes.

Mais, avec le général Grant pour commandant en chef de toutes les armées fédérales, il est permis d’espérer que les États-Unis dompteront bientôt la rébellion. La campagne décisive de cette guerre meurtrière s’est ouverte le 4 mai. À cette date, le général Grant a quitté ses lignes du Rappahannock et du Rapidan, pour marcher contre Richmond, capitale des confédérés. Dès le 5 mai, le général sudiste, Robert Lee, tentait d’arrêter l’invasion des fédéraux. Du 5 au 12 mai, de sanglantes batailles, malheureusement indécises, se sont livrées à Wilderness, en Virginie, entre le Nord et le Sud. Lee se retira, à quelques milles plus loin, dans une position très-forte à Spottsylvanie Court-House. Grant ne put l’en déloger qu’après les terribles combats de la seconde semaine de mai. Lee, vivement pressé, se retira alors plus au sud, dans ses retranchements de la rivière Annah. Le général Grant reculant devant un nouveau sacrifice d’hommes, tourna la position des confédérés. Il est maintenant (juin 1864) à 12 kilom. de Richmond, au nord de la rivière Chickahominy, derrière laquelle sont rangées les troupes de Lee. Ainsi les deux armées occupaient, au 30 mai 1864, les mêmes positions qu’en juillet 1862, quand Mac Clellan assiégeait Richmond.

La guerre d’Amérique devant la conscience de la France. Pour savoir de quel côté se trouve la justice dans la guerre d’Amérique, de quel côté doivent se porter les sympathies et les vœux des amis de la liberté, il suffit de se poser les questions suivantes : L’esclavage est-il la cause réelle de la séparation du Sud et de la guerre civile ? Le Sud avait-il constitutionnellement et moralement le droit de se séparer ? L’abolition de l’esclavage doit-elle être la conséquence de la victoire du Nord ?

L’esclavage est-il réellement la cause de la guerre d’Amérique ? Pour en douter, il faut vraiment fermer les yeux à l’évidence. Reportons-nous à l’élection présidentielle de 1860, et comparons les programmes des deux candidats rivaux, M. Lincoln et M. Breckinridge : Point d’extension de l’esclavage au delà de ses frontières actuelles, disait le premier ; plus d’admission de nouveaux États à esclaves dans l’Union ; modification de la loi sur les esclaves fugitifs, etc. — L’esclavage sera national et non plus sectionnel, disait le second ; en d’autres termes, il sera reconnu par la Constitution, il s’étendra dans les nouveaux territoires, suivant le vœu des populations, autant que s’étendra l’Union ; aucun État ne pourra empêcher le transit des esclaves ; la loi des esclaves fugitifs sera renforcée, etc.

Du reste, nous avons les déclarations, les aveux du Sud : Habemus confitentem reum. On ne voit pas qu’il ait donné à sa révolte une autre raison que le besoin, le droit de défendre son institution particulière, menacée par l’agitation abolitioniste du Nord. Écoutons M. Stephens, vice-président de la confédération du Sud : « L’esclavage, dit-il, a été la cause immédiate de la dernière rupture et de la révolution actuelle. Jefferson avait bien prévu que sur cet écueil se briserait un jour la vieille Union….. L’idée dominante admise par lui et par la plupart des hommes d’État de son temps a été que l’esclavage de la race africaine était une violation des droits de la nature….. Mais ces idées étaient fondamentalement fausses ; elles reposaient sur l’égalité des races….. Notre nouveau gouvernement est basé sur des idées toutes contraires. Sa pierre angulaire est cette grande vérité, que le nègre n’est pas l’égal du blanc ; que l’esclavage, la subordination à la race supérieure, est sa condition naturelle et morale….. Notre gouvernement est le premier dans l’histoire du monde qui repose sur cette grande vérité physique, philosophique et morale….. Le nègre, en vertu de sa nature et par suite de la malédiction de Cham, est fait pour la position qu’il occupe dans notre système. » Rien de plus clair que ce langage. Ainsi, le Sud lui-même se charge de donner un démenti aux journalistes européens qui veulent que l’esclavage ait été pour peu de chose dans la séparation. Ainsi, c’est l’esclavage qui le premier s’est déclaré incompatible avec le pacte fédéral, et qui, se mettant au-dessus de ce pacte, n’a pas hésité à le déchirer ; c’est l’esclavage qui, selon les paroles de M. Sumner, est la cause de la guerre, sa puissance, sa fin, son but, son tout. Et maintenant, ce peuple qui, en pleine civilisation, reculant jusqu’à la société païenne, ose remplacer, à la base de sa constitution, la déclaration des droits de l’homme par la déclaration du droit de l’esclavage, nous demandons quel intérêt il peut inspirer à la France de 89 ?

Le Sud avait-il constitutionnellement le droit de se séparer ? Il est impossible de trouver ce droit dans la Constitution des États-Unis ; on voit clairement, au contraire, qu’elle a entendu créer une solidarité perpétuelle entre les diverses parties dont elle a fait un tout, une unité. Les États-Unis, en effet, ne forment pas plusieurs États dans le sens politique qu’on donne ordinairement à ce mot ; c’est une nation et non une ligue ; leur congrès est une législature et non un congrès d’ambassadeurs. La suprême puissance exécutive, législative et judiciaire, le droit de paix et de guerre sont dans les mains de l’autorité centrale. La diplomatie, l’armée, la marine, les douanes, les postes, les monnaies, tous ces attributs de la souveraineté ont été retirés aux États et donnés au gouvernement fédéral. Du reste, la loi constitutionnelle a été constamment interprétée dans ce sens jusqu’au jour où Calhoun, l’apôtre de l’esclavage, mit en avant la fameuse théorie d’après laquelle l’exercice de l’autorité centrale devait être subordonné à la souveraineté politique de chaque État. « De même que dans la république romaine, disait-il, la puissance des patriciens était bornée par le veto des tribuns, qu’en Pologne la puissance des assemblées était tenue en échec par le veto d’un seul membre ; ainsi, dans les États-Unis, il faut que chaque État ait le droit et le moyen d’annuler, de nullifier tout acte qui tend à violer et à diminuer ses droits. » Cette théorie de la nullification, par laquelle l’esclavagisme préludait à la révolte, était la négation du pacte fédéral. Le général Jackson, alors président, la repoussa énergiquement : « On ne saurait, dit-il dans son message de 1833, reconnaître aux habitants d’un État le droit de se départir selon leur bon plaisir, et sans le consentement des autres États, de leurs obligations les plus solennelles, et de mettre en péril les libertés et le bonheur des millions d’hommes dont se compose l’Union. Dire qu’un État pourrait à volonté se séparer de l’Union, c’est dire que les États-Unis ne sont pas une nation. »

Loin de pouvoir s’appuyer sur le pacte fédéral, le droit de séparation était le retour à un état de choses que le pacte fédéral avait eu pour but de faire cesser. Du reste, la preuve que le Sud n’a pas trouvé ce droit dans l’œuvre de Washington, c’est qu’en gardant la Constitution des États-Unis, il a cru devoir y ajouter un article spécial, déclarant que chaque État aura toujours le droit de se retirer de la nouvelle confédération.

Le Sud avait-il moralement le droit de se séparer ? En d’autres termes, la séparation, condamnée par la légalité, par le droit positif, peut-elle invoquer le droit naturel ? Pas davantage. Ces gros mots, si souvent prononcés en Europe, de nationalité opprimée, d’antagonisme de race, de limites naturelles, n’ont rien à faire ici. L’unité des États-Unis n’est pas une création artificielle de la force, une fiction politique contre laquelle on puisse s’élever au nom de l’ethnologie, de la linguistique, de la géographie. En réalité, Nord et Sud forment un peuple, un seul peuple, c’est-à-dire une société d’hommes qui ont la même origine, la même langue, la même civilisation, la même histoire, et, si l’on ôte l’esclavage, les mêmes lois et les mêmes institutions. « Le Sud, dit M. Laboulaye, a-t-il été opprimé ? N’était-il pas maître absolu de son administration et de ses lois intérieures ? N’avait-il pas dans la représentation générale une part proportionnelle à sa population ? Y avait-il des privilèges politiques pour le Nord ? M. Lincoln serait-il un despote qui eût violé ses serments et foulé aux pieds les libertés nationales ? Non : le Sud en se révoltant ne peut alléguer ni une loi déchirée, ni un droit outragé. Ce dont il se plaint, c’est qu’un changement de majorité allait amener la suprématie politique du Nord. Est-ce là une cause de rébellion ? Est-ce que la soumission à la majorité, dans les choses d’intérêt général, n’est pas la condition des peuples libres ? Est-ce que la liberté politique n’est pas le règne de l’opinion substitué au jeu sanglant des révolutions ? »

Le triomphe du Nord doit-il amener l’abolition de l’esclavage ? Les amis du Sud vont répétant que le Nord n’a jamais voulu supprimer l’esclavage, qu’il est parfaitement indifférent à cette question. Mais n’est-ce pas l’agitation abolitioniste qui, d’après le Sud, a été la cause de l’insurrection ? Le Sud n’a-t-il pas brisé l’Union le jour où l’Union lui a paru prête à se dégager d’une complicité honteuse et à dire à l’esclavage : Tu n’iras pas plus loin. Depuis la présidence de M. Lincoln, n’avons-nous pas vu le Nord affranchir le district de Colombie, donner tous les territoires à la liberté, décréter l’abolition de l’esclavage dans les États rebelles, offrir aux États loyaux de contribuer pour un prix considérable au rachat des nègres, décider qu’en vertu des droits de la guerre on emploierait au service de l’Union les nègres des rebelles, et que cet emploi leur vaudrait la liberté ?

Du reste il est facile de comprendre que le mouvement abolitioniste ne peut désormais que gagner du terrain ; le Nord se trouve engagé dans cette voie par la force des choses ; l’abolition de l’esclavage s’impose à la pensée de ses hommes d’État ; ce n’est plus seulement pour eux un principe, c’est un intérêt ; ce n’est plus seulement une question morale, c’est une question politique ; c’est le moyen de conquérir une paix solide, définitive, et d’anéantir complètement l’esprit de sécession auquel l’esclavage seul donne une raison d’être. L’esclavage s’est révélé comme la négation de la patrie ; il faut qu’il disparaisse. La guerre mène à l’extrémité des questions, ne permet pas de reculer, n’admet pas de compromis ; elle veut des résultats en rapport avec les moyens employés, un but qui soit digne du sang versé, et qui justifie tant de sacrifices.

Résumons-nous : la victoire du Nord, c’est la rédemption de quatre millions d’esclaves, et en même temps c’est la démocratie purifiée, reprenant honneur et autorité dans le monde. La victoire du Sud, c’est la perpétuité et l’extension de la servitude, et en même temps c’est la destruction de cette œuvre de Washington, à laquelle la France s’honore d’avoir concouru, et qui jusqu’ici a pu être considérée comme le dernier terme du progrès politique. Entre le Nord et le Sud, la conscience de la France ne saurait hésiter. Le triomphe du Nord a pour lui le droit, l’humanité et la raison, la raison qui, comme l’a dit excellemment Voltaire, finit toujours par avoir raison.


I. — Langues en Amérique. L’origine des langues américaines, ainsi que celle des peuples qui les parlent, a jusqu’ici résisté aux efforts multipliés de la science moderne. La race américaine doit être, selon les uns, une race aborigène, sans rapport avec les grandes familles européennes et asiatiques, aussi spéciale au nouveau monde que sa flore et sa faune, et qui s’est ramifiée en une foule de peuplades secondaires. On ne peut méconnaîtra en effet que les Peaux-Rouges constituent une division essentielle en anthropologie. La philologie classe également dans un groupe à part les langues parlées en Amérique. Il n’y a pas très-longtemps, on a fait des investigations patientes pour arriver, en analysant ces idiomes, à résoudre ce problème historique, mais les recherches n’ont guère servi qu’à les faire un peu mieux connaître, sans pouvoir en établir l’origine et la filiation. On en a relevé un nombre prodigieux. Chaque voyageur, chaque missionnaire, après avoir visité une peuplade, une tribu même, venait augmenter d’un nouveau nom la liste déjà nombreuse de ces idiomes, sans s’inquiéter si ce qu’il considérait comme une langue spéciale n’était pas un dialecte très-peu différent d’une langue voisine ; de sorte qu’on a pu arriver facilement à porter à cinq cents le nombre des langues américaines. Mais la science, en examinant attentivement ce chiffre énorme, ne tarda pas à découvrir que les variétés qu’on avait prises pour des langues distinctes ne sont, en réalité, que des dialectes qui se groupent autour des souches radicales, exactement comme nos langues asiatico-européennes. Cependant il faut avouer que, chez ces peuples, la filiation du langage est beaucoup moins accusée que chez ceux de l’ancien monde ; mais cette différence tient au génie caractéristique de toutes ces langues. La philologie, habituée à s’appuyer sur les radicaux, marche ici sur un terrain tout nouveau ; car ce n’est guère par la comparaison des radicaux qu’il faut chercher des analogies au milieu— de cette multitude d’idiomes ; ces rapports échappent à nos procédés ordinaires. Le meilleur système est la comparaison, non pas des mots, mais des formes grammaticales, qui présentent une identité presque constante. On peut encore établir certains points de repère en se basant sur la présence ou l’absence de telle ou telle articulation dans une langue, et former ainsi des groupes congénères. C’est de cette façon qu’on a remarqué qu’il n’y a pas de b, de d, de f dans le groënlandais, le mexicain, le quiche, le lule, le waikuri, etc. ; de d dans le kora, le muyska et le mossa ; de f dans le brésilien, le guarani, le mokobi, le maya, l’aruwaki et dans toutes les langues de l’Orénoque, excepté le guama ; de s dans le brésilien, le guarani, le mokobi, le jarura ; de l dans l’othomich, le muyska et le mossa, etc., etc.

Le système grammatical est très-compliqué: il a généralement pour point de départ le principe d’agglutination, et on lui a donné le nom spécial de polysynthétique. Les moindres modifications dans les rapports des idées entre elles, ou dans leurs dépendances à l’égard les unes des autres, se traduisent aussitôt dans les mots par des syllabes affixes qui s’accolent soit au commencement du radical (préfixes), soit à la fin (suffixes). Ainsi, par exemple, en mexicain, qua veut dire manger ; manger quelque chose s’exprimera par tlaqua; donner quelque chose à manger à quelqu un, tetlaqualtia, en un seul mot.

Il n’existe pas chez les Américains de système graphique proprement dit. Cependant on sait que les Mexicains employaient, outre leurs quippus, des sortes d’hiéroglyphes primitifs, et cette méthode grossière s’est répandue dans toute l’Amérique. Lafiteau l’a retrouvée chez les Iroquois et les Hurons. Les anciens Virginiens l’employaient sous le nom de sagkohoh, pour conserver la mémoire de leurs événements historiques. Sur les bords du Rio-del-Norte, dans la Louisiane, dans le Pérou, on constate l’existence de ces dessins hiéroglyphiques. Au milieu du siècle dernier, un missionnaire trouva chez la peuplade indépendante des Panos des livres remplis de figures

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