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Garnier Frères (2p. 169-207).


Le Devoir.
(Suite.)


« Prêtre révélateur de l’amour divin, traverse donc les agitations que tu vas susciter sans rien laisser perdre de la candeur de ton être. L’épouse que je te donne est la seule digne de toi ; c’est le seul esprit qui puisse converser avec le tien, la seule forme vivante ici-bas dont la beauté, éclairée d’en haut, ait une puissance réelle et une valeur particulière. Si tu la méconnaissais, ta propre beauté, ta propre valeur seraient aussitôt amoindries et souillées.

— Ô dive mélancolique ! ô âme méfiante ! que me dis-tu ? s’écria Évenor. Comment peux-tu croire que Leucippe ne soit pas à jamais mon unique souci, mon unique joie, mon unique gloire ?

— Mon fils, reprit la dive, Leucippe ne sera pas toujours aussi splendidement belle que la voici devant tes yeux ravis, parce qu’elle ne sera pas toujours jeune. Quand elle aura été mère plusieurs fois, sa beauté sera plus parfaite dans son âme, mais elle sera comme voilée sur ses traits. Et peut-être alors, te reportant par la pensée au moment où nous sommes, tu diras en toi-même : Qu’a-t-elle donc fait des roses qui fleurissaient sur son visage ? Que sont devenues sa taille de palmier et sa chevelure ondoyante, et pourquoi le sombre azur de ses yeux a-t-il perdu l’éclat des nuits constellées ? Plus robuste que la femme, assujéti à de moindres épreuves, et destiné sans doute par la prévision divine à la protéger dans les labeurs de la maternité, tu dois rester plus longtemps jeune et agile. Garde-toi donc de te croire un être mieux doué qu’elle et de vouloir dominer sa faiblesse par l’autorité du fait. Leucippe est ton égale, et ce qu’elle a en moins par la débilité de son être, elle l’a en plus par la science des entrailles maternelles, plus parfaites chez la femme, en vue des besoins de l’enfant dont elle est la providence sacrée. Si les âmes de vos enfants vous appartiennent au même titre, leurs corps sont plus immédiatement confiés aux sublimes instincts de la mère. Respecte donc en elle la gardienne et la nourrice passionnée de ces êtres qui seront le plus pur tribut de ton sang et le plus précieux trésor de ton esprit. Le jour où tu dirais : « Cette femme et ces enfants m’appartiennent, » sans ajouter : «  J’appartiens à ces enfants et à cette femme, » le lien céleste serait brisé, et, au lieu d’une famille, tu n’aurais plus que des esclaves, c’est-à-dire des êtres qui obéissent sans aimer et qui pratiquent sans croire.

« Voilà, mes enfants, vos devoirs réciproques. Une pensée constante doit les éclairer et les sanctifier, l’identification de vos deux âmes en une seule. Tout ce qui attribuerait à l’une plus de pouvoir et de liberté qu’à l’autre serait le blasphème et la mort. Dieu n’a pas créé deux races en une. Il n’a pas fait la femme pour l’homme plus que l’homme pour la femme. Il a créé un seul être en deux personnes qui se complètent l’une par l’autre, et dont la pensée divine, union qui saisit l’âme autant que les sens, est le lien indissoluble.

— Je voudrais te croire, dit Évenor ; mais j’ai un effort à faire pour ne pas m’imaginer que Leucippe est plus divine que moi-même, et que mon devoir est de la servir et de l’adorer humblement.

— Pour moi, lui répondit Leucippe, je me persuadais la même chose à ton égard, et je sens tellement que je te préfère à moi-même, qu’il m’en coûtera de me croire ton égale.

— Ceci est l’enthousiasme de l’amour, reprit la dive, et je vois bien que l’âme humaine est excessive dans la joie comme l’était la mienne dans les angoisses de l’amour maternel. Tous vos sentiments terrestres ont cette fièvre d’expansion que Dieu bénit sans doute et qu’il ne vous a donnée que comme un avant-goût des délices du ciel. Mais il vous a rendus capables aussi d’accepter les lois de la sagesse, car il sait que l’existence de toute créature mortelle doit être agitée et militante sur la terre. Gravez donc ma parole en vos cœurs ; un jour, vous reconnaîtrez qu’elle n’était pas inutile.

— Ô ma mère chérie, dit timidement Leucippe, tu nous parles de nos rapports avec le reste des hommes, comme si nous devions retourner parmi eux. Nous ne pouvons le tenter qu’au péril de nos jours, et pourquoi donc penses-tu que nous puissions le désirer quand le bonheur et l’amour sont ici pour nous ?

— Je ne vous ai encore rien dit, reprit Téleïa, de vos devoirs envers vos semblables ; mais vous avez dû pressentir qu’ils sont indissolublement liés à ceux que vous contractez l’un envers l’autre. Je vous ai dit que Dieu n’avait pas créé un homme et une femme constituant deux êtres parfaits, isolés l’un de l’autre, mais un seul être en deux personnes. Quel que soit le berceau du premier homme, qu’il ait été précieusement accaparé par un seul couple, ou magnifiquement rempli de plusieurs couples également précieux, la loi de reproduction et de multiplication imposée à l’espèce humaine règle par avance les rapports des hommes entre eux. C’est par elle que le couple humain n’est rien dans l’isolement, parce que ses vertus y sont nulles, ses exemples inféconds et sa postérité compromise. La vie solitaire est une vie anormale ; l’âme incomplète n’y peut donner qu’une vie incomplète : voilà pourquoi je m’imagine que beaucoup d’hommes et de femmes ont été appelés ensemble au bienfait de la vie dans ce monde, car, encore une fois, il n’est pas de bienfait sans obligation, et pas de puissance sans devoir. Vous ne seriez rien de plus que les animaux, s’il vous eût été permis de vous unir seulement en vue de la conservation de l’espèce physique. La vie morale vous ayant été accordée, vous ne pouviez la recevoir que dans les conditions où elle s’entretient, se développe et se transmet.

« Ce serait donc transgresser la loi qui préside à vos destinées, que de vous annihiler dans la possession d’un repos égoïste. Vous en perdriez vite la douceur, et le divin amour s’épuiserait pour vous comme une coupe vidée en deux matins. Pour sentir le prix durable du bonheur, il faut le mériter, et si le ciel se laisse entrevoir à l’innocence, il ne se laisse posséder que par la vertu. Un tel avenir mérite bien qu’on expose sa vie, et vous risquerez la vôtre pour retrouver vos frères. Vos lumières leur sont dues, et ne dites pas que vous pouvez les leur refuser ; leur ignorance, qu’elle soit docile ou rétive à vos enseignements, vous est nécessaire. C’est pour vous le champ de l’activité, le but du devoir, le prix de l’amour. Demain, au jour levant, vous devez recevoir la consécration divine du travail. Armés de ces outils précieux dont les dives ne connurent pas toutes les ressources, vous irez dans la forêt, et après avoir prié, vous choisirez les arbres les plus sains pour la construction de votre cabane flottante. Évenor coupera, creusera les ais solides. Leucippe choisira et préparera les lianes flexibles. Quant à la construction de cette machine, le génie humain doit seul en prévoir et en combiner l’agencement hardi et prudent. La science des faits ne m’a pas été donnée et j’ai foi aux instincts qui caractérisent votre pouvoir sur la terre.

— Nous ferons ce que tu veux que nous fassions, dit Évenor, car tu es notre lumière et nous n’avons pas le pouvoir de repousser la lumière après l’avoir comprise. Mais dis-nous donc si c’est pour un temps ou pour toujours que nous devons quitter cette terre bénie où il nous semblait devoir trouver le bonheur.

— Assure-toi d’abord la conquête de l’élément qui t’emprisonne, répondit Téleïa. Le voyage doit être court, car je sais que, non loin d’ici, s’étendait une plage qui rendait facile l’accès des établissements humains. Si cette plage a disparu sous les eaux comme celle-ci, ta maison flottante n’en trouvera pas moins des lieux propices pour aborder, car vers l’Est, les rives s’abaissent pour laisser sortir un fleuve qui se jette dans la mer. Vous achèverez ensuite votre voyage par terre, et, après un détour, vous gagnerez les prairies d’où votre race n’a pas dû s’éloigner. Maîtres de la distance, vous le serez du temps, et rien n’empêchera que vous reveniez ici consacrer votre hyménée, avant de vous fixer parmi les hommes.

— Tu nous parles de nous, dit Leucippe, et nous ne savons pas encore si tu dois nous suivre. Si ta pensée secrète est de rester ici sans nous, comment veux-tu que je me soumette à ta volonté ? »

Et comme la dive hésitait à répondre, Leucippe pleura amèrement, disant :

« Que t’ai-je fait, mère cruelle, pour que tu me chasses de ton sein ? Est-ce donc là le bonheur que tu voulais me donner ? Et comment veux-tu que mon hyménée ne soit pas mortellement flétri par ton absence ? Hélas ! j’étais si heureuse, il y a une heure, de songer que nous étions inséparables, et à présent, voilà qu’il me faut choisir entre Évenor et toi, et prévoir des jours où je pleurerai l’un ou l’autre ! Pourquoi nous as-tu révélé sitôt le mystère de notre existence ? Nous étions si jeunes ! Ne pouvions-nous savourer encore quelque temps la félicité qui nous était accordée !

— J’aurais pu me taire, en effet, répondit la dive, si je vous avais regardés comme des êtres secondaires dans la création. Il fut un temps où je ne prévoyais rien de ce que je viens de vous prescrire. C’est quand vous étiez des enfants pour ainsi dire étrangers aux plus hautes préoccupations de mon esprit. Oui, je l’avoue, en vous chérissant comme j’avais chéri mes propres enfants, j’avais pour vous, malgré moi, les mêmes faiblesses, inutiles, hélas ! que j’avais eues pour eux. Je redoutais, j’éloignais l’heure de l’initiation, et je soutenais contre moi-même un combat violent. Je craignais de vous tuer, et je me disais que si les dives, créatures plus parfaites selon moi, n’avaient pu, dans ces temps-ci, recevoir la lumière divine sans mourir, à plus forte raison, vous succomberiez dans la lutte du monde spirituel avec le monde positif, vous autres si peu portés, relativement, à sacrifier l’un à l’autre. Ah ! j’ai encore bien souffert à propos de vous, nobles êtres que je méconnaissais à force de sollicitude ! Combien de nuits j’ai passées à contempler votre doux sommeil et à me dire : ils sont beaux et forts, ils sont calmes et souriants ; je n’ai plus qu’eux sur la terre ; faut-il donc qu’en leur révélant l’immortalité de leurs âmes, je les précipite dans la lutte amère du devoir ? Pourquoi ne pas les laisser vivre dans l’innocence primitive comme vivent leurs semblables ? Pourquoi risquer sur eux ce terrible breuvage de la vérité qui leur donnera peut-être la mort en ce monde, sans leur assurer la vie dans l’autre ?

« Vous le voyez, je doutais encore alors que vous fussiez les enfants de Dieu au même titre que nous, vos devanciers sur la terre. S’ils n’ont pas reçu la notion de l’avenir infini, me disais-je, c’est qu’ils ne sont peut-être pas destinés à le posséder. Peut-être doivent-ils accomplir leur mission tout entière ici-bas, et revivre éternellement sous les mêmes formes, avec des organes imperfectibles, dans un milieu toujours imparfait. Ils n’ont pas mérité comme les dives, éprouvées par des siècles de souffrance, d’aller immédiatement prendre possession des astres supérieurs. Eh bien ! si leur royaume est de ce monde, qu’ils y vivent dans l’ignorance des mondes meilleurs !

« Mais je ne pouvais m’arrêter à une telle résolution. Outre que ma conscience la repoussait par d’énergiques appels et de cruels tourments, je vous voyais, non pas toujours, mais quelquefois, pressés d’une ardente curiosité des choses divines. J’avais déjà vu Leucippe sortir tout à coup de l’activité fiévreuse de ses joies enfantines pour me demander avec une sorte d’autorité obstinée à qui s’adressaient mes prières et qui était l’auteur des choses. Tantôt elle voulait que j’eusse creusé la mer et entassé les montagnes ; tantôt elle me remerciait d’avoir semé le ciel d’étoiles et la terre de fleuves ; et quand la foudre troublait son sommeil, elle me demandait de la faire taire ; elle pressentait, en dehors de nous, une puissance à laquelle elle me croyait capable de résister, et elle s’alarmait de mes réponses quand je lui disais ne rien pouvoir sur les éléments.

« Je l’avais donc initiée, d’abord malgré moi, et ensuite avec plus de confiance, en constatant que je dissipais ses terreurs en lui parlant du Père suprême. J’eus plus d’hésitation avec toi, mon fils. Ton esprit me semblait plus ardent et plus inégal encore que celui de Leucippe, et comme il y avait dans tes yeux et dans ton attitude je ne sais quelle anxiété, au commencement, je ne t’éclairais qu’avec méfiance et lenteur. Mais bientôt tu m’ouvris un esprit docile et un cœur aimant, sans que le principe de ta vie parût ébranlé par ce grand effort de la foi, et par ce brûlant éclat de la lumière d’en haut. Plus je t’ai enseigné, plus je t’ai trouvé accessible à l’enseignement, et dès lors j’ai compris l’étendue de mes devoirs envers vous deux. À présent, je sais qu’il ne m’est pas permis de vous laisser jouir de la vie à la manière des oiseaux ou des plantes, et que, pour vous élever à la vie des anges, je dois vous faire acheter leurs ravissements sublimes par les mérites du sacrifice… »

Évenor et Leucippe n’osèrent répliquer. Ils se sentaient courbés et comme brisés, pour la première fois, par l’ascendant de l’austère vérité. Le lendemain, dès l’aube, ils allèrent dans la forêt, et, avant de commencer leur travail, ils essayèrent de prier ; mais ils ne purent d’abord que se regarder avec tristesse et se jeter en pleurant dans les bras l’un de l’autre.

« Ah ! disait Évenor, j’avais fait de si doux projets ? Téleïa nous avait dit souvent : Quand vous aurez atteint l’âge de la liberté, je te confierai ces haches et ces massues de fer et de cuivre, et tu pourras alors entailler le rocher et faire à Leucippe un escalier pour descendre dans l’Éden. Je te permettrai d’y bâtir une cabane, et c’est dans ce riant séjour que Dieu consacrera votre hyménée. Et voilà que maintenant ces instruments de conquête sont des instruments de douleur et de servitude. Il nous faut construire, non plus un asile de paix, mais une maison de voyage et peut-être un tombeau !

— Et moi, répondit Leucippe, j’avais rêvé de te faire vivre dans un éternel sourire. Sa vie sera une fête, me disais-je, et que l’orage gronde ou que le soleil brille, il aura toujours la joie à ses côtés. Et maintenant, tu le vois, je pleure, et mes baisers vont devenir amers, car je crois que Téleïa veut que je me sépare d’elle, et je ne pourrai plus te donner un bonheur parfait, ne l’ayant plus en moi-même.

— Eh bien, dit Évenor, je ne veux pas que ton âme soit troublée, car tes larmes me sont un supplice. Je vais dire à Téleïa qu’elle s’est trompée et que nous ne sommes pas semblables aux dives qui aimaient la souffrance et la mort. Je lui dirai que je ne veux connaître d’autres devoirs que celui de te rendre heureuse, et que, puisque tu ne peux pas vivre contente sans elle, je ne veux pas revoir ma mère ni me soucier de la peine que lui cause mon absence. »

Leucippe, effrayée de ce que disait Évenor, le retint comme il se levait pour aller vers Téleïa.

— Ta mère ! ta pauvre mère ! dit-elle. Ah ! que j’ai pensé souvent à sa douleur, depuis que je sais qu’elle vit loin de toi ! Ta mère, je l’aime, car c’est encore toi, et si, dans ton souvenir, tu la chéris autant que je chéris la dive, je vois que tu n’as pas été heureux près de moi comme je l’étais moi-même. Non ! non ! tu ne peux pas renoncer à la revoir et à la consoler. Je n’aurais plus un jour de repos ni de joie si je t’en détournais. Il faut partir, Évenor, il faut prier et travailler.

— Eh bien, alors, toi qui ne peux vivre sans Téleïa, tu me laisseras donc partir seul, reprit Évenor, et il faut donc que je sois coupable ou désespéré !

— Non, s’écria Leucippe, tu ne seras ni désespéré, ni coupable, et le sacrifice que tu m’offrais, je saurai le faire.

Et, s’agenouillant, elle pria avec ferveur, demandant à Dieu le courage, c’est-à-dire la joie dans les pleurs et l’ivresse dans l’immolation de soi-même.

— Mon père invisible, disait-elle, aide-moi à comprendre la loi du devoir. Je sais maintenant que je ne dois jamais te demander ni la vie, ni la santé, ni un ciel pur, ni les fruits, ni les fleurs, ni même la vue de ceux que j’aime, s’il te plaît de sacrifier à tes secrets desseins tous les trésors de mon existence et toutes les splendeurs de la nature. Mais ce qu’il m’est permis d’implorer, c’est le perfectionnement de mon âme et la puissance de t’aimer assez pour accepter tout ce qui émane de toi, même les douleurs, les dangers et les regrets déchirants. Prends donc pitié de ma faiblesse et donne-moi la force qu’il me faut pour ne jamais douter de ton amour et de ta bonté, quelque épreuve que j’aie à subir sur la terre ou ailleurs.

Évenor prosterné auprès de Leucippe se sentit transporté et ranimé par sa foi naïve.

— Oh ! Leucippe, s’écria-t-il, c’est Dieu qui me parle par la voix de ta prière. Tu me fais comprendre ce que, moi aussi, je dois lui demander, et je sens déjà qu’il nous l’accorde ! Oui, je me sens inondé d’une secrète joie et comme investi d’une force nouvelle. J’apprends en cet instant qu’il est non-seulement possible, mais doux, de souffrir pour ce qu’on aime, et me voilà prêt à partir seul, sans faiblesse et sans désespoir, car je ne veux pas que tu me sacrifies ta mère ou que tu sois inquiète de moi. Je partirai et je reviendrai vite, sois en certaine ; rien n’est impossible à l’amour, je le savais, et à présent je sais que rien ne lui est difficile.

Il se releva, brandissant au soleil matinal sa coignée brillante, et, comme il s’approchait d’un arbre pour lui porter le premier coup, la dive sortit de derrière cet arbre comme les hamadryades que l’on a cru jadis habitantes du tronc sacré des chênes.

— Travaille, Évenor, dit-elle, travaille avec une joie sans mélange, car l’épreuve que je t’imposais a porté ses fruits. Te voilà digne d’être l’époux de Leucippe, et c’est pour construire votre cabane dans l’Éden que le fer sacré doit sortir de son inaction. Leucippe, aide ton fiancé, selon tes forces ; car, toi aussi, te voilà digne de lui. En vous sacrifiant l’un à l’autre, vous avez conquis la sainteté de l’amour, et au lieu d’une fougueuse et passagère ivresse, vous connaîtrez les joies ineffables des célestes ravissements. Jusqu’à ce jour, les larmes n’avaient consacré aucun hyménée parmi les enfants des hommes. Les larmes sont saintes, sachez-le, ô vous qui venez de répandre cette rosée du ciel sur le pacte du vrai bonheur !