Études de langue française/Cahiers de remarques sur l’orthographe françoise

Alphonse Lemerre, éditeur (p. 291-309).

Cahiers de Remarqves
svr l’Orthographe françoise[1]

En 1653, Pellisson, après avoir rendu compte, dans sa Relation contenant l’Histoire de l’Académie française[2], des divers travaux entrepris depuis la fin de 1637 pour la composition du Dictionnaire, termine en disant :


Il n’a esté conduit jusques icy qu’environ la lettre I, et cette longueur, avec l’incertitude de la fortune que l’Académie doit avoir à l’avenir, peut faire douter s’il s’achèvera jamais.


À la mort du chancelier Séguier, protecteur de l’Académie, la compagnie pria le roi, qui y consentit, de vouloir bien accepter ce titre.


Jusque-là encore incertaine de sa fortune, dit d’Olivet[3] et n’ayant point d’assez puissant motif pour s’opiniâtrer à une entreprise aussi triste que l’est celle d’un Dictionnaire, elle n’avoit qu’imparfaitement ébauché le sien. Ainsi la révision de ce grand ouvrage, mais révision bien plus longue et bien plus pénible qu’une première façon, ne commença qu’en 1672, et il fut achevé d’imprimer en 1694.


Lorsque l’Académie entreprit de classer et de mettre en œuvre les matériaux, de dates et de provenances diverses, qu’elle avait entre les mains, elle se trouva aux prises avec les difficultés les plus sérieuses.

À cette époque, qu’on s’est plu à représenter comme offrant le type de la régularité absolue, la prononciation était variable, le genre des mots douteux, la syntaxe fort capricieuse. C’est au plus fort de cette anarchie grammaticale qu’on voit briller Corneille, Molière, Bossuet, Pascal, Mme de Sévigné, La Fontaine ; c’est assez dire qu’elle n’a exercé aucune influence fâcheuse sur notre littérature.

Dans un temps où il n’existait encore aucun Dictionnaire français[4], où les grammaires, dépourvues de méthode et d’unité, n’étaient que des résumés sans valeur, rédigés à la hâte, pour les étrangers, par quelques professeurs subalternes, on ne croyait pas encore pouvoir remplacer, à l’aide d’un petit nombre de formules retenues par cœur, l’étude approfondie de notre langue. On se donnait la peine de l’apprendre en la parlant, en l’écrivant, et on s’appliquait plus à en bien connaître les nuances et les finesses qu’à en restreindre le domaine et à en resserrer les limites. Loin de bannir les gallicismes, on les recueillait avec soin, sans se demander s’il serait facile d’en faire l’analyse ; et lorsque par bonheur un mot possédait plusieurs formes, au lieu de les réduire à une seule, on les conservait toutes, afin d’avoir à l’occasion, le moyen d’éviter un hiatus ou une mauvaise consonnance[5]. Ce temps n’était pas celui des règles tranchantes, impérieuses, absolues, mais des remarques, des observations, des doutes sur la langue[6].

Cette façon de l’étudier valait certes bien la nôtre ; mais tandis que les curieux cherchaient, que les gens d’esprit raffinaient, que les savants discutaient, le public était bien embarrassé et ne savait qui suivre, non seulement dans les questions épineuses, mais dans celles qui, aujourd’hui, nous paraissent élémentaires, et, faut-il le dire ? même pour l’orthographe.

Ce que nous entendons maintenant par ce terme, c’est-à-dire la convention en vertu de laquelle tous les gens instruits écrivent les mêmes mots de la même manière, était alors chose inconnue et impraticable, et le plus grand puriste du monde, écrivant sur la langue, ne pouvait pas être sûr de rester d’accord avec lui-même d’un bout de son volume à l’autre[7].

Cette incertitude de l’orthographe fut le premier et le plus grand obstacle que rencontra l’Académie et celui qu’elle s’efforça d’écarter tout d’abord. Sur la proposition de Mézeray, elle résolut de convenir des règles qu’elle adopterait, et le célèbre historien fut chargé de rédiger un petit traité sur ce sujet.

Le manuscrit de son travail, accompagné des réflexions de plusieurs membres des plus illustres de la compagnie, a été conservé au Département des imprimés de la Bibliothèque Impériale jusqu’en 1860[8] ; transféré alors au Département des manuscrits, il y est inscrit actuellement sous le no 9187 du fonds français.

On ne peut nulle part se faire une idée aussi juste de ce qu’étaient les conférences philologiques des académiciens du xviie siècle.

Les factums de Furetière, qui renferment d’ailleurs de si piquants portraits, sont des satires fort grossières en plus d’un endroit, et auxquelles on ne doit accorder aucune confiance. Les Remarques et décisions de l’Académie françoise, recueillies par l’abbé Tallemant, et même le Journal de l’Académie, de l’abbé de Choisy, bien qu’intéressants par leur contenu, ne peuvent être considérés que comme de simples procès-verbaux. L’individualité de chacun des membres de la compagnie y disparaît, leur nom même n’y est pas indiqué. Ici rien de semblable. Ce n’est pas, je l’avoue, la reproduction d’une discussion orale, avec sa vivacité et son imprévu, mais c’est une discussion écrite dans toute la sincérité de sa première rédaction.

Le volume a passé de main en main, et les académiciens chargés de ce travail y ont tour à tour inscrit leurs observations. Souvent une note répond directement à la précédente et la confirme ou la critique ; chacun apporte dans ces occupations son caractère, sa tournure d’esprit, et quand Bossuet, Pellisson, Regnier n’auraient pas signé leurs remarques, on n’aurait pas grand mal à distinguer ce qui appartient au penseur profond, à l’écrivain spirituel ou au grammairien érudit. Il est vrai que cette tâche ne serait pas aussi facile à remplir à l’égard de quelques autres qui sont loin d’avoir des qualités aussi réelles et aussi nettement tranchées.

Le feuillet qui précède le titre contient les noms des académiciens appelés à donner leur avis sur le projet de Mézeray et l’indication de l’ordre qu’ils ont suivi dans leur travail. En voici la transcription complète :


M. Perrault. Veu.

M. Labbé Tallemant le jeune. Veu.

M. Boyer. Veu

M. Labbé Tallemant laisne. Veu.

M. Segrais. Veu auec soin. On a marqué en un S (barré) en distinction de quelquautre dont le nom pourroit commencer par un S.

M. Doujat. Veu et mes remarques notées ainsi D. Je croy qu’il faudra songer à rendre ce traité un peu plus méthodique, et pour cela le diviser par chapitres, autrement ce seroit une confusion. Il faut donc considerer l’orthographe par l’ordre des syllabes et des lettres dans les noms, verbes.

M. Corneille.

M. Regnier. Veu avec soing. Mes remarques sont notées ainsi R, du moins la pluspart et sur fin j’ay dit mon sentiment de tout l’ouvrage en general.

M de Condom. Veu J.-B. Reuoir, arranger, digerer tout ce qui est ici en confusion, et dans le texte et dans les remarques, sur tout dans les miennes Tout ceci n’est qu’un premier trait qui est tres bon mais qui attend une revision exacte sur le tout.

M. Flechier.

M. Pelisson marqué par P. F. qui souscrit a la remarque de M. de Condom et croid que cecy a encore besoin d’un grand trauail pour en taire un ouurage qui puisse estre donne au public et porter avec dignité le nom de l’Académie, d’autant plus qu’apres l’avoir leu on pourra dire en plusieurs questions : multo sum incertior quam antea.

M. Cassagnes.

M. Chapelain.

Ce cahier doit passer par les mains de Mrs de l’Académie nommez cydessus dans l’ordre qu’ils sont ecrits, pour estre veu et examiné par eux. Ils sont pries descrire leur sentiment sur chaque article dans le feuillet blanc à costé, si ce n’est quils approuuent l’article, et d’enuoyer le cahier le plustost qu’ils pourront a celuy qui est escrit immediatement après eux. Chaquun est prie aussy de mettre la première lettre de son nom ou quelque autre marque à chaque remarque qu’il fera.


Dans la liste précédente, le nom de Regnier remplace celui de M. Balesdens, effacé. Au-dessous se trouvait celui de M. de Gomberville, effacé également.

Corneille, Fléchier, Cassagne et Chapelain n’ont fait aucune note et n’ont sans doute pas eu communication du manuscrit, car, ainsi qu’on a pu le remarquer, ils n’ont point mis, comme leurs collègues, le mot « veu » en regard de leur nom. Quant à l’époque où l’Académie s’est occupée de ce travail, elle est indiquée en ces termes, avec toute la précision possible, en tête du troisième feuillet :


Cet ouvrage a esté commencé un lundy 14 d’aoust et finy un jeudy 12 d’octobre 1673.


Le titre primitif de l’ouvrage était :


Resolutions de l’Academie Françoise touchant l’orthographe, prises sur les propositions et recherches de Monsr de Mezeray.


Mais il donna lieu à ces notes critiques :


Sentimens de lAcademie F. sur lortographe et rien autre chose ; ou bien : Traité de lortographe par lacademie F. ou ce que je croirois encore mieux : Observations (R. [Régnier]).

Scauoir s’il ne seroit pas plus modeste de mettre : Sentimens de l’Académie françoise touchant lortographe[9]. Dans un petit avant-propos on rendroit à M. de Mezeray lhonneur qui luy est deû. P. [Pellisson.] J. B. [Jacques Bénigne Bossuet].[10].


D’après ces remarques, généralement approuvées, le titre fut ainsi modifié :

Observations de l’Académie Françoise touchant l’orthographe.

Dans la première rédaction, le manuscrit commençait par cette épigraphe :

Vetera nouo et facili modo.

Elle a été supprimée. Ensuite venait l’observation suivante :


La Compagnie declare qu’elle desire suiure l’ancienne orthographe qui distingue les gents de lettres dauec les ignorants et les simples femmes, et qu’il faut la maintenir par tout hormis dans les mots ou un long et constant usage en aura introduit une contraire.


Voici les remarques auxquelles cette Observation a donné lieu :


Je ne voudrois point que la Compagnie declarast ; ce n’est pas a elle a faire des declarations. Je ne voudrois point dire non plus que lancienne ortographe distingue les gens de lettres davec les ignorants et les femmes ; s’ils nestoient distinguez que par la ce seroit peu de chose. Enfin je voudrois refondre tout cet article. Que si on veut cette distinction, il faut : qui distingue les gens de lettres dauec les autres. Cela est plus simple et n’offense personne. (R. [Regnier]). Idem (P. F. [Pellisson]).


Ceci se trouve sur le feuillet destiné aux notes et placé en regard du texte ; mais à la marge Pellisson a écrit :


Je mettrois la compagnie est d’avis qu’il faut suiure, etc.


Enfin voici la note de Bossuet :


Les termes de déclarer et de maintenir me semblent trop iuridiques. La Compaignie desire suiure, etc., et s’y attache, etc., ou s’en ueut seruir, etc.


On n’a fait droit qu’en partie à cette sage critique, comme on peut s’en convaincre en jetant les yeux sur la rédaction amendée.

Voici maintenant le second article :


L’ancienne orthographe ne peche presqu’en lettres superflues ; il ne faut pas les appeller ainsy quand elles seruent à marquer l’origine, mais quand elles y sont inutiles et mesme vitieuses ; par exemple quand dans un mot qui vient du latin, de l’italien ou de quelqu’autre langue, on a changé quelque lettre en une autre, si on y remet cette lettre la auec celle mesme pour laquelle on l’a changée, on y en met une de trop, et c’est vouloir, pour ainsy dire, auoir tout ensemble la pièce et la monnoye.


Dans une remarque qu’il applique aux deux premiers articles, mais qui a principalement pour objet celui qu’on vient de lire, Bossuet s’exprime ainsi :


Ces deux premiers articles ne donnent pas une idée assez etendüe du dessein de la compaignie. Parmi les lettres qui ne se prononcent pas et qu’elle a dessein de retenir il y en a qui ne seruent guere a faire connoistre l’origine ; de plus, il faut marquer de quelle origine on ueut parler, car l’ancienne orthographe relient des lettres qui marquent l’origine à l’égard des langues etrangeres latine, italienne, alemande ; et d’autres qui font connoistre lancienne prononciation de la France mesme. Il faut demesler tout cela. Autrement des le premier pas on confondra toutes les idées.


Un peu plus loin, mais sur la même page, Bossuet fait observer que, malgré la déclaration formelle par laquelle il commence, l’auteur du projet de traité n’adopte pas rigoureusement l’orthographe ancienne :


On ueut suiure dit on lancienne orthographe (art. I) et cependant on la condamne ici et ailleurs une infinité de fois. Ueut on écrire recebuoir ; deub ; nuict, etc ? On les reiette. Ce n’est donc pas lancienne orthographe qu’on ueut suiure, mais on ueut suiure lusage constant et retenir les restes de l’origine et les uestiges de l’antiquité autant que l’usage le permettra.


Une remarque spéciale des Résolutions de l’Académie, qui, malgré les critiques auxquelles elle a donné lieu, a été conservée presque textuellement dans les Cahiers imprimés, blâme de la sorte une de ces tentatives de réformes orthographiques sans cesse renouvelées depuis le xvie siècle :


C’est une vilaine et ridicule orthographe d’escrire par un a ces syllabes qu’on a toujours escrites en et ent, par exemple d’orthographier antreprandre, commancemant, anfant, pansemant, etc.[11]


Regnier des Marais regrette qu’on s’en soit occupé.


Cette remarque est inutile (dit-il), j’aimerois autant faire des remarques contre la façon d’écrire que Ramus voulut introduire.


Bossuet, plus grammairien en cette circonstance que Regnier lui-même, est d’avis qu’on s’arrête un instant sur ce point :


Il y a pourtant ici quelques regles a donner pour l’instruction. La regle la plus generale c’est de retenir en partout ou il y a en ou in en latin, comme dans in, intra et leurs composez ; cependant dans les participes qui ont ens en latin on ne laisse pas de dire en françois lisant, peignant, oyant, feignant, etc. et de mesme pour les gérondifs legendo, patiendo, en lisant, en pâtissant, paroissant, etc. : Les mesmes participes deuenant adiectifs reprennent l’e, comme intelligens, intelligent, patiens, patient, negligens, negligent et ainsi des autres ; on pourroit donc donner pour regle que tous les participes et gerondifs ont ant, que tous les adverbes et noms en mant s’escriuent ment parce que les noms semblent uenir de quelques latins terminez en mentum et les adverbes semblent uenir : fortement de forti mente. Cela est commun mais instructif et ne doit non plus estre omis que beaucoup d’autres choses qu’on a remarquées.

Au reste, je ne uoudrois pas faire de remarques contre l’orthographe impertinente de Ramus, mais on peut faire uoir par cet excez léquité de la regle que la Compaignie propose comme je le dis à la fin.


À la fin du manuscrit, Bossuet revient effectivement sur ce sujet, et surtout sur les Observations générales :


Le principal est de se fonder en bons principes des l’article 1 et 2 et de bien faire connoistre l’intention de la compaignie. Qu’elle ne peut souffrir une fausse regle qu’on a uoulu introduire, d’écrire comme on prononce, parce qu’en uoulant instruire les étrangers et leur faciliter la prononciation de nostre langue, on la fait meconnoistre aux François mesmes. Si on ecrivoit tans, chan, cham, emais ou émés, connaissais, anterreman, faisaict, qui reconnoistroit ces mots ? On ne lit point lettre à lettre, mais la figure entière du mot fait son impression tout ensemble sur l’œil et sur lesprit, de sorte que quand cette figure est considerablement changée tout à coup, les mots ont perdu les traits qui les rendent reconnoissables à la ueüe et les yeux ne sont point contents. Il y a aussi une autre ortographe qui s’attache scrupuleusement a toutes les lettres tirées des langues dont la nostre a pris ses mots, et qui ueut écrire nuict, ecripiure, etc. Celle la blesse les yeux d’une autre sorte en leur remettant en ueüe des lettres dont ils sont desaccousiumez et que l’oreille n’a amais connus (sic). Cest la ce qui s’appelle l’ancienne orthographe uicieuse. La compaignie paroistra conduite par un iugement bien reglé quand apres auoir marqué ces deux extremitez si manitestement uitieuses, elle dira qu’elle ueut tenir un iuste milieu. Qu’elle se propose :

1º De suiure l’usage constant de ceux qui sçauent ecrire ;

2º Qu’elle ueut tascher de rendre, autant qu’il se pourra, l’usage uniforme ;

3º De la rendre durable ;

Quelle a dessein pour cela de retenir les lettres qui marquent l’origine de nos mots sur tout celles qui se uoyent dans les mots latins, si ce n’est que l’usage constant s’y oppose ; que comme la langue latine ne change plus, cela servira il fixer nostre orthographe ; que ces lettres ne sont pas superflües parce qu’outre qu’elles marquent l’origine, ce qui sert mesme à mieux apprendre la langue latine, elles ont diuers autres usages comme de marquer les longues et les breues, les lettres fermées et ouuertes, la difference de certains mots que la prononciation ne distingue pas, etc. Que la compaignie pretend retenir non seulement les lettres qui marquent l’origine, mais encore les autres que l’usage a conseruées par ce qu’oustre qu’elle ne veut point blesser les yeux qui y sont accoustumez, elle désire autant qu’il se peut, que l’usage deuienne stable, ioint quelles ont leur utilité qu’il faudra marquer, etc.


Quoique écrit à la hâte et avec une certaine négligence, ce morceau est excellent : dans sa brièveté substantielle il renferme le plan d’un fort bon traité, et nous ne possédons rien de plus juste et de plus éloigné de tout genre d’exagération sur les principes de l’orthographe.

La compagnie s’aperçut bien vite qu’il était impossible d’arriver à une unité orthographique absolue, et avant les deux Observations générales que nous avons reproduites plus haut, elle en plaça une autre, qui se trouve par conséquent la première de tout le recueil et est écrite en entier de la main de Doujat. Cette Observation, que l’on trouve dans notre édition, où elle n"a subi que des changements insignifiants, porte que « l’orthographe n’est pas tellement fixe et déterminée qu’il n’y ayt plusieurs mots qui se peuvent escrire de deux diferentes manières. »

Elle n’était pas inutile pour justifier les académiciens chargés de la rédaction de ce petit traité, car on a dû déjà remarquer combien la transcription scrupuleusement fidèle que nous faisons de leurs notes présente d’incertitudes et de divergences.

Nous n’avons nullement l’intention d’insister sur l’examen de ce manuscrit dont nous publions une rédaction beaucoup plus nette et mieux arrêtée, imprimée par ordre de l’Académie ; mais nous allons parcourir les remarques de Bossuet, dont nous ne voudrions rien perdre. Il cherche à étendre le plan qu’on a dessein de suivre et propose à la compagnie un sujet bien délicat : l’étude de la quantité de notre langue :


Il faudroit expliquer a fond la quantité françoise en quelque endroit du dictionnaire, aussi bien que l’orthographe. La principale remarque à faire sur cela c’est que la poesie françoise n’a aucun egard à la quantité que pour la rime et nullement pour le nombre et pour la mesure ; ce qui fait soupçonner que notre langue ne marque pas tant les longues a beaucoup pres que la grecque et la latine[12].


Il cherche d’ailleurs à donner au travail projeté un caractère familier et pratique. À propos du mot chaudecole, qui figure dans une liste d’exemples, et qu’un académicien définit « le premier mouvement de la colère » :


J’osterois (dit-il) tous ces uieux mots qui ne seruent de rien dans ce traite, que lorsqu’on les employe à faire connoistre l’origine et l’ancienne prononciation des mots que nous retenons[13].


Il insiste sans cesse pour que les difficultés soient abordées avec franchise et sincérité. En regard d’un passage ainsi conçu :


Sur cela il faut obseruer en passant que les lettres qui se changent en dautres et que neantmoins lancienne orthographe conseruoit, sont principalement celles cy[14].


Il écrit :


Pourquoy obseruer en passant ; on doit s’y arrester et on le fait.


Un peu plus loin, plusieurs opinions contradictoires sont rapportées, et laissent le lecteur dans l’incertitude ; Bossuet met en marge : « Dire le sentiment de l’Académie. »[15]

Il échappe au rédacteur des Résolutions de dire en parlant du Ph : « Cette lettre double. » Bossuet se garde bien de laisser passer une pareille hérésie grammaticale :


Ph n’est point de ces lettres que les grammairiens appellent doubles ; lettre double est celle qui, sous un mesme charactere, enferme deux consonantes comme X et Z selon lancienne prononciation que les Italiens ont retenüe : ph est tout au contraire et ces deux characteres n’ont que le son tout simple de l’F.

À propos d’X que diraton sur Saintes et Saintonge ? Prendraton parti entre l’S et l’X ou laisseraton la chose dans l’indifférence ?[16]


En général, Bossuet n’est pas d’avis de multiplier les formes orthographiques. Il a écrit, il est vrai, la remarque suivante :


Que dirons-nous d’arrest du parlement ?

Vient-il du grec, où il n’y a qu’un r, et qui reuient si bien à placitum ? Et ce chien a fait un bel arrest. Ecrira t on l’un et l’autre de mesme ?[17].


Mais, comme on vient de le voir, il soumet un doute à l’Académie plutôt qu’il ne formule une proposition, et il se fonde uniquement sur l’opinion, alors généralement adoptée, qui faisait venir d’??est?? le mot arrêt employé dans un sens juridique.

Doujat, au contraire, malgré le mauvais succès de ses tentatives, s’efforce à chaque occasion de créer des différences nouvelles. Voici, par exemple, le singulier dialogue qui s’engage au sujet du mot dauphin :


Je voudrois dauphin (Pellisson). — Ne pourroiton pas apporter icy quelque distinction entre dauphin, poisson, et daufin, homme ? (Doujat) — Non (Regnier)[18].


Ailleurs, à propos de l’emploi du c, Doujat réclame encore une distinction contre laquelle s’élèvent Regnier et Bossuet.


On pourroit retenir le c pour faire différence entre un lict et il lit (Doujat). — Il faut le c partout où il se prononce ; hors de là, point (Regnier). — J’en suis d’accord. Personne n’écrit plus autrement que saint, sainte, droit, toit, effet, prefet, etc. Pour infect, il me semble qu’on le sonne un peu comme à respect. Ainsi ie le retiendrois (Bossuet)[19].


En marge d’un passage où l’on examine quelles sont les consonnes qu’il faut doubler, Bossuet écrit[20] :


Que dira t on sur exagerer, exageration ? Je n’y mets qu’un g[21] ; iecris aggresseur, aggrauer. Agrandir, si ie ne me trompe, s’établit ; abattre, quoyque nous fassions, l’emportera contre abbattre. Je ne vois pas ici a deuant n : annuler, annexer, annexe, annoter, annotation, terme de pratique ; aneantir par une seule n. Annoblir ou anoblir, ou bien est-ce ennoblir comme quelques-uns l’ecrivent mal à mon auis, et contre l’analogie.


Au-dessous, Pellisson ajoute :


Bon pour toute la remarque.


Mais bientôt l’assertion que renferme la dernière partie de la note de Bossuet, allait rencontrer en Doujat un contradicteur très déterminé.

On trouve un peu plus loin, dans le texte de Mézeray[22], la règle suivante :


Géneralement parlant, quand il y a un a ou un e deuant l’n, elle est simple… exceptez… ennuy, ennoblir (qui signifie illustrer).


Voici les notes que la dernière partie de cette remarque a provoquées :


Ennoblir. J’en doute (Tallemant).

Je doute d’ennoblir (Segrais).

On escrit annoblir. Il a esté decide dans la compagnie qu’anoblir est rendre noble, et ennoblir rendre illustre (Doujat).

Je doute un peu d’ennoblir, mais ie me rends a l’autorité de la compaignie si elle la décide (Bossuet).

J’appelle ad majus concilium sur la distinction pretendue d’anoblir et ennoblir. Je croy le dernier mauvais (Pellisson).


Par malheur, Pellisson ne donna pas suite à cet appel, ou bien il ne fut pas accueilli favorablement, car la dernière édition des Remarques maintient cette distinction, à coup sûr fort arbitraire et très peu fondée.

Notre langue n’en a que trop de ce genre, qui toutes datent de la même époque. Comme alors, ainsi que l’Académie l’a remarqué dans la première Observation du manuscrit qui nous occupe, plusieurs mots se pouvaient écrire de deux différentes manières, les grammairiens de profession s’efforcèrent de n’en laisser perdre aucune, et crurent avoir fait une merveilleuse besogne en distinguant par les formes orthographiques les acceptions diverses d’un même mot. C’est de la sorte qu’appât et appas devinrent deux termes entièrement différents, ayant chacun, dans nos Dictionnaires, son article fort distinct, tandis qu’amorce, qui présente exactement les mêmes accidents de signification, mais qui n’a jamais eu qu’une forme orthographique, est demeuré un seul et unique mot. C’est encore en vertu d’une décision analogue que nous sommes aujourd’hui contraints par le Dictionnaire de l’Académie à dire, en parlant de toute l’ordonnance d’un tableau : « Le dessin de ce tableau est sagement conçu, mais il est mal exécuté » ; et en parlant du projet, du plan d’un ouvrage : « Le dessein d’un poème, d’une tragédie, d’un tableau. »

Les Cahiers que nous publions aujourd’hui, nous offrent une distinction chimérique de ce genre, qui, par bonheur, n’a pas prévalu, et nous semble d’autant plus bizarre que nos yeux ne s’y sont pas accoutumés. Quelques raffinés voulaient qu’on écrivit phantaisie, imagination, et fantaisie, caprice[23], et à coup sûr cette double forme orthographique n’aurait rien de plus étrange que celles que l’usage a consacrées.

Nous trouvons aussi dans ces cahiers une délibération assez animée au sujet d’une innovation proposée et pratiquée par Corneille. Dans l’Avertissement placé en tête de l’édition de son Théâtre de 1663, qui renferme de fort curieuses remarques sur les réformes à introduire dans l’orthographe française[24], on trouve le passage qui suit :


Nous prononçons l’s de quatre diuerses manieres. Tantost nous l’aspirons, comme en ces mots : peste, chaste ; tantost elle allonge la syllabe comme en ceux-cy, paste, teste ; tantost elle ne fait aucun son, comme à esbloüir, esbranler, il estoit ; et tantost elle se prononce comme vn z, comme à presider, presumer. Nous n’avons que deux differens caracteres ſ et s, pour ces quatre differentes prononciations ; il faut donc establir quelques maximes generales pour faire les distinctions entieres. Cette lettre se rencontre au commencement des mots, ou au milieu, ou à la fin. Au commencement elle aspire toûjours : soy, sien, sauuer, suborner ; à la fin, elle n’a presque point de son, et ne fait qu’allonger tant soit peu la syllabe ; quand le mot qui suit se commence par vne consone, et quand il commence par une voyelle, elle se détache de celuy qu’elle finit pour se joindre avec elle, et se prononce toûjours comme vn z, soit qu’elle soit précedée par vne consone ou par vne voyelle.

Dans le milieu du mot, elle est, ou entre deux voyelles, ou apres vne consone, ou auant vne consone. Entre deux voyelles elle passe tousiours pour z, et apres vne consone elle aspire tousjours, et cette difference se remarque entre les verbes composez qui viennent de la mesme racine. On prononce prezumer, rezister, mais on ne prononce pas conzumer ny perzister. Ces règles n’ont aucune exception, et j’ay abandonné en ces rencontres le choix des caracteres à l’imprimeur, pour se seruir du grand ou du petit selon qu’ils se sont le mieux accommodez auec les lettres qui les joignent. Mais je n’en ay pas fait de mesme quand l’s est auant vne consone dans le milieu du mot, et je n’ay pû souffrir que ces trois mots : reste, tempeste, vous estes, fussent escrits l’vn comme l’autre, ayant des prononciations si differentes. J’ay reserué la petite s pour celle où la syllabe est aspirée, la grande pour celle où elle est simplement allongée, et l’ay supprimée entierement au troisième mot ou elle ne fait point de son, la marquant seulement par un accent sur la lettre qui la precede. J’ay donc fait ortographer ainsi les mots suiuants et leurs semblables : peste, funeste, chaste, resiste, espoir, tempeſte, haſte, teſte ; vous étes, il étoit, ébloüir, écouter, épargner, arréter. Ce dernier verbe ne laisse pas d’auoir quelques temps dans sa conjugaison où il faut luy rendre l’s, parce qu’elle allonge la syllabe ; comme à l’imperatif arreſte, qui rime bien avec teſte ; mais il l’infinitif et quelques autres où elle ne fait pas cet effet, il est bon de la supprimer et escrire j’arrétois, j’ay arrété, j’arréteray, nous arrétons, etc.


Ces innovations de Corneille ont donné lieu, dans le travail de Mézeray, à la remarque suivante[25] :


« Mr de Corneille a proposé que pour faire connoistre quand l’s est muette dans les mots ou qu’elle siffle, il seroit bon de mettre une s ronde aux endroits où elle siffle, comme à chaste, triste, reste, et une ſ longue aux endroits où elle est muette, soit qu’elle fasse longue la voyelle qui la précède, comme tempeſte, feſte, teſte, etc. ; soit qu’elle ne la fasse pas, comme en eſcu, eſpine, deſdire, eſpurer[26] »

« L’usage en seroit bon, ajoute Segrais, mais l’innovation en est dangereuse. »

« Je n’y trouve point d’inconvenient, sur tout dans l’impression, réplique Doujat, et ce n’est plus une nouveauté, puisque M. de Corneille l’a pratiqué depuis plus de dix ou douze ans. »

« Où est l’inconuenient ? dit Bossuet ; ie le suiurois ainsi dans le dictionnaire et i’en ferois une remarque expresse ou i’alleguerois l’exemple de Mr Corneille. Les Hollandais ont bien introduit u et v pour u voyelle et u consone, et de mesme i sans queüe ou avec queüe[27]. Personne ne s’en est formalisé ; peu à peu les yeux s’y accoustume (sic) et la main les suit. »


Dans l’édition définitive, l’innovation de Corneille est signalée sans que la compagnie en dise son avis ; mais elle ne paraît pas l’approuver, car elle ne l’adopte ni dans l’impression des Cahiers ni dans celle du Dictionnaire en 1694.

Les passages du manuscrit des Observations que nous avons reproduits sont les mieux liés et les plus clairs, mais on rencontre en certains endroits un véritable chaos de remarques insuffisantes et contradictoires. Bossuet, nous l’avons vu, l’a constaté dès la première page ; les conclusions de Regnier, à la fin du volume, sont semblables, mais un peu plus sévères encore :


J’ay veu ces remarques avec soing ; et j’y trouve de tres bonnes choses ; mais tout cela a besoing d’une revision tres exacte, et d’un meilleur ordre ; tantost cest un particulier qui propose des doutes comme ils luy viennent a lesprit, tantost cest une compagnie qui parle avec authorité. Luniformité ny est point gardée pour lenonciation et on n’y a pas assez examiné les reigles les plus generales et les plus succinctes, enfin tout cela a besoing d’un grand Examen. Pour moy, mon advis seroit que lorsque tous les particuliers de la compagnie auront fait leurs observations, on redonnast charge à M. de Mezeray de refondre la chose avec M. Doujat ; et avec un autre qu’on deputeroit avec eux. Les difficultez qui ne se pourroient pas resoudre entre eux trois, seroient portées à la compagnie, mais je croy qu’il y en a peu dont ils ne convinssent facilement. Et je ne doute point quapres cela on n’eust un traité d’orthographe très exact et très digne de l’Académie. »


Bossuet approuva ce jugement en ces termes :


« Je suis de mesme auis et ie voudrois nommer M. Regnier luy mesme avec ces deux messieurs[28]. »


Il est probable que ce parti ne fut pas immédiatement suivi et qu’on chargea d’abord Mézeray de revoir seul son manuscrit et de le faire imprimer à un nombre d’exemplaires suffisant pour qu’il pût être communiqué à chacun des membres de l’Académie[29].

Ce qui semble l’indiquer, c’est que le rédacteur de la première édition des Cahiers parle souvent encore en son nom personnel, qu’il pose des questions directes, et qu’il termine son volume en disant que « chacun marquera, s’il luy plaist, ce qu’il voudroit changer, corriger, retrancher et adjouster à tout ce Traitté, tant pour le gros et pour l’ordre, que pour le détail, et pour les exemples. »

Ce fut alors probablement que la Commission revit son travail, le soumit à la compagnie et rédigea la deuxième édition de ce Traité, que nous avons suivie dans le texte que nous publions.

Cet opuscule contient un grand nombre de faits intéressants. Nous en avons signalé quelques-uns ; mais tracer, même sommairement, l’histoire de la formation de nos règles orthographiques, est une tâche qui outrepasse trop les limites de l’introduction d’un si petit livret, pour que nous osions l’aborder maintenant. Peut-être l’entreprendrons-nous quelque jour ; en attendant, comme le hasard nous a fait connaître les diverses rédactions de ce Traité, nous avons jugé utile de ne pas le laisser plus longtemps dans l’oubli.

  1. Cahiers de Remarques sur l’Orthographe française, pour estre examinez par chacun de Messieurs de l’Académie, avec des observations de Bossuet, Pellisson, etc. (Introduction).
  2. Paris, P. le Petit, 1653, p. 250.
  3. Histoire de l’Académie françoise depuis 1652 jusqu’à 1700. Amsterdam, F. Bernard, 1730, p. 26 et 27.
  4. Le Dictionnaire de Nicot, de 1606, est français-latin ; celui de Cotgrave, de 1611, est français-anglais ; le premier Dictionnaire purement français est celui de Richelet, en 1680.
  5. Voyez les Remarques de Vaugelas sur avec et auecque, vesquit et vescut, etc.
  6. Remarques sur la langue française (par Vaugelas). Paris, Courbé, 1647, in-4o. Observations de M. Ménage. Paris, Barbier, 1672, in-12. Doutes sur la langue françoise… (par Bouhours). Paris, Mabre-Cramoisy, 1674, in-12, etc.
  7. Voyez l’avis qui suit la Préface de la première édition des Remarques de Vaugelas.
  8. À cette époque M. Richard, conservateur-adjoint de la Bibliothèque impériale, fut assez bon pour me le signaler, et je publiai, le 31 mai 1860, une petite notice sur ce volume dans l’Ami de la Religion.
  9. Doujat a fait ici un signe qui renvoie à la note suivante : « Je l’aymerois mieux ainsi. »
  10. La remarque est de Pellisson ; Bossuet n’a fait que l’approuver.
  11. Fol. 37, recto.
  12. Fol. 26, recto.
  13. Fol. 20, recto.
  14. Fol. 3, recto.
  15. Fol. 4, recto.
  16. Fol. 4, verso.
  17. Fol. 7, verso.
  18. Fol. 4, recto.
  19. Fol. 42, recto.
  20. Fol. 6, verso.
  21. Un peu plus loin (folio 8, verso), à propos d’une liste où « exagérer » paraît, il met en marge : « un seul g. »
  22. Fol. 11, recto.
  23. Voyez p. 7.
  24. Voyez tome I, p. 4–12 de mon édition des Œuvres de Corneille, dans Les Grands Écrivains de la France.
  25. Fol. 45, verso.
  26. Ici Mézeray se trompe. Lorsque l’s ne se prononce pas et qu’elle n’allonge point la syllabe, Corneille, comme on vient de le voir, est d’avis de la supprimer et de mettre sur l’e un accent aigu.
  27. Dans l’Avertissement cité plus haut, Corneille s’appuie sur leur exemple : « Les Hollandais, dit-il, m’ont frayé le chemin… Ils ont séparé les i et les u consones d’auec les i et les u voyelles, en se servant tousiours de l’j et l’v pour les premières, et laissant l’i et l’u pour les autres, qui jusqu’à ces derniers temps auoient esté confondus. » — On voit, du reste, qu’en 1663 Corneille ne pratiquait pas encore cette distinction.
  28. Mentionnons encore, mais seulement afin de ne rien oublier, diverses remarques peu importantes de Bossuet.

    Dans un passage où il s’agit d’établir si la lettre L se change en U devant une autre consonne. Bossuet met en marge : « Alter, autre, que l’ancienne orthographe écriuoit aultre. » (Fol. 4, recto).

    On lit dans le projet de traité :

    « Quand il y a dans le latin une lettre qui, constamment, est charactéristique, elle demeure dans le francois, si ce n’est qu’elle se change en une autre, par exemple il faut escrire puits. » (Fol. 5 recto).

    Bossuet propose de modifier cette rédaction : Elle demeure si ce n’est qu’elle se change. « Il faut changer cette expression qui a un air de répétition uicieuse : elle ne se perd en francois que lorsquelle se change en une autre. »

    Il ajoute :

    « Je dirois un puys et des puys. — Et moy non, dit Pellisson, un puy n’est qu’une montagne. »

    En regard du titre suivant : « Détail pour voir et connoistre quand les consones sont simples ou doubles après les voyelles, » Bossuet écrit : « Asseurement ce titre doit estre changé. » (Fol. 8, verso). Un peu plus loin (fol. 8, verso), il note ainsi sa manière d’écrire certains mois : « Estaler ou étaler, installer, calus. »

    Regnier dit qu’il ne voudroit qu’une m à flamme. Bossuet ajoute : « Ny moy non plus. » (Fol. 10, recto).

    Une note relative à un mauvais classement d’exemples est ainsi conçue :

    « Tous ces mots regardent une autre regle et ne sont point de celle cy. » (Ibidem.)

    Ailleurs vient une approbation sous réserve :

    « Je croy la remarque bonne sauf à rechercher les exceptions. » (Fol. 12, verso).

    Au-dessus de bonne, Bossuet a écrit indubitable, sans toutefois effacer le premier de ces deux mots.

    On se demande si l’on doit mettre colombe ou coulombe ; la plupart des académiciens sont d’avis d’écrire ce mot sans u. — « Sans doute, » écrit Bossuet. (Fol. 26, recto).

    Dans un endroit où il est question de savoir si l’on doit prononcer psautier ou sautier, psaumes ou saumes, Bossuet place l’observation suivante : « Psautier constamment. Si on entendoit un prédicateur citer le seaume 117 ou 117 (sic), on le trouueroit bien affecté. À la uerité, on prononce les sept seaumes, mais on dit les pseaumes de Dauid. » (Fol. 38, recto).

    « Les yeux ne sont point encore accoutumez à econome, economie, Les secrétaires d’Etat, etc., ecriuent œconomat. » (Fol. 44, verso).

  29. Nous n’avons pas la date précise de ces révisions imprimées du travail primitif ; mais les exemplaires qui nous ont servi pour la présente édition, proviennent des papiers de Huet et portent des notes de sa main ; entré à l’Académie le 13 août 1674, il ne tarda guère sans doute à recevoir la première édition du travail qui nous occupe.