Wundt (W.). — Influence de la philosophie sur les sciences expérimentales

W. Wundt. Ueber den Einfluss der Philosophie auf die Erfahrungswissenchaften. (Influence de la philosophie sur les sciences expérimentales). Leipzig. Engelmann, 1876.

Cet opuscule (27 pages) est un discours d’ouverture prononcé à l’université de Leipzig. Il est, à certains égards, la contre-partie du travail, qui figure en tête de ce numéro et où M. Wundt a montré ce que la philosophie, sous sa forme actuelle, doit aux sciences particulières.

L’influence de la philosophie sur les sciences se traduit de deux manières principales : par la logique, par la métaphysique.

1o La logique « est la théorie des formes et des méthodes de la pensée et de la connaissance. » Elle influe aussi bien sur les sciences d’expérience interne que sur celles d’expérience externe.

En ce qui concerne les premières, prenons la psychologie : L’auteur montre comment elle s’efforce d’expliquer des faits telles que la perception sensorielle, l’association des idées, etc., par une activité logique de la pensée. Aristote appelait déjà la sensation un jugement, c’est-à-dire une opération logique. (On comprendra encore mieux l’importance que M. Wundt attache à ce point, si l’on se rappelle que dans ses deux importants ouvrages, Menschen und Thierseele et Grundzüge der physiologischen Psychologie, il s’est efforcé, avec beaucoup de persistance et de ténacité, de montrer que toute l’activité psychique est au fond une activité logique ; comment, par exemple, la simple perception d’un objet implique des jugements conscients ou inconscients de direction, position, etc.[1]. Pour l’expérience externe, notre connaissance et notre explication de la nature sont régies par deux concepts logiques, celui de cause et celui de fin, qui sont tous deux des formes propres de la pensée et qui se ramènent au principe fondamental de la connaissance, au postulat sur lequel elle repose tout entière, qui est le rapport du principe à la conséquence. Ce postulat peut s’exprimer encore sous cette forme : l’expérience, externe et interne, est soumise à la nécessité. « Mais il n’est rien qui porte en soi le caractère interne de la nécessité à un aussi haut degré que la pensée sous sa forme logique. La nécessité lui est immanente. »

2o De même que la logique est la forme de notre connaissance, la métaphysique en est la matière, le contenu général (Inhalt). Et comme la matière n’est pas pensable sans la forme, la métaphysique est toujours soumise à l’influence de la logique.

Retracer l’influence de la métaphysique sur les sciences expérimentales serait un travail sans fin : rappelons seulement celle qu’ont exercée Schelling, Hegel, Herbart ; avant eux Bacon et Locke, sur l’empirisme et le matérialisme du siècle dernier. Il n’est pas même jusqu’à l’empirisme vulgaire qui ne se laisse pénétrer à son insu par la métaphysique dont il a peur : car, se fondant sur des préjugés de sens commun, il admet la réalité immédiate des données de la perception et cependant il sait que la physique et la physiologie montrent que les choses ne sont pas en réalité telles que nos sens nous les donnent.

Pour s’en tenir à deux seules questions, celles de la nature de l’âme et de la nature de la matière, n’est-il pas évident que la psychologie empirique est influencée par les théories métaphysiques, même chez ceux qui essaient le plus de s’y soustraire ? La doctrine atomiste qui remonte à Démocrite, la doctrine dynamique de Leibniz et de Herbart, n’a-t-elle pas eu une grande influence sur les progrès de la physique et de la chimie moderne ?


  1. Nous nous permettons de renvoyer le lecteur qui désirerait des éclaircissements sur ce point, à l’exposition que nous avons donnée des deux ouvrages de M. Wundt, dans la Revue Scientifique : en partic. 30 janvier et 6 février 1875.