Revue des Romans/Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

Revue des romans.
Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers.
Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman.
1839
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MARIVAUX (Pierre Carlet de Chamblain de),
né à Paris en 1688, mort le 12 février 1763.


VIE DE MARIANNE, ou les Aventures de la comtesse de…, 3 vol. in-12, 1731. — Marianne est un des meilleurs romans français, pour l’intérêt des situations, la vérité des peintures, la délicatesse des sentiments ; le caractère de Mme de Miran a tout le charme de la bonté naturelle ; celui de Mme Dorsin, le mérite des lumières unies à la vertu ; celui de M. de Climal est un portrait fidèle et fait avec art de la fausse dévotion et de l’hypocrisie. Marianne et Valville ont toutes les qualités d’un âge aimable avec ses défauts : il n’y a pas jusqu’à Mme du Tour, la grosse marchande, qui ne soit très-bien peinte. Les tracasseries du couvent, l’esprit de communauté, l’audience d’un ministre, le ton du monde, tout est tracé avec une vérité d’expression qui voudrait ressembler à de la naïveté, mais qui laisse voir la finesse. Il est vrai qu’on a reproché à Marivaux, avec trop de justice, une affectation de style qui se fait remarquer jusque dans sa négligence, un artifice qui consiste à revêtir d’expressions populaires des idées subtiles et alambiquées, une abondance vicieuse qui le porte à retourner une seule pensée sous toutes les formes possibles, et qui ne lui permet guère de la quitter qu’il ne l’ait gâtée ; enfin un néologisme précieux et re cherché qui choque le langage et le goût. Tous ces défauts se retracent dans les divers ouvrages de Marivaux, qui fit donner à son style le nom de marivaudage ; mais ils ne sont nulle part rachetés par autant de mérite que dans Marianne. C’était d’ailleurs un cadre également favorable à son talent et à ses défauts. Ses observations se portaient sur les détours secrets de la vanité, les ruses de l’amour-propre, les sophismes des passions. On pouvait l’appeler le métaphysicien du cœur. Souvent il perd trop de temps et de soin à en fouiller les plus petits replis ; mais pouvait-il être plus à son aise qu’en prêtant cette espèce de babil moral à une femme qui raconte les aventures de sa jeunesse, dans un temps où elle n’y met plus d’autre intérêt que celui de converser avec elle-même, et de se rendre un compte fidèle de tout ce qu’elle a éprouvé et senti ? Aussi Marivaux fait-il présent de tout son esprit à son héroïne, et ne lui fait-il grâce de rien : on dirait qu’il lui dicte l’histoire de la coquetterie et la confession de toutes les femmes. — Mme Riccoboni nous a donné la conclusion de Marianne, que l’auteur n’avait pas eu le temps d’achever ; cette suite est si bien liée au sujet, le style de Marivaux est si bien imité, qu’il faut être dans le secret pour ne point s’y tromper.

LE PAYSAN PARVENU, 4 vol. in-12, 1735. — Les premières parties de ce roman, que Marivaux n’a pas achevé, seront en tout temps une lecture agréable.

On doit encore à Marivaux : *Aventures de ***, ou les Effets surprenants de la sympathie, 5 vol. in-12, 1713-14. — *La Voiture embourbée, in-12, 1714. — *Le Spectateur français, in-12, 1722. — *Pharsamond, ou les Folies romanesques, 2 vol. in-12, 1737. (Réimprimé dans les œuvres de l’auteur sous le titre de : Don Quichotte moderne). — Histoire de mademoiselle Goton et de M. le Gris, insérée dans le tome XII des œuvres de l’auteur.