Revue des Romans/Jacques-Antoine de Révéroni Saint-Cyr

Revue des Romans.
Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers.
Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman.
1839


RÉVÉRONY SAINT-CYR (le baron Jacques-Ant.),
né à Lyon en 1767, mort le 19 mars 1829.


*LA PRINCESSE DE NEVERS, ou Mémoires du sire de la Touraille, 2 vol. in-12, 1813. — Le sire de la Touraille est un preux chevalier qui, de même que le petit Jehan de Saintré, était secrètement aimé d’une parente du roi de France. Il a su inspirer une vive passion à la nièce de Henri, si toutefois l’on peut comparer une franche coquette comme la dame des Belles cousines, à un ange d’innocence et de bonté comme la princesse de Nevers. Le même trait a profondément blessé le sire de la Touraille, et cette passion, que le plus profond mystère doit envelopper, qu’aigrit l’absence, qu’aucun espoir ne peut charmer, devient pour tous deux la source de mille douleurs. Le jeune de la Touraille triomphe partout, à la lame, à l’épée, à l’arquebuse, et ne succombe qu’une fois devant deux beaux yeux qui l’enivrent de leurs regards, et sous les assauts d’une bouche fraîche et vermeille dont les baisers redoublés pressent malgré lui son beau visage : la comtesse de Châtellerault attire chez elle le timide jeune homme, égare ses sens, et le rend infidèle avait qu’il ait pu se mettre en défense contre cette sirène traîtresse. Cette faute d’un moment faillit être la cause de sa perte et celle de l’honneur de sa maîtresse. La fière comtesse de Châtellerault, furieuse de le voir échapper aux piéges dans lesquels elle avait cru l’enlacer pour toujours, a surpris le secret des deux amants, et peut, en le laissant échapper, livrer la Touraille et le cher objet de ses amours à toute la colère d’un monarque irrité. Vis-à-vis cette cruelle comtesse, l’auteur a placé la belle et tendre Cécile d’Autichamps, qui brûle en secret pour le beau chevalier, dont elle n’est point aimée, mais qui cependant n’a pas perdu tout espérance. De ces passions et de ces intérêts divers naissent une foule de situations tendres, pathétiques, gracieuses et déchi rantes ; chaque caractère est bien peint ; tous les événements sont bien enchaînés et se succèdent avec art jusqu’au dénoûment, qui est arrangé avec une telle adresse, que, quoique triste, il n’a rien de pénible, et que la mort de l’infortunée princesse de Nevers, alors même qu’elle arrache des larmes, n’empêche point de sourire au bonheur de la bonne et aimable Cécile d’Autichamps.

Nous connaissons encore de cet auteur : *Sabina d’Herfeld, ou les Dangers de l’imagination, 2 vol. in-12, 1797-98. — *Pauliska, 2 vol. in-12, 1798. — Nos Folies, ou Mémoires d’un musulman connu à Paris en 1798, 2 vol. in-12, 1799. — *L’Officier russe à Paris, 2 vol. in-12, 1814. — *Le Torrent des passions, 2 vol. in-12, 1819. — *Le Prince L. Raymond de Bourbon, 2 vol. in-12, 1822. — *Taméha, reine des Îles Sandwich, 2 vol. in-12, 1825.