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l’épave du cynthia.

de le jeter à l’eau. La conviction irrésistible que cet individu devait être pour quelque chose dans le malheur de sa vie s’imposait à sa pensée. Mais il aurait rougi à s’abandonner à une prévention pareille et même de la formuler. Il se contenta donc de dire que, pour son compte, il n’aurait jamais admis Tudor Brown à bord, s’il avait eu voix au chapitre.

Quelle conduite tenir avec lui ? Sur ce point aussi les avis étaient partagés. Le docteur alléguait qu’il serait politique de traiter Tudor Brown avec une bienveillance au moins apparente, afin d’arriver à le faire causer. M. Bredejord, comme Erik, éprouvait une répugnance invincible à jouer cette comédie, et il n’était pas bien sûr, en somme, que M. Schwaryencrona lui-même eût la force de se conformer à son programme. On décida de laisser à Tudor Brown et aux circonstances le soin de tracer l’attitude à tenir avec lui.

L’attente ne fut pas longue. À midi précis, la cloche sonna pour le dîner. M. Bredejord et le docteur se rendirent à la table du commandant. Ils y trouvèrent Tudor Brown déjà installé, toujours avec son chapeau, et ne manifestant pas la moindre intention d’entrer en relations avec ses voisins. Cet homme était véritablement d’une grossièreté qui désarmait l’indignation. Il semblait étranger aux simples éléments du savoir-vivre, se servait le premier, choisissait les meilleurs morceaux, mangeait et buvait comme un ogre. À