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Paul Denis sieur de Saint-Simon, grand prévôt de la maréchaussée, fils de Simon, né en France, 8 juin 1638, épousa à Québec (1678) Marie-Madeleine Depeiras, dont le père était conseiller du roi à Paris. Sa descendance est très nombreuse.

N’oublions pas les Iroquois. « L’île aux Oies, dit la Relation de 1663, est peuplée en son temps d’une multitude d’oies, de canards et d’outardes dont elle paraît toute couverte. Elle est plate et chargée d’herbes, comme une prairie. » En 1655, plusieurs habitants y demeuraient. Le seigneur en partie de cette île était alors Jean-Baptiste Moyen, sieur des Granges, de Paris arrivé dans la Nouvelle-France avec sa femme, Élizabeth Le Bret, et ses deux filles Élizabeth et Marie. Au printemps de cette année 1655, les Iroquois firent une descente dans l’île, tuèrent tous ceux qui leur tombèrent sous la main, y compris monsieur et madame Moyen, enlevèrent les enfants de ces derniers ainsi que deux filles de Nicolas Macart, et s’arrêtèrent, en remontant le fleuve, dans les environs de Montréal, où Charles Le Moine, qui retournait de Québec, surprit deux de leurs chefs et procura l’échange des prisonniers. L’aînée des demoiselles Moyen épousa (1657), à Montréal, le major Lambert Closse ; l’autre, après être restée plus de douze ans auprès de mademoiselle Mance, se maria avec le capitaine Sidras Dugué de Boisbriant, seigneur de l’île Sainte-Thérèse. Marie Macart épousa (1663) Charles-Pierre Le Gardeur de Villiers ; sa sœur Geneviève fit alliance (1666) avec Charles Bazire, receveur des droits et domaines du roi, l’un des plus riches particuliers du Canada.

Il nous paraît impossible de raconter, même en les abrégeant, les scènes de cet âge de misère sans nous répandre en invectives contre les auteurs de tant de maux. Les Canadiens actuels sont les descendants de ceux qui ont souffert. Chacun de nous compte un ancêtre enlevé, brûlé, mangé par les Iroquois. À qui la faute ? À l’affreux système des monopoles. Et dire que plusieurs écrivains veulent nous faire aimer le gouvernement qui commettait ces infamies !

Les Canadiens, observe-t-on, se plaignaient des Cent-Associés comme les trappeurs du Nord-Ouest remontrent contre la compagnie de la Baie-d’Hudson. C’est faire rimer miséricorde avec hallebarde. La compagnie de la Baie-d’Hudson avait obtenu un privilège de traite et rien que cela ; elle n’a pas beaucoup dépassé cette limite légale. Les Cent-Associés, au contraire, se donnaient mission de créer une colonie française et d’évangéliser les sauvages, moyennant qu’on leur abandonnât la traite des pelleteries pour se rembourser de leurs avances d’argent. Ont-ils évangélisé les sauvages ? C’est plus qu’incertain. Ont-ils fondé une colonie « de naturels français » ? L’Histoire dit non. Quelques seigneurs, véritables interprètes des lettres-patentes de cette compagnie, ont travaillé dans le bon sens ; mais l’honneur en revient à ces individus isolés, et non pas à ceux qui avaient promis d’établir une Nouvelle-France. Les Canadiens, mécontents des abus, représentaient à la cour que, tout en ne remplissant pas leurs obligations, les Cent-Associés conservaient la véritable souveraineté du Canada. Si on forçait la main à ces marchands, ils cédaient… les charges de la colonie, mais gardaient les terres, les revenus à venir, et une rente d’un millier de castors, et le droit de