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LES ORIGINES IXDO-EUROPéENNES OU LES ARYAS PRIMITIFS. 395

que les faits connus ne soient qu'une base pour ressaisir l'inconnu, les termes d'une équation qu'il faut poser et, si possible, résoudre.

Cette curiosité n'est nullement frivole: elle s'attache aux plus hauts problèmes, elle emploie pour se satisfaire les méthodes scienti- fiques, elle s'allie à une autre tendance du génie de Pictet, celle qui lui a fait trouver un si puissant attrait aux études esthétiques, savoir une certaine conception idéale des choses qui s'exalte surtout en présence de tout ce qui est infini comme l'univers, divin commo les principes dont il le croit régi, éternel comme le spectacle ancien et sans cesse renaissant de la vie humaine. Après le livre sur le Beau, analyse des sensations éprouvées dans la contemplation de la nature, il y a certainement, au fond des recherches sur les Aryas, dans ce peuple de l'âge d'or revu par la pensée, le rêve presque conscient d'une humanité idéale: les deux tableaux se font pendant. C'est toujours là, c'est aux confins de l'imagination et de la science, que sa pensée aimait à se mouvoir.

Tel est l'homme dans son caractère d'écrivain: un savant et un poète. Il ne nous appartient pas de faire ressortir les autres côtés de cette nature si riche et si aimable: quiconque a eu le privilège de l'approcher s'est senti pour elle, suivant le degré des relations, de l'affection ou du respect.

Pictet est mort le 20 décembre 1875 à l'âge de 76 ans.

On sait qu'il a tenu à doter notre Bibliothèque publique d'une collection d'ouvrages se^rapportant aux études celtiques.

II

L'étude comparée des langues, à la fondation de laquelle Pict<t avait assisté et pris une part active, ne va pas être seulement une science constituant un tout en elle-même: elle servira encore de bas«  à des recherches d'un autre genre. La langue est le seul héritagt^ assuré que toute génération laisse à la suivante. A la lueur de ce fiambeau venu à traversa les âges sans s'être jamais éteint, on pourra tenter de pénétrer la nuit sous laquelle se dérobe le passé des races. Pictet s'empara de cette idée et la fit fructifier dans le livre des Origines indo-européennes qu'il appelait très justement un essai de paléontologie linguistique; aussi l'ouvrage fit grande sensation, non pjts tant dans la science des langues, dont il ne faisait qu'appliquer les résultat.", que dans le domaine de l'ethnogénie et de l'histoire de la civilisation. Entre ses mains, un tel travail devint autre chose qu'une œuvre savante et sèche: le lecteur le plus étranger à ces

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