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1679 lées les choses de ce monde. Je pense toujours que vous êtes dans le bateau, et que vous y retournez à trois heures du matin : cela fait horreur. Vous me direz comme vous vous portez de cette sorte de vie, et vos jambes et vos inquiétudes. Votre santé est un point sur lequel je ne puis jamais avoir de repos. Il me semble que tout ce qui est auprès de vous en est occupé, et que vous êtes l’objet des soins de toute votre barque, j’entends de votre cabane, car ce qui me parut de peuple sur le bateau représentoit l’arche. On m’assura que vers Fontainebleau vous n’auriez quasi plus personne. Ce matin l’Épine est entré dans ma chambre ; nous avons fort pleuré ; il est touché comme un honnête homme. N’ayez aucune inquiétude, ni de vos meubles, ni du carrosse de M. de Grignan. Je ne puis m’occuper qu’à donner des ordres qui ont rapport à vous. Vos dernières gueuses de servantes ont perdu toute votre batterie et votre linge : c’est pitié.

J’embrasse M. de Grignan, et ses aimables filles, et mon cher petit enfant ; ne voulez-vous pas bien que j’y mette Montgobert, et tout ce qui vous sert, et tout ce qui vous aime ? Mlle de Méri est toujours sans fièvre ; je la verrai tantôt. Je crois, ma bonne, que vous me croyez autant à vous que j’y suis.

Lubel[1] vous salue très-humblement.

Suscription : À Madame Madame la comtesse de Grignan, à Auxerre.

  1. Lettre 730 (revue sur l’autographe). — 1. Il y a dans l’autographe Lubel ou Label, mais non Lebel, leçon de l’édition Klostermann, la première où cette lettre ait paru.