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cririez point du tout, à cause de votre princesse[1]. C’est la plus raisonnable excuse que vous me puissiez donner ; je la comprends très-bien. Hélas ! vous n’avez pas tous les jours de telles compagnies ; il faut bien profiter de ces occasions que le bonheur et le hasard vous envoient. Parlez-moi des déplaisirs qu’elle a eus de la mort de Madame, et des espérances qu’elle a pour Paris.

Vous avez donc eu des comédiens. Je vous réponds que de quelque façon que votre théâtre fût garni, il l’étoit toujours mieux que celui de Paris. J’en parlois l’autre jour en m’amusant avec Beaulieu[2]. Il me disoit : « Madame, il n’y a plus que des garçons de boutique à la comédie ; il n’y a pas seulement des filous, ni des pages, ni de grands laquais : tout est à l’armée. » Quand on voit un homme dans les rues avec une épée, les petits enfants crient sur lui. Voilà quel est Paris présentement, mais il changera de face dans quelques mois.

Vous faites bien, ma bonne, de me demander pardon de dire que vous me laissez reposer de vos grandes lettres ; vous avez réparé cette faute très-promptement. Hélas ! ma bonne, c’est des petites dont il faut que je me repose. Vous êtes d’un très-bon commerce. Je n’eusse jamais cru que les miennes vous eussent été si agréables : je m’en estime bien plus que je ne faisois.

Vous me dites plaisamment[3] que vous croiriez m’ôter quelque chose, en polissant vos lettres : gardez-vous bien d’y toucher, vous en feriez des pièces d’éloquence. Cette pure nature dont vous parlez est précisément ce qui est bon, ce qui plaît uniquement. Gardez bien votre aimable

  1. 10. De Monaco.
  2. 11. Maître d’hôtel de Mme de Sévigné : voyez tome II, p. 14, note 7.
  3. 12. « Paisiblement. » (Édition de la Haye, 1726.)