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SUR MADAME DE SÉVIGNÉ.


jure d’embrasser ma chère Pauline ; je lui attire souvent de ces sortes de grâces ; aimez-la sur ma parole[1]. » Madame de Sévigné donnait en même temps, avec un zèle et une vigilance toute maternelle, les conseils de son expérience, non-seulement pour rendre Pauline plus aimable et plus douce, mais aussi pour cultiver les heureuses dispositions de son esprit, régler ses études, diriger ses lectures, lui enseigner cet art d’écrire qui devait rester une tradition de famille. Elle apprenait avec joie que ses conseils n’étaient pas perdus, et que Pauline, comme elle l’avait prédit, se corrigeait et se perfectionnait.

Malgré cet heureux changement dans l’humeur de Pauline, il semblerait qu’elle ne fût pas devenue beaucoup plus heureuse, à en juger par un coup de tête qu’elle fut sur le point de faire. Dans quelques lettres de 1689 , madame de Grignan parlait d’elle « comme ayant une vocation[2]. » On pourrait croire d’abord qu’elle la lui supposait, dans le désir de la lui trouver, et que cette vocation ressemblait beaucoup à celle de Marie-Blanche. Charles de Sévigné , qui aimait tendrement Pauline, et qui se plaisait à badiner sur son amour pour elle, et à l’appeler sa déesse, avait sans doute quelque soupçon semblable, lorsqu’il engageait vivement sa sœur à ne pas la mettre au couvent, pendant qu’elle-même viendrait à Paris, et lorsqu’il lui écrivait : « Il faut des autels pour ma divinité, mais il ne faut pas envoyer ma divinité au service des autels[3]. » Cependant c’était d’elle-même et sans demander conseil, que Pauline avait écrit à madame d’Épernon, religieuse carmélite à Paris, pour lui témoigner le désir de prendre l’habit dans son ordre[4]. Il y a des paroles bien singulières dans une lettre de madame de Sévigné, datée des Rochers, mai 1690 : « Que j’aimerois à savoir la colère de Pauline, d’où il sort des vocations à la douzaine !... Ah ! ma pauvre petite, que je voudrois bien être là pour vous apaiser, pour vous remettre l’esprit ! » Tout ne s’explique pas assez pour nous dans quelques passages de cette même lettre. Madame de Sévigné y faisait-elle allusion à quelque inclination

  1. Lettre du 21 juillet 1689.
  2. Lettres du 9 mars et du 13 avril 1689.
  3. Lettre du 12 juillet 1689.
  4. Lettre de madame de Sévigné au chevalier de Grignan, 19 février 1690.