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SUR MADAME DE SÉVIGNÉ.


vence des biens considérables. Malheureusement cette fortune paraît avoir été dès lors obérée. Madame de Sévigné l’ignorait-elle ? « Nous ne le marchandons point, disait-elle à ses amis ; nous nous en fions bien aux deux familles qui ont passé devant nous[1]. » Si elle eut en effet une si aveugle confiance, le cardinal de Retz n’avait pas tort de regretter « qu’elle n’eût ni n’espérât guère d’éclaircissements[2], » et de l’avertir amicalement qu’il y avait quelque imprudence dans sa conduite. Mais qu’elle ne connût pas mieux l’état véritable de la fortune de M. de Grignan, qu’il ne lui plaisait de le dire, on le croit difficilement, lorsqu’on voit, dans le contrat de mariage de madame de Grignan, que sur les deux cent mille livres, partie de la dot qui fut remise en deniers comptants, la veille des épousailles, cent quatre-vingt mille devaient être employées au payement des dettes du mari[3].

Malgré la sagesse des observations de Retz, l’alliance projetée tint bon. Le 27 janvier 1669, le contrat fut signé[4]. Le mariage fut célébré le 29 janvier. La petite-fille de sainte Chantal n’a pas oublié de noter que c’était le jour de saint François de Sales[5].

Ce mariage fut pour Bussy l’occasion d’un mécontentement qui contraria beaucoup madame de Sévigné, et qu’elle ne parvint à adoucir que par un de ces prodiges d’adresse et de séduction aimable qui lui étaient familiers. Le comte de Grignan n’écrivit pas à Bussy pour lui faire part de son mariage. Bussy,

  1. Lettre à Bussy, 4 décembre 1668.
  2. Lettre de Retz à madame de Sévigné, 20 décembre 1668.
  3. Il semble bien que le comte de Grignan était déjà fort gêné en 1666, à en juger par une obligation qu’il souscrivit cette année-là, à l’hôtel de Bellièvre, rue de Béthisy, à Paris. Il s’agissait d’un prêt de seize mille livres que lui faisait son père, « tant pour subvenir aux dépenses de son mariage avec haute et puissante dame Marie Angélique du Puy du Fou et de Champagne, son épouse en secondes noces, que pour y parvenir... » Voir le Catalogue des archives de la maison de Grignan, publié par M. Vallet de Viriville (p. 32).
  4. Voir aux notes à la fin de la Notice (note 7) la liste des personnes dénommées au contrat. C’est un document important pour la connaissance des parents et des amis des deux familles. L’original du contrat est à la Bibliothèque impériale, supplément français, n° 2831.
  5. Lettre à madame de Grignan, 29 janvier 1672.