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LES OEUVRES

Ie les veux tous noyer, Nymphes, ie veux par vous
Faire ſentir l’aigreur de mon iuſte courroux :
Ie veux que par vous ſoit la terre enuironnee,
Et voir de ces ingrats la derniere iournee
Qui triſtes ne pouuant fuyr l’horreur de l’eau
Seront enſevelis ſouz un meſme tombeau.
Vn d’entr’eux ſeulement trouuera pour refuge
Vne arche pour ſauuer ſes enfans du Deluge.
Il eſt bon devant moy, auſſi ie ne veux pas,
Que meſme ſon renom meure par ſon treſpas :
Ie luy feray trouver une liqueur notable,
Qui rendra pour jamais ſa memoire agreable.
Belles, dans peu de iours voſtre onde varira,
Pleine de nouueaux fruicts la terre produira
Cette follaſtre humeur qui par Noë trouuee,
Sera de luy bien toſt à ſon dam eſprouuee,
Pour n’avoir point puiſé dans voz ſacrez ruiſſeaux
Car vous ſeules pouvez, ſainctes & belles eaux
Meſlant avecques le vin voz liqueurs ſauoureuſes,
Moderer quelque peu ſes forces outrageuſes.
Voila, Nymphes, comment par le vouloir diuin
Vous puniſſez l’orgueil, & corrigez le vin.
Tout ainſi que l’on voit la femme gracieuſe
Guerir de ſon mary la penſee ennuyeuſe,
Avec un doux ſoubsris, avec un doux propos,
L’appaiſer doucement, & le mettre à repos :
Ainſi le vin par vous appaiſant ſon audace,
Vous perdez ſa fureur, & conſervez ſa grace
Mais qui eſt plus que vous prompte à noſtre beſoing ?