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tannery. — la théorie de la connaissance

formules, dont la critique de détail est inutile ici, ils sont aujourd’hui généralement d’accord pour la définir « ce qui modifie ou tend à modifier les conditions de repos ou de mouvement des corps ».

Pour savoir au juste ce que vaut cette définition, il faut la rapprocher du premier principe de la dynamique, connu sous le nom de principe d’inertie et auquel on a donné la forme mathématique suivante :

« Un point matériel[1], abandonné à lui-même, se meut d’un mouvement rectiligne et uniforme (ce qui comprend, bien entendu, le cas où la vitesse est nulle et où par conséquent le point reste en repos).

Ainsi on définit d’une part les conditions de repos ou de mouvement du point matériel libre, et on ajoute que, si le mouvement réel d’un point matériel n’est pas conforme à ces conditions, c’est que ce point est soumis à ce qu’on appelle une force.

Or la liberté d’un point matériel est une pure fiction de notre intelligence ; tous les corps de la nature nous paraissent en effet agir les uns sur les autres, jusqu’à leurs particules dernières ; il nous serait donc parfaitement loisible de définir autrement les conditions de repos ou de mouvement de ce point supposé libre. En d’autres termes, le principe de l’inertie n’est nullement un postulatum fondé sur l’expérience, c’est une définition arbitraire.

Nous pourrions, par exemple, affirmer, suivant d’antiques théories, que le point matériel libre se meut d’un mouvement circulaire et uniforme autour d’un point fixe de l’espace ; nous pourrions affirmer qu’il reste nécessairement en repos[2] ; nous pourrions faire toute autre hypothèse, et, en conservant notre définition de la force, refondre toute la mécanique. Les véritables postulats expérimentaux pour-

  1. Pour le début de l’analyse des problèmes de la dynamique, il est commode de réduire par la pensée le corps mobile à un point. Pour les premières déductions, il est d’ailleurs inutile de présupposer si l’on doit considérer toute la matière du corps comme concentrée en ce point, et par suite la force y appliquée comme finie, ou si l’on doit regarder ce point comme une limite, et par suite la force y appliquée comme infiniment petite (ce que l’on fait, par exemple, pour la recherche des centres de gravité des solides homogènes).

    En fait, on ne peut pas énoncer le principe d’inertie sur un corps, même sur un solide supposé invariable, car ce solide, abandonné à lui-même, peut avoir, outre le mouvement de translation rectiligne et uniforme, un mouvement de rotation autour d’un axe passant par son centre de gravité, et ce mouvement peut être relativement complexe. On fait donc la définition sur un point ; c’est un cas fictif, qui peut n’avoir aucune réalité, mais qui sert à l’analyse des cas réels. En fait il n’y a aucun cercle vicieux provenant de l’introduction prématurée de la notion de masse.

  2. Cette définition de l’inertie a été récemment proposée par M. X. Kretz, dans son opuscule : Matière et éther.