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compayré. — du prétendu scepticisme de hume

trer d’abord le succès croissant de ses idées. Jamais de telles adhésions ne fussent allées à un système de pur scepticisme.

Que des juges superficiels et irréfléchis s’y soient trompés, que le sens commun ait accueilli et vulgarisé cette imputation de scepticisme, on ne saurait s’en étonner ; et ce qui rend cette erreur excusable, c’est que Hume a contribué lui-même à la propager. Il se donnait volontiers les airs d’un sceptique ; il arrivait à renchérir même sur la forme ordinaire du doute, en proposant, comme il le disait, « une solution sceptique à ses doutes sceptiques ». Peut-être a-t-il cru nécessaire, surtout dans les dernières années de sa vie, de dissimuler sous des apparences d’insouciance et d’indolence la hardiesse et la nouveauté de ses vues, à la façon de Rabelais, qui cachait sous le masque de la bouffonnerie la témérité de sa raison. Mais, si l’on va au fond des choses, on reconnaîtra avec M. Huxley que « le nom de sceptique, avec tout ce qu’il implique actuellement, lui fait injure. »

Et cette injure ne lui a pas été épargnée par quelques-uns des plus graves penseurs de ce siècle. M. Secrétan disait récemment encore de Hume qu’il n’apporta à la philosophie « qu’un demi-sérieux[1] ». Hamilton lui aussi considère la philosophie de Hume comme le « scepticisme à son vrai sens[2] ». D’après lui, Hume se serait fait un jeu d’emprunter, sans y croire, à la philosophie courante de son temps, des prémisses sensualistes, afin de montrer que ces prémisses aboutissent à des conclusions contradictoires avec la conscience. Il n’y a pas trace d’un pareil artifice, d’un pareil jeu de dialectique, dans le Traité de la nature humaine, et Hume n’est pas moins sincère dans les prémisses que dans les conclusions de ses longs raisonnements.

Dès l’abord, les espérances et les intentions dogmatiques de Hume se marquent par des déclarations formelles sur le but qu’il compte atteindre et sur la méthode qu’il veut y employer. Il ne dissimule pas l’ambition de « proposer un système complet des sciences » ; et à ce système il donnera un fondement nouveau, l’étude de la nature humaine. Ce n’est pas avec les timidités d’un esprit désabusé et convaincu de son impuissance, c’est presque d’un air conquérant, et avec l’assurance intrépide d’un homme qui marche à la découverte de la vérité, qu’il s’écrie : « Renonçons à la longue et fastidieuse

  1. Secrétan, Philosophie de la liberté, t. I, p. 179.
  2. Stuart Mill a réfuté vigoureusement cette opinion de Hamilton dans son beau livre sur ce philosophe ; voyez Hamilton, traduction française, p. 611. Voyez aussi notre propre ouvrage sur la Philosophie de Hume (1873), p. 472 et suivantes.