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fouillée. — la philosophie des idées-forces

ou du moins que la philosophie scientifique est encore à ses débuts. »

Caractère général. — L’éclectisme est une méthode essentiellement historique et critique, puisque la vraie tâche du philosophe est de choisir dans ce que ses prédécesseurs ont déjà dit ou entrevu depuis longtemps. La méthode de conciliation est essentiellement spéculative et théorique : elle s’exerce sur les faits, les idées et les réalités de toutes sortes, avant de s’exercer sur les doctrines ; elle ne considère les systèmes historiques que comme des ébauches d’observation ou de théorie, des fragments d’explication, des moyens auxiliaires de recherche qui ne doivent empêcher ni des recherches nouvelles ni une théorie plus compréhensive.

Critérium. — L’éclectisme s’en réfère au sens commun ; il distingue la spontanéité, qui lui parait exprimer la vérité plus naïvement et plus complètement, et la réflexion, qui ne fait qu’analyser ce que la spontanéité renfermait et rendre la vue plus précise en la rendant plus limitée. La spontanéité devient le critérium de la réflexion, qui n’aspire qu’à la reproduire sous une forme claire. L’éclectisme s’arrête par cela même à ce qu’on appelle les vérités de sens commun, vérités moyennes, qui sont souvent des demi-erreurs, comme le sens commun lui-même est souvent un ensemble de préjugés, je ne sais quoi de médiocre et d’intermédiaire entre le vrai et le faux. La méthode de synthèse, au contraire, doit s’en tenir au critérium de la science et de la logique : observation et raisonnement ; elle doit poursuivre non les vérités moyennes et de surface, mais les vérités les plus fondamentales et les plus radicales, fussent-elles en opposition avec le prétendu sens commun qu’Arnauld déclarait la chose la plus rare du monde. Que dirait-on d’un physicien qui croirait que toute la science consiste dans l’analyse réfléchie de ce que la spontanéité du sens commun admet sur la nature des corps et les lois de l’univers, et qui s’imaginerait que cette spontanéité contient d’avance toute sa science ? L’éclectisme, en vertu de son critérium, tend à prendre pour juge l’autorité générale, comme un astronome qui n’oserait soutenir que c’est la terre qui se meut, puisque tout le monde voit se mouvoir le soleil ; l’autre méthode n’attribue d’autorité vraie qu’aux choses mêmes ; l’une tourne la pensée vers autrui et au dehors ; l’autre la tourne vers elle-même et fait appel à l’effort personnel, tout en tenant compte des résultats antérieurement acquis[1].

  1. « Avant de s’appliquer à l’histoire de la philosophie, la méthode de conciliation s’applique à la philosophie même. Une conciliation intime des idées ne doit-elle pas préparer la conciliation extérieure des doctrines ? Pour mettre les autres d’accord entre eux et avec soi, il faut d’abord être d’accord avec soi-même. On aura beau rassembler tous les systèmes dans su pensée, si cette pensée est vide, indifférente, sans principes, comment opérera-t-elle le discer-