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ANALYSESharms. — Die Philosophie in ihrer Geschichte.

complète, méthodique et impartiale des grandes doctrines de la psychologie ancienne, moderne et contemporaine. À coup sûr, il serait intéressant d’étudier les rapports de la psychologie avec les autres sciences, de montrer comment la science de l’âme a fini par se constituer à part sans rompre avec les sciences physiologiques ; une fois établi l’objet de cette science particulière et générale à la fois, on a le droit d’examiner les théories spéciales relatives à la sensibilité physique ou morale, aux procédés et aux opérations de l’intelligence, aux lois de la volonté ; finalement, il est utile, indispensable de discuter le problème de la nature de l’âme, du libre arbitre, de la personnalité humaine. Cette marche ascendante de la pensée philosophique a été sans doute la même, ou à peu près, pour les psychologues de tous les temps, et c’est à la lumière des faits, principalement du fait primitif de la conscience, que ces philosophes élucidèrent bien ou mal la question métaphysique de l’essence de l’âme. Si toutes les vérités particulières de cette science eussent matériellement dépendu d’un système philosophique défini, la divergence et la multiplicité des opinions sur ce point capital eussent risqué de compromettre dès les temps les plus primitifs l’avenir et le développement de la psychologie : pourtant, à l’époque même d’Aristote, les écoles les plus diverses, bien que divisées sur le problème fondamental, s’accordaient déjà sur nombre de faits psychologiques. La psychologie n’était donc pas alors et n’est pas davantage aujourd’hui, par destination, « un système de philosophie. »

M. Harms ne l’entend pas ainsi. « Il n’y a point de philosophie sans un concept de l’âme, et point de concept de l’âme sans une philosophie, » nous dit-il ; de sorte que, bon gré mal gré, tout psychologue, suivant un procédé de critique depuis longtemps connu parmi nous, sera enrégimenté parmi les métaphysiciens, classé, étiqueté. M. Harms n’admet pas qu’on suspende, même à titre provisoire, son jugement sur la nature de l’âme : si vous hésitez, si vous vous bornez à l’étude des phénomènes mentaux, comme fait le physicien à l’égard des choses physiques, vous êtes un sceptique, pour ne rien dire de plus. « La psychologie empirique, qui ne veut rien être qu’une phénoménologie indépendamment de tout concept de l’âme, n’appartient même pas aux sciences empiriques ; mais elle se rattache à la philosophie, et elle n’est qu’une forme du scepticisme d’où elle sort. » Or M. Harms, qui a le scepticisme en horreur, a voulu replacer sur sa base la philosophie, et particulièrement la psychologie, qu’il définit « une métaphysique de l’âme ». L’empirisme n’a aucune idée de l’âme ; donc il n’est pas une psychologie, encore moins une philosophie.

On saisit là sur le vif le grave souci de l’auteur. L’empirisme envahit tout. Il n’est bruit en Allemagne, en Angleterre et en France que des recherches sur les rapports des phénomènes internes et externes, sur les conditions physiques des faits de conscience, sur les lois d’association et de combinaison de ces faits, sur l’évolution des idées sensibles et la localisation cérébrale des fonctions intellectuelles ou autres. La