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quer l’homme à agir ou à s’abstenir dans un certain sens pour lequel ses sentiments ont été préparés par une culture exceptionnelle, mais aussi pour régler sa vie entière. Personne, je pense, n’oserait l’affirmer. Il serait possible, dira-t-on, de remédier à l’insuffisance de l’efficacité de l’amour du bien public et social, qui ne vient que de l’imperfection de l’éducation. Je suis prêt à l’admettre et à convenir que, même aujourd’hui, il y a beaucoup d’individus qui font exception à cette infirmité générale. Mais, avant que ces exceptions deviennent la majorité ou même une importante minorité, il s’écoulera beaucoup de temps. L’éducation des hommes est au nombre des arts les plus difficiles, et le point dont nous parlons est l’un de ceux où jusqu’ici l’éducation a le moins bien réussi. En outre, les améliorations qui s’introduisent dans l’éducation générale sont nécessairement très-lentes, parce que la génération future est élevée par la présente, et que l’imperfection des maîtres pose une limite infranchissable aux efforts qu’ils tentent pour rendre leurs élèves meilleurs qu’eux-mêmes. À moins d’opérer sur une portion choisie de la population, il faut donc compter que l’intérêt personnel sera longtemps encore une cause qui poussera l’homme ex consacrer aux affaires industrielles plus de zèle et d’attention que n’en pourraient inspirer les motifs d’un ordre plus élevé. On dira qu’à présent la soif de la renommée personnelle va, par son excès même, à rencontre de son propre but, en ce qu’elle excite à courir avec insouciance, et souvent avec improbité, les hasards de la fortune. C’est vrai, et, avec le communisme, cette source de maux se trouverait le plus souvent tarie. Mais il est probable que l’esprit d’entreprise, le bon comme le mauvais, manquerait, et que les affaires tomberaient sous l’empire de la routine. Plus l’autorité des sanctions externes dans les sociétés communistes est efficace pour imposer l’accomplissement du devoir, et plus il est facile d’obliger tout le monde à suivre à la lettre des règles fixes, plus aussi il est aisé d’astreindre à accomplir le devoir. Ce qui rend ce résultat encore plus probable, c’est que les gérants ne pourraient agir avec indépendance que dans des limites resserrées. Naturellement, ils tiendraient leur autorité du choix de la société, qui pourrait à tout moment leur retirer leur fonction ; ils seraient donc soumis à la nécessité, quand même la constitution de la société ne l’exigerait pas, d’obtenir le consentement général du corps social, avant d’introduire aucun changement dans la méthode reçue. Comme il est difficile de persuader à un corps nombreux de changer quelque chose à la façon dont il a coutume de travailler, d’y apporter une modification qui donne souvent beaucoup de dérangement et dont les risques sont plus apparents