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d’autre part, l’armée Mangin qui poursuivrait avec la même vigueur ses actions dans la région de l’Ailette.

Tout se préparait pour que l’attaque, — fixée au 23, — fût, au centre des armées alliées, d’une exceptionnelle énergie.

Et déjà, un nouveau succès remporté du 12 au 13 septembre à la droite des armées alliées allait rendre possible la grande attaque prévue pour le 26 entre Suippe et Meuse : c’était la réduction par les Américains et les Français du saillant de Saint-Mihiel.


LA BATAILLE DE SAINT-MIHIEL.
12-14 SEPTEMBRE

L’opération conduite en Woevre par l’armée du général Pershing était à l’étude depuis la fin de juillet. Dans le mémoire du 24 juillet, issu de la délibération dont j’ai parlé, elle tenait une place importante : le commandant en chef des armées alliées n’y voyait pas seulement la libération définitive d’une de nos rocades les plus essentielles, la voie de Châlons à Toul [1], il y voyait le préliminaire nécessaire des opérations à engager soit sur la Moselle, soit sur la Meuse.

On sait que, créé, dès la fin de septembre 1914, par l’irruption des troupes de von Strantz à travers les Côtes de Meuse dans la trouée de Spada, ce saillant était, en 1915, en dépit d’âpres attaques menées du Bois Le Prêtre aux Eparges, resté finalement irréductible. Depuis, il avait singulièrement pesé sur notre défensive et empêtré nos offensives. La présence des Allemands au Sud immédiat de Verdun avait, en 1916, facilité d’une évidente façon la fameuse attaque de l’ennemi contre le camp retranché et c’était miracle qu’elle n’eût point alors paralysé la défense de la place. La voie de Bar-le-Duc à Verdun par Saint-Mihiel, si importante pour le transport des troupes, était de ce fait supprimée, et toute opération sérieuse au Nord de Verdun, toute offensive même un peu large entre Suippe et Meuse en devenait presque impossible. Pouvait-on, par ailleurs, agir du côté de Briey, agir à l’Est de Metz avec un pareil coin dans les côtes ou un pareil boulet aux pieds ? Il fallait, préalablement

  1. Depuis la prise de Saint-Mihiel (septembre 1914), la ligne de Paris-Nancy sous le feu de l’ennemi entre Lérouville et Pagny-sur-Meuse, avait dû être détournée vers le Sud et passait par Gondrecourt.